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Né à Mons en 1934,
Pierre Coran
est professeur honoraire d’histoire de la littérature au Conservatoire Royal de Mons.
Depuis son premier recueil de poèmes, « Le Fiel », en 1959, il a publié une centaine d’ouvrages de poésie, littérature jeunesse, romans, essais… Ses œuvres pour la jeunesse jouissent d’une réputation internationale. « Jaffabule » (Hachette – Livre de Poche) en est à sa cinquième réédition.
Son œuvre pour adultes (romans et poésie) est tout aussi remarquable.
Parmi les distinctions qui lui ont été décernées, on peut citer le Grand Prix de poésie pour la jeunesse (Paris,1989) et le Prix de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour le rayonnement de la littérature de jeunesse (2007).


Pierre Coran

Janus - couverture
Gravure de couverture :
© Armand Simon


LES CHEMINS DE JANUS


Poésie, 2012
70 pages
ISBN: 978-2-930333-52-6
12 EUR


« Les Chemins de Janus » est le voyage poétique d’un errant en quête d’un autre lui-même. Trois étapes jalonnent le cheminement : l’euphorie du départ, les épreuves à surmonter et la lumière atteinte :               
« Je m’étais cru désert et j’étais habité. »





Extraits


Aux rouges des matins, il prit congé des autres
pour un tour de lui-même,
sans strate, sans stratagème,
avec un viatique : du vin, un pain d’épeautre ;
un bâton de berger, son bissac et un chien.

Tel un pèlerin sourd aux houles des escales,
il s’éloigna des foules qui colorent les quais,
soucieux de suivre seul le chemin balisé
par des nues en cavale.

***

Sans le moindre signal, il perçut l’indicible
et se sentit bancal pareil aux proies coincées
entre l’arc et la cible.

Perclus de peurs anciennes collées
comme sangsues aux flancs des habitudes,
il sut de prime abord qu’au-delà des échecs,
des fougues boréales,
son fou noir circulait dans sa diagonale.

***

Il s’éveilla sans aube, éprouva aussitôt
la sensation bizarre d’avoir planté, la nuit,
un clou dans le soleil.

Dans l’antre des chimères, des songes mensongers,
il chassa l’illusion comme on traque une laie
dans un parc interdit.

Il mesura ainsi, dans l’enchevêtrement des sens
et de l’osmose, le temps et la distance
entre l’exil d’hier et la présente envie
de retourner aux sources encore inassouvies.




Ce qu'ils en ont dit
Lu avec beaucoup de plaisir le  109e livre de Pierre Coran , édité (et bien présenté et illustré) par les Ed. M.E.O. avec le concours d’Armand Simon.
L’illustration de couverture,  très belle, un noir et blanc épuré, très Gustave Moreau dans le graphisme enjôleur, propose des visages africains et des dentelles, disons songeuses.
"Les chemins de Janus". Sortie le 2 novembre, 72 pages, 12 euros. Des poèmes sur un périple intérieur. Le père de Carl (Norac) s'y entend pour jouer de la langue poétique sans excès mais avec bonheur.
109 livres ? Oui, oui (depuis le 1er en 1959!). Une broutille (sic) de sansonnets (si je puis dire) à côté des 1000 livres de M. Butor et des 100000 pages de l’académicien Goncourt Rambaud (l'écrivain-fantôme lui en doit beaucoup!)!
Le poète fait siens des vocables peu courus (viatique, luminescence, diaprer, exsuder). Sinon, il "dédouane" la lune; il "gravit" les gravats; il se donne "des songes mensongers"; il "s'expurge des moiteurs" et, grand prince de la poésie, "il laissa à la traîne son hier, ses phalènes et ses indécisions" ou, sublime vers final "Je m'étais cru désert et j'étais habité" (p.63).
L'imparfait - celui de nos rêves, celui des tableaux traversés à la manière d'Alice, celui du temps jadis qu'on aime tant frôler de nos ailes de vivant, celui de nos voyages intérieurs et de nos métamorphoses...j'abrège - sonne ici comme le temps poétique idéal, arrêté dans la durée de l'image. Comme chez Hardellet, le magicien, comme chez Miguel, l'enfance est prise dans cette durée comme matière engluée de miel. Prison et liberté. Les poèmes n’en sortent jamais, je crois.
Périple, traverse, candela : soit les trois étapes sur un chemin d’écoute, de silence, d’éveil aux sens. Le poète hennuyer et du monde sait jusqu’où le poème peut tendre, l’espace que ce dernier creuse en chaque lecteur toujours assoiffé.
Comme chez Mathy, « la vie bat », la simplicité aussi libère une poésie d’accueil, accessible et prenante, où chaque regard du poète assigne à la lecture l’offrande d’un don. Cadou eût bien aimé ces « feux communs du monde » (p.52) ou « fredonner un air exhalé de l’enfance » (p.28).

Philippe Leuckx, Lesbellesphrases

*

Le titre annonce la couleur. Le mot chemins induit cheminement, promenade, avancée lente, attentive, parfois laborieuse, riche en observations et expériences, où l’homme s’est créé dans la nature une voie étroite mais royale. Une voie ? Non, plusieurs voies. Et cette pluralité se voit confirmée dans le mot Janus. Janus, dieu romain gardien des portes, à cheval sur le passé et l’avenir… en selle sur ce lieu de passage, la porte (janua), qui symbolise sans doute l’instant présent, l’instant charnière.
Cet instant présent auquel nous sommes si souvent inattentifs et qui est pourtant la seule réalité objective, car passé et futur sont fictifs et n’existent que dans la pensée. Janus, le dieu à deux visages, deux visages opposés, au centre duquel il importe de trouver son unité, de se trouver soi-même… Mais, nous dit l’auteur en exergue de son recueil, « Dans le miroir des vanités, l’être n’est un qu’en apparence ». Et cet ouvrage, dédié à son fils, nous fait suivre à tous le périple en poèmes d’un homme, un anonyme, « il »,  en quête de soi par les chemins de Janus.
Il prend son bâton de pèlerin et s’éloigne des foules pour suivre seul le chemin balisé par des nues en cavale. Quittant la ville, il revient s’immerger dans la poussière des ancêtres, point de départ d’un voyage sans guide et sans itinéraire, au hasard, au gré des souvenirs.
Les heures s’effilaient comme des chevelures.
Il s’en trouvait captif, en accepta l’augure. […]
Et quand le crépucule, à l’heure où les loups lapent,
relève ses collets, ses leurres, ses chausse-trapes,
 il brûlait les étapes et tôt s’en prévalait.[…]
Il était en cavale sans être recherché
en espoir d’idéal et de sérénité.
Mais le périple soudain se mue en traverse et voilà notre pèlerin subitement en proie à des peurs anciennes collées comme sangsues aux flancs des habitudes.
Il se trouva cerclé de poulpes qui n’ont d’yeux
que pour la turpitude et vous engluent l’échine
de marées assassines.
Des coques somnambules errant à la dérive, des miasmes putrides, des moulinets de mouches, d’étranges mains s’exhalant des rivières, des porcs, pitres pouilleux, des gisants qui dansent sur les gravats…
Nous voilà plongés dans une ambiance étrange et délétère qui nous fait immanquablement penser à Bosch, aux tentations de Saint Antoine, de Saint Jérôme, à ce monde fantasmagorique hallucinant et terrifiant mais qu’on détaille avec délectation !
Après la nuit, le jour. Notre pèlerin s’éveille avec la sensation d’avoir planté un clou dans le soleil. D’avoir franchi une étape, violé un tabou, atteint le but de sa quête ? Blessé le soleil ? Ou piqué un cactus pour s’abreuver de son suc salvateur? Le voilà arrivé à la troisième partie de son voyage joliment intitulée La candela. Il a planté un clou. Que va-t-il y accrocher ?
Les paupières dessilliées, il délimita mieux
son lieu de liberté, sa mesure du possible.
« Il » a trouvé les limites de l’homme, « Il » est allé au bout du chemin et présume qu’à force de se chercher, il trouverait les autres. Car, si l’homme n’est un qu’en apparence, peut-être tous ne sont-ils qu’un, en fait ?
« Il s’estima à même, au terme du voyage,
 de mourir et renaître, d’être enfin à la fois,
l’apprenti et le maître.
[…]Je m’étais cru désert et j’étais habité, conclut-il en final. Il s’est trouvé multiple.
On n’a jamais fini de naître, comme dit Joseph Bodson dans son recueil  Conjurations de la mélancolie.
C’est ce à quoi nous convie Pierre Coran dans ce recueil, qui peut être lu comme un chemin de vie, allant de l’enthousiasme de la jeunesse (Le périple) au but lumineux de la naissance à soi (la candela) en passant par les épreuves et désillusions de la vie (La traverse), bercés au rythme naturel d’alexandrins, sans la contrainte des rimes. Entre les animaux, qui ont la part belle, les herbes et les forêts, les paysages marins et autres, et quelques rares humains, nous voyageons dans un imaginaire plein de poésie. Et si le livre ne s’adresse pas aux plus jeunes, pour une fois, c’est que l’auteur a laissé parler ici une autre facette de sa personnalité pour nous livrer ce bilan en images d’un parcours oniriquement initiatique…

Isabelle Fable, reflets Wallonie-Bruxelles n° 34.


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Tous les chemins mènent à Janus

Trois thèmes sont exploités dans Les chemins de Janus : l'euphorie du départ, les épreuves à surmonter et la lumière atteinte. Dès le début, le lecteur est transporté, sans doute comme l'auteur, lui-même, l'a été au moment de la rédaction. Il y a trois ans, Pierre Coran, levé aux aurores, a le flash de mots, de phrases. Il les note, les relit, les corrige. Le résultat, le voilà : un parfait manuel pour se laisser bercer par son voyage initiatique intérieur : « Ce livre s'est écrit facilement, explique-t-il. Tout semble fluide parce que je ne recherchais pas les rimes mais le rythme. » Dans Janus, l'écrivain voit le dessin d'une femme, d'une future maman en marche vers la naissance d'un enfant, et de sa destinée. « Chacun a son chemin de vie », dit-il.
Le petit Eugène Delaisse – son véritable nom – avait-il déjà en tête le chemin de vie de Pierre Coran ? « J'ai eu envie d'écrire très tôt, répond-il. Ma maman m'a appris à le faire dès l'âge de cinq ans. parce que l'ombre de la guerre planait et qu'elle craignait de ne pas me voir écolier. »
L'écriture pour enfant ? Pierre Coran ne l'avait pas imaginée dans son chemin de vie ; c'est un de ses élèves qui le lui a suggéré. Et c'est sa propre expérience d'enfant qui lui a inspiré les aventures pleines d'humour du Commando des pièces à trous.
Pour le visuel des Chemins de Janus, Pierre Coran a laissé un de ses amis s'exprimer au travers de la couverture : elle est signée Armand Simon. « C'est un cadeau qu'il nous avait fait lors de l'anniversaire de mon fils (Carl Norac. ndlr). » L'éditeur, quant à lui, s'appelle Gérard Adam. « Je suis très content du résultat, avoue l'auteur. Le lendemain de l'envoi du tapuscrit, la maison d'édition me contactait et m'annonçait la publication de mon livre. Mon éditeur est un monsieur très courtois, un médecin de profession mais aussi un écrivain, il a publié le livre Le Saint et l'autoroute. De telles personnes sont nécessaires. Placés bien au-delà de la notion d'argent, les petits éditeurs sont ceux qui gardent le plus le feu sacré. Les grandes maisons l'ont moins. »
Pierre Coran a signé 109 livres au cours de sa carrière. Son prochain livre est un roman. Située pendant la Libération, l'action est centrée sur un garçon de 13 ans, résistant comme son père, qui va vivre des aventures incroyables pour suivre son idéal patriotique. Au cours de sa quête, il va rencontrer une jeune fille; elle va changer sa vie. Le livre sera publié aux éditions Alain Jourdan et inaugure une nouvelle collection. Ensuite, Pierre Coran signe un livre pour la Mai- son Pastel. Puis, Pierre... Oui, car cet homme n'arrête pas d'écrire et a toujours autant d'étoiles dans les yeux quand il parle de l'écriture.

La Chambourlette, Vlan Hainaut



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Voyage initiatique. Le narrateur opère « un tour de lui-même », loin des foules, de la ville, des automobiles, seul, tel un pèlerin avec bâton de berger, bissac et chien. « En quête d'âme neuve, il préféra fouler la terre/et s'immerger de tout son être/dans la poussière des ancêtres ».
Un long poème écrit à la troisième personne du singulier, ce « il » si présent : « II avançait sans hâte, pareil aux randonneurs/qui vont loin et le savent ». Souvenirs, enfance, origines, cheminement, la rencontre des autres, songe, illusions, doute, épreuves, transformation, désir de sagesse, quête de la beauté, rayonnement et joie. « II était en cavale sans être recherché,/en espoir d'idéal et de sérénité ». À la fin de ce jeu de miroir, passage du « il » au « je », plein d espoir : « Je m'étais cru désert et j'étais habité ».
Un récit poétique pour changer d'espace, de regard, d'habitudes, se chercher et trouver les autres.

Lycée. 0. B., InterCDI




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Au-delà du miroir
Pierre Coran est surtout connu du grand public pour la place qu'il occupe dans la littérature jeunesse, et plus particulièrement dans la poésie pour enfants. Ses livres sont traduits dans de nombreuses langues et il est le récipiendaire de prix littéraires prestigieux. Néanmoins, il est souvent méconnu en tant qu'auteur de recueils de poésie pour adultes. C'est dans cette dernière veine que paraît Les chemins Janus. L'auteur propose un voyage initiatique et fantastique en trois temps : « le périple », récit sur la route vers « l'incertain », « la traversée » où « une spirale issue d'on ne sait quel ailleurs / l'entraîna illico dans les contre-courants » et « la candela », c'est-à-dire le possible « espoir d'une lueur sur une terre neuve ». Texte poétique sous forme de récit narratif, le lecteur suit un homme sur le chemin de sa vie, en quête d'authenticité, d'une meilleure connaissance de lui-même et de ce qui l'entoure. L'auteur sillonne un univers proche du songe et des rêves, poussant des portes jusque-là encore inexplorées. On s'imagine dans une forêt sauvage teintée d'onirisme, proche de celle de Régis Loisel dans La quête de l'oiseau du temps. Les métaphores liées à la nature et la personnification de celle-ci illustrent parfaitement l'état d'esprit dans lequel se trouve l'auteur à travers les étapes successives qu'il traverse. Le texte, très musical par l'usage fourmillant d'assonances et d'allitérations, suspend le temps et incite le lecteur dans cette aventure existentielle pour « retourner aux sources encore inassouvies ». De cette épreuve, l'auteur sort grandi, voire métamorphosé. Par le changement, à la dernière page, du pronom « il » vers le « je », Pierre Coran affirme et revendique la libération de ce qui l'habite, pour mieux renaître, tant dans la vie, que dans l'acte d'écrire, pour ce livre et les autres à venir.

Mélanie Godin, Le Carnet et les Instants



Le Carnet et les Instants



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L'œuvre de Pierre Coran est considérable, une centaine d'ouvrages, ci sa poésie a rencontré des lecteurs, ce qui est plutôt rare. Son recueil Jaffabule, publié chez Hachette (« Fleurs d'encre ») a reçu le Grand Prix de poésie pour la jeunesse de la Maison de Poésie et du Ministère en 1989.
Ces Chemins de Janus constituent en trois étapes un voyage du poète en quête de lui-même jusqu'au vers final : « Je me suis cru désert et j'étais habité ». Ce sont des poèmes sur le ton de la confidence, où s'allient la respiration de l'alexandrin et le naturel de la conversation, souvent sans rimes mais non pas sans résonances ni rythme, imposant ainsi la présence d'une voix personnelle.
Il musela en lui le silence, une écoute,
scruta le ciel masqué,
y trouva ce répit qui détrompe l'attente.
Il ne s'estimait pas nanti d'une mission
ni d'une vocation de porteur de parole.
Tout le prédisposait à s'affranchir du risque
de briser le miroir et de réintégrer
l'anonymat des êtres qui, murés par confort,
ne se regardent plus.

Jacques Charpentreau, Le Coin de Table (« La Revue de la Poésie »)



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De cet auteur prolifique (une centaine d'ouvrages publiés dont beaucoup pour la jeunesse), ce livre est une quête à la fois spirituelle et terrestre. C'est l'expérience d'un homme sans cesse en recherche qui va sur les chemins, ceux de la Terre et ceux de la vie, et qui regarde autour de lui. qui exprime son ressenti par un verbe vigoureux et coloré. Il explore le monde, tente de pénétrer le mystère des êtres et des choses. Il part aussi vers l'inconnu, vers la légende, vers ['impossible, vers « l'inaccessible étoile ». Ce voyage initiatique et réaliste à la fois, nous le faisons, solidaires, en compagnie du poète.
Maurice Cury, Les cahiers du sens.



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Une fable philosophique à l'usage des compagnons...

La route de Pierre a croisé celle de Janus : « Il » est donc au centre d'un nouveau monde, à la recherche de soi, en quête de sens à tous les carrefours d'une vie piétonne qui a posé ses pas sur ceux de la bonne (?) fortune. Quant à Janus : dieu des commencements et des fins, des choix, des clés et des portes, il a le privilège d'être invoqué avant toutes les autres divinités. En tant que dieu introducteur il est avec Portunus, un « dieu des portes » qui préside à l'ouverture de l'année et à la saison de la guerre (les portes de son temple étaient fermées quand Rome était en paix).
Janus donc, frère de Pierre, sur le chemin des compagnons ! Le temps d'un livre, il conforte le poète dans sa quête de « sagesse » et de « beauté ». La référence est à la fois habile et malicieuse. L'homme est double, pour le moins, mais le poète serait-il un multiple de ce même dédoublement ? Peut-être : « II présumait qu'à force de se chercher, il trouverait les autres... ». Nous y voilà : le poète au milieu des autres : « Il se sentit en joie et, partant soulagé / comme l'est un marin / hors d'un navire voguant, la nuit, sans équipage. » Le répit existe-il avant le repos ? Nullement car la présence de Janus aux côtés du poète, déminéralise, voue au silence, toute velléité de fusion, d'unité. Pierre Coran donne tout son sens à la quête qui l'occupe, se distanciant même, pour un temps, d'une recherche jumelle qui brouillerait les cartes et les rendrait illisibles !
Mais il doit se rendre à l'évidence ; le ver est dans le fruit (ou l'inverse), et la résolution d'une telle énigme se trouve au cœur de soi : « Il n'avait pas changé d'image / mais son visage, à l'évidence, rayonnait. La vie battait en lui comme elle bat, là-haut, sous l'aile de l'oiseau. » Le poète surpris d'être à la fois « l'apprenti et le maître », découvre, dans la foulée, que sa place, dans le monde s'inscrit dans l'ubiquité de sa personne, et qu'elle est avant tout celle de l'étranger qui vit en dehors et à travers lui, qu'il ne peut mesurer mais qui porte le nom polysémique de Janus : « Hors du miroir de l'autre, des foules sans visage, je me regardai naître et pus me reconnaître / sans le moindre reflet. // Je m'étais cru désert et j'étais habité. » Une parabole bien utile et superbement troussée, presque souriante si le sujet – bien grave – se prêtait à la fable, mais Pierre Coran ne roule que des dés, des idées et les mots... Pour une quelconque moralité, il convient de s'adresser à Janus...

Michel Joiret, Le Non-Dit

Non-Dit 99



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Un voyage commencé par un clair matin quand le soleil hésite encore à percer les brumes. Pierre Coran nous emmène par des sentes inexplorées. Se fiant  aux hasards,/il s’orientait au gré des souvenirs,/ces champs de pierre levée parsemant la mémoire... Trois étapes jalonnent ce cheminement, comme le souligne la 4e de couverture. Le poète fait de chacune d’elles l’étape d’un voyage initiatique. Avec Pierre Coran, le lecteur redécouvre la splendeur si fragile et menacée du voyage intérieur transcrit dans ce recueil tant par l’aveu que par la retenue. Le regard du poète nous enchante. La sobriété de l’expression nous entraîne dans son univers en une belle démonstration, peut-être même involontaire, de la puissance des mots, du pouvoir de la littérature. Il trouvait singulier d’accomplir le périple/sans y être forcé/de sonder à loisir le champ des profondeurs,/ pour autant qu’il le faille,/ et d’ainsi rassembler tout ce qui reste épars/ au sortir des semailles. La grande force de l’art poétique de Pierre Coran, réside dans cette option pour une forme de simplicité par laquelle il approche le sublime, comme si la parole poétique occupait une place prépondérante dans la vie quotidienne et constituait un antidote à l’atmosphère tourmentée où nous évoluons avec un sentiment d’urgence auquel il serait impérieux de répondre. Sans un guide attitré et sans itinéraire/il grignotait le temps licenciait les horaires, dit le poète. Au terme du voyage, Pierre Coran nous invite à nous réconcilier avec nous-mêmes : Je m’étais cru désert et j’étais habité.

Dominique Aguessy, Nos Lettres


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Présentation par l'auteur au festival du livre "Mons' Livre"







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