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Daniel Soil
a été diplomate Wallonie-Bruxelles au Maroc de 2004 à 2008 et en Tunisie de 2008 à 2015.
Il travaille aujourd’hui à la Bibliothèque d’Ixelles (Bruxelles), comme écrivain public bénévole, et comme animateur d’une table de conversation pour migrants désirant s’approprier au plus vite les langues de la Belgique.
Il a déjà publié sept romans, dont le premier, Vent faste, a été couronné par le prix Jean Muno.
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Daniel Soil

Agdez
Photo de couverture
© Daniel Soil

AGDEZ, DERNIÈRE PAGE

Roman, 2022
124 pages
15,00 EUR
ISBN : 978-2-8070-0323-1 (livre imprimé) – 978-2-8070-0324-8 (PDF) – 978-2-8070-0325-5 (EPUB)

Pourquoi un crime si cruel, commis à la manière d’une torture lente ? Johannes V., expert des Nations unies au Maroc, a été lacéré au couteau dans sa villa, quartier Hay Riad, Rabat. D’aucuns se sont interrogés : ce crime n’était-il pas le signe, parmi d’autres, d’un air du temps, marqué par un inéluctable choc des civilisations ? Et d’autres, dans l’entourage du diplomate, d’évoquer le gouffre existant, au niveau planétaire, entre maigreur des uns et embonpoint des autres. Afin d’investiguer de manière informelle, les Nations unies mandatent sur place un « attaché culturel » belge. Suivront un étrange périple, de Casablanca à Tanger, d’Al Hoceima à Ouarzazate, et un défilé de personnages peu recommandables, mais aussi d’activistes actifs, généreux, qui ne baissent pas les bras. L’affaire s’éclaircira-t-elle dans les sables d’Agdez où se dresse un ancien pénitencier ?


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8,99 EUR




Extrait


Il y avait là – à l’ombre des remparts battus par les vagues – de nombreux activistes des temps anciens, devenus cinéastes, journalistes ou auteurs de récits carcéraux. Tous appréciaient les moellons mordorés, les ruelles ombragées dans la médina, le vent coulis venu de l’Atlantique, et surtout l’occasion qui les réunissait après des mois, voire des années de séparation.
– Tu te rappelles la dernière fois ? C’était en prison !
Une certaine gauche radicale, longtemps cloîtrée, découvrait sous cette muraille et face à l’océan des militants d’aujourd’hui, avec un appétit partagé : jouir d’une période historique favorable. Asilah, médina fouettée, lieu idéal pour un colloque censé rapprocher des fervents. Au hasard des ruelles, assainies pour l’occasion, se pressait aussi le milieu effervescent de l’Art, Parisiens chics et rieurs, marchands avisés, oisifs attentifs à tout ce qui bouge. Ce monde béat passait de terrasse en patio à la recherche d’une boisson capiteuse.




Ce qu'ils en ont dit

Une vérité qui s’apprivoise.
Lorsque l’on retrouve le corps lacéré de Johannes V, expert des Nations Unies au Maroc, ses instances décident de charger Jean, un attaché culturel belge, de recueillir des informations sur les circonstances de son meurtre. Des hypothèses circulent qui mettent en évidence les positions progressistes de la victime, fervent défenseur des droits humains et de la diversité culturelle, posture passant pour audacieuse à l’heure où d’autres resserrent les mailles de la pensée.
Sous la direction d’Aïcha, une journaliste proche de Johannes, il entame un périple qui le mène dans plusieurs villes du pays et, surtout, à multiplier les angles d’approche. Bien sûr, il y a les accueils officiels, ceux des ministres qui verrouillent les rencontres pour étouffer les voix discordantes dans leurs ballets luxueux et savamment orchestrés où ils convient leurs fidèles. Très vite, il est aussi immergé dans des caucus plus colorés, tel celui de l’Assistance discrète, un groupement élitiste, conservateur voire réactionnaire, qui serait prêt à lui ouvrir ses portes. En contrepoint, des intellectuels, des gens du spectacle, des universitaires engagés qui se sont souvent connus alors qu’ils étaient incarcérés dans la prison d’Agdez, aujourd’hui désaffectée. Le contraste entre ces deux univers est total, les convictions de Jean le portant d’emblée vers le second où il trouve aussi une convivialité et une liberté de parole et de pensée à sa mesure.
La recherche de la vérité prend souvent de longs détours, surtout quand ceux qui servent de guides en détiennent eux-mêmes les clés. Le périple est un parcours initiatique qui permet de mesurer si le requérant est à la hauteur de ce qui lui sera révélé le cas échéant. Il lui donne l’occasion de découvrir de l’intérieur la société marocaine en ébullition, les attentes fortes d’une jeunesse impatiente, la tentation terrible de l’exil, l’exacerbation des tensions que les injustices croissantes engendrent. Sans oublier le fossé grandissant entre les traditions persistantes et la vie moderne des couples. Mais dans tous les cas, ce parcours révèle la richesse culturelle multiple du Maghreb, l’empreinte du colonialisme, et son lien ambivalent avec l’usage du français. Et partout, inconditionnellement, une chaleur, une générosité qui ne démentent pas la réputation du pays. À mesure que les jours passent, Jean et Johannes se confondent peu à peu pour ne former qu’un seul prénom et une seule silhouette, moment où l’émissaire est prêt à en savoir plus…
Les romans de Daniel Soil sont empreints d’une sensualité sans détour. Dans Agdez, dernière page, Jean est d’emblée subjugué par la beauté d’Aïcha, et il s’engage entre eux un savant chassé-croisé fait à la fois de retenue et d’audace qui double la tension liée à l’objet premier du séjour. Fort de son expérience de 11 ans comme délégué Wallonie-Bruxelles au Maroc puis en Tunisie, l’auteur renouvelle sans redite l’exploit de L’Avenue, la Kasbah : il déploie avec talent une fresque qui honore ceux et celles qui, précisément dans les lieux où ces valeurs sont menacées, se battent pour la justice, la dignité et la liberté.

Thierry Detienne, Le Carnet et les Instants

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Afin d’éclaircir les circonstances et possibles commanditaires du meurtre de Johannes V., expert hollandais pour les Nations Unies au Maroc, tombé sous les coups de couteau d’un certain Fanid, un attaché culturel belge est mandaté sur place.
Johannes V. était « connu comme un partisan résolu de la diversité ». II pensait que « les peuples du Sud devaient participer à la culture monde avec leur propre patrimoine ». Il travaillait aussi « aux réparations en faveur des détenus politiques incarcérés sous le règne précédent. » Ce qui multiplie le nombre de personnes, ne partageant pas ses vues, à avoir eu intérêt à sa disparition.
Pour débuter son enquête, l’attaché culturel belge prénommé Jean (on reconnaîtra le cousinage avec le prénom Johannes) est accompagné d’Aïcha, une journaliste et interprète qui avait par ailleurs été proche du disparu.
Très vite, Jean qui relate ce récit est mis en contact avec un groupe, Assistance discrète, réunissant expatriés et Marocains fortunés, composé d’individualités aux sensibilités diverses et mal définies politiquement.
Jean laisse aussi entendre qu’il est attiré par les qualités, tant humaines que physiques, d’Aïcha. Leur rencontre débute ainsi sur le plan sensuel quand Jean se penche sur Aicha pour saisir sa traduction du discours d’un ministre.
« J’observe de près sa peau caramel, sa poitrine fervente qui se soulevait à un rythme marqué par le trac. Il m’a semblé bientôt avoir apprivoisé ses parfums les plus enfouis, avant même d’avoir échangé avec elles la moindre phrase. »
Dans un périple de cinq étapes qui le fera voyager dans le pays, de Rabat à Ouarzazate où se situe l’ancien pénitencier d’Agdez, toujours guidé par la journaliste, l’attaché culturel va approcher d’anciennes connaissances de Johannes. Au fil de ses pérégrinations et de son sentiment grandissant pour Aïcha, il va se sentir de plus en plus proche de Johannes et quasi revivre son parcours…
Ce livre qui prend la forme d’une enquête à travers le récit tout personnel qui nous est fait nous plonge dans le Maroc d’aujourd’hui, politique, religieux, culturel… non guéri de ses vieilles blessures et avec ses difficultés à se positionner face au monde occidental. Le roman est, de plus, remarquablement écrit et bien informé, puisque Daniel SOIL a travaillé au Maghreb (Maroc et Tunisie) en tant que diplomate.
Ce roman m’a fait penser au périple de Noctune indien de Tabucchi dans lequel le narrateur, en recherchant son ami disparu en Inde, va à la rencontre de lui-même.
Un nouveau excellent roman de l’auteur de Vent faste (prix Jean Muno 2001), du très beau Petite Plaisance ou encore de L’Avenue, la Kasbah sur le Printemps arabe tunisien de 2001.

Éric Allard, Les belles phrases.


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Daniel Soil a été représentant de l’AWEX au Maroc de 2004 à 2008, et en Tunisie de 2008 à 2015, et ses souvenirs du Maghreb sont restés très prégnants, et ont inspiré plusieurs de ses romans.
Dans celui-ci, ce qui frappe dès l’abord, c’est la rencontre, on pourrait presque dire la coïncidence, des idéaux humanitaires et du sentiment amoureux chez les principaux personnages. Jean, le héros principal, a été envoyé au Maroc en tant qu’attaché culturel, mais ce n’est qu’une couverture : en réalité, il est chargé d’enquêter sur l’assassinat de Johannes V., un personnage haut en couleur, d’origine hollandaise, qui est intervenu assez souvent en faveur des déshérités, des prisonniers maltraités, de tous ceux qui s’efforcent de gagner l’Europe pour y trouver des ressources suffisantes. « Profitant d’une pause de l’orchestre, une dame a élevé la voix pour évoquer Johannes et magnifier la passion mise par ce fonctionnaire à soutenir les réfugiés, les clandestins, qui erraient à travers le désert jusqu’à la Méditerranée, les barques qui chavirent, les corps sans vie échoués sur les plages, l’espoir qui brille au loin, sous l’apparence d’un fanal, puis qui s’éloigne si le cap ne peut être tenu. »
Du coup, le récit prend toutes les allures d’une intrigue policière : Johannes a-t-il été assassiné à cause de son action en faveur des pauvres, des déshérités, ou bien par jalousie sexuelle ? Il y a en effet un groupe de personnages importants, Européens surtout, un cercle qui prétend aider à l’accueil des nouveaux venus, mais derrière lequel se profile la silhouette énigmatique du commandant Mermoz, coiffé d’un casque d’aviateur, et qui se sert du souvenir des aviateurs de l’Aéropostale pour des activités d’extrême droite.
D’emblée, Jean, qui se révèle très porté sur les plaisirs de la chair aussi bien que sur les autres jouissances sensuelles, tombe amoureux de son interprète, Aïcha, et nous serons entraînés à leur suite dans des fêtes, réceptions, balades dans le Rif, aussi bien que dans des concerts de musique traditionnelle, des récitals de slam, des réunions révolutionnaires… Tout un monde, piloté par d’anciens opposants au monarque précédent, qui, pour la plupart, ont passé pas mal d’années en prison.
Bien sûr, je ne vais pas vous donner le mot de l’énigme : je vous dirai simplement qu’elle nous est révélée à l’occasion d’un projet conçu par un militant : consacrer à des logements sociaux une prison désaffectée et délabrée, celle d’Agdez. Entre-temps, nous aurons fait ce long voyage, bercés par ces épisodes prestement enlevés, où les parfums, les sons et les couleurs se répondent, un Orient qui n’a rien, ici, de superficiel ni d’artificiel, ainsi en ce portrait de femme, p.42 : « Mais peu importaient ces joutes, l’essentiel était l’admiration qui se déployait en moi pour Aïcha, femme résolue aux vastes paupières, à la bouche triste et au front haut. » Dekobra ou Pierre Loti ? C’est vous qui en jugerez, pour ma part je pencherais pour un Pierre Loti politiquement engagé. Disons, plus simplement, que c’est du Daniel Soil, de la meilleure facture.

Joseph Bodson, Reflets Wallonie-Bruxelles.


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Johannes V. était connu, au sein du petit monde diplomatique au Maroc, comme un partisan résolu de la diversité, idée selon laquelle les peuples du Sud devraient participer à la culture-monde avec leur propre patrimoine, leur propre richesse. Ainsi, Johannes V. s’intéressait aux travaux d’une journaliste, Aïcha A., sur la mise au jour du patrimoine maghrébin de toutes origines – arabe, amazigh, juive, coloniale -, notamment par de saisissantes séries photos. Johannes semblait fasciné par ces chercheurs grattant avec patience les vernis et autres recouvrements avec lesquels des générations entières avaient, par négligence, indifférence, ou délibérément, effacé la créativité ancienne. Aïcha A. répétait souvent qu’il fallait éviter le vide et ne pas hésiter à découvrir le corpus symbolique des peuples aussi loin que possible dans le temps. «Jusqu’au Déluge », aurait ajouté Johannes selon une expression révélatrice de sa propre culture. Johannes V. a-t-il été tué parce qu’il était de conviction chrétienne ? Parce qu’il donnait de sa religion celle d’un petit nombre, le protestantisme libéral – une image attrayante, amenant une curiosité – voire une sympathie inattendue – chez ceux pour qui l’adhésion à la croyance dominante allait de soi ?
Ou sur tout autre dossier ? Lequel ?
Pourquoi une telle cruauté autour de ce crime ?
Ça devait discuter ferme autour de cet expert hollandais, si accessible, si cordial, mais qui faisait tache au milieu de tous les expatriés ventripotents.
Oui, Johannes était quelqu’un de bien, fraternel, efficace aussi dans le soutien aux vulnérables, aux opprimés. Mais personne ne semblait avoir la moindre piste pour d’éventuels commanditaires du crime.

Quelques personnages :
Aïcha A., journaliste, interprète à la séance d’accueil des nouveaux attachés linguistiques accrédités au Maroc.
Jean, un « attaché culturel » mandaté par les autorités belges pour investiguer de manière informelle. Il connait bien  le pays pour y avoir été en poste.
Jacques, un homme sec et fluet, au Maroc depuis trente ans. On l’appelle le plénipotentiaire… et son épouse Isabelle, aguicheuse, attirante et lassante à la fois. – Jacques ne vit que pour son « Assistance discrète », qui réunit expatriés et gens fortunés d’ici, au profit d’initiatives charitables.
Latifa, militante et enseignante radicale. Un jour, elle s’était attachée à décrire, sans s’indigner, un cas flagrant d’injustice dans le milieu carcéral et le rôle décisif joué par Johannes pour le réparer.
Abdellah, le radical des quartiers populaires, un activiste maîtrisant parfaitement le français, mais se proclamant arabophone. Un ressentiment vis-à-vis de l’ancien colonisateur ?
Carmen,  ambassadrice du Canada.
Dkhili, un journaliste, à la langue pendue. Sa parole pontifiante finissait par lasser. Le plus français de tous les Marocains.
Adil l’humaniste, journaliste-animateur, qui aimait aller au tréfonds des personnalités qu’il titillait.
Marouane, un poète renommé, reconnu, et encore appelé le « poète de la liberté ».
Mourad, un médecin issu du mouvement associatif indépendant, aussi corpulent que généreux. Mains larges, débonnaire et chaleureux, une épouse… nipponne.
Rachid, un homme vif et noueux…
Deux Cercles mystérieux, la Main rouge, l’Assistance discrète, deux cercles fréquentés, à deux générations de distance, par les mêmes familles de potentats locaux.
Issa, un acteur se revendiquant d’une culture-monde et citant volontiers Amin Maalouf.
Etc…

Jean observait tout ce petit monde. Tout était dans l’art d’équilibrer souplesse et ténacité. Ne pas se laisser distraire. Mettre à jour les tensions diffuses au milieu desquelles le meurtre avait été prémédité.
Aïcha titubant lui confiant combien semblait vertigineuse la difficulté d’échapper à ces deux fléaux, également dévastateurs : la tyrannie moderniste et le fanatisme religieux.


Daniel Soil a été diplomate de la communauté Wallonie-Bruxelles de 2004 à 2008 au Maroc et en Tunisie de 2008 à 2015. Fort d’une certaine expertise, l’auteur nous fait découvrir les méandres d’une société souvent figée.
Et les dessous sont souvent… impénétrables.
Une musique s’élève alors du côté du figuier. Aïcha s’avance, chevelure noire-noire sur djellaba sobre. Elle s’assied, pose un qanoun sur ses genoux, se sent portée par les regards alliés des femmes qui se tournent vers elle et entame, dos aux spectateurs, une transe rythmée par des percussionnistes gnaouas, secs et noueux. Un désir m’envahit, me glisser sous le qanoun, caresser Aïcha à hauteur de ses jambes, jusqu’à l’attache haute. D’un regard, elle m’intime l’ordre: patience! Tout à l’heure, oui, c’est ce que je désire moi aussi.

Les plaisirs de Marc Page


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Johannes V, expert des Nations unies au Maroc, a été lacéré avec la pointe d’un couteau dans sa villa chic sise dans un des plus beaux quartiers de Riad. L’enquête est sur les rails, bien décidée à mettre au clair ce fait divers particulièrement cruel. Au fil des chapitres, Daniel Soil convie une panoplie de personnages moins recommandables les uns que les autres et nous embarque dans une farandole entêtante de tous les possibles, sur fond d’activistes actifs et jamais prêts à baisser les manches de leur veste. Un attaché culturel est envoyé sur place pour mener ses propres investigations. L’occasion de voyager en sa compagnie de Tanger à Casablanca, d’Al Hoceima à Ouarzazate. La question demeure celle-ci : l’affaire s’éclaircira-t-elle dans les sables d’Agdez où s’érige un ancien pénitencier ?
Dans un pays ami et lieu de villégiature pour de nombreux compatriotes, l’auteur plante le décor d’un thriller contemplatif pour creuser les stigmates d’une recherche de la vérité sans occulter les faiblesses humaines, les intérêts contradictoires et un pays qui est ici présenté loin des clichés touristiques.

Sam Mas, Bruxelles Culture


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Un attaché culturel belge est envoyé au Maroc enquêter discrètement sur l’assassinat d’un émissaire de l’ONU. Accompagné d’une traductrice, il traverse le pays en rencontrant des ministres, journalistes, opposants ou postcoloniaux de l’inquiétante Assistance discrète. Une plongée en profondeur dans un pays où a vécu l’auteur comme diplomate de la FWB.

Michel Paquot, L’Avenir


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ohannes V., citoyen néerlandais expert pour les Nations Unies, en mission au Maroc, a été assassiné dans sa maison de Rabat. L’auteur de ce méfait semble particulièrement mince, il se serait faufilé entre les barreaux protégeant une fenêtre. Certains se demandent si la minceur de l’assassin n’est pas une métaphore du choc Nord-Sud évoquant le gouffre entre la maigreur des uns et l’embonpoint des autres. Jean, citoyen belge, est missionné pour conduire une enquête parallèle, officieuse, assurant que les conclusions de l’enquête officielle établissent les raisons réelles ayant provoqué cet assassinat. Johannes était un fonctionnaire un peu marginal qui fréquentait tous les citoyens, surtout les plus démunis, et même les candidats à l’émigration rodant dans les bois.
Arrivé à Rabat, Jean rencontre la jolie Aïcha qui lui servira de traductrice tout au long de son séjour marocain. Il n’est nullement insensible à son charme. Elle l’accompagne de réunions officielles en cocktails plus ou moins huppés, en passant par des spectacles plus ou moins incontournables (certains sont financés par le régime et d’autres plus simplement totalement amateurs), des rencontres plus ou moins fortuites, des visites plus ou moins touristiques. À ces occasions, Aïcha lui permet de se plonger dans le monde de Johannes, de rencontrer des gens qui ont connu Johannes, des gens qui ont partagé son engagement… « J’ai réalisé la chance que j’avais d’être, grâce à Aïcha, admis peu à peu au sein d’une société civile complexe, faite de femmes et d’hommes, couards ou courageux, actifs ou oisifs. Certains Occidentaux appréciant les gens d’ici, d’autres les détestant pour leurs immémoriales manières d’être ».
Ainsi, grâce aux relations d’Aïcha, Jean pénètre de plus en plus profondément les arcanes de la société civile marocaine. Il semblerait même que celle-ci cherche à guider le fonctionnaire belge vers un but qui lui tiendrait à cœur, comme si elle connaissait la solution de l’énigme sans pouvoir l’évoquer. Lui s’attache de plus en plus à la jeune femme dont il est amoureux, tandis qu’elle joue un jeu ambigu, une sorte de cache-cache sentimental enchaînant les gestes encourageants et les refus d’en accepter plus, comme si quelque chose entravait ses sentiments et ses désirs. Et si dans le meurtre de Johannes des raisons personnelles se mêlaient aux mobiles politiques ?
Daniel Soil, diplomate belge lui aussi, était en poste en Tunisie au moment du Printemps arabe, il en a tiré un roman, «  L’Avenue, la Kasbah », que j’ai eu le plaisir de lire et de commenter. Avec ce nouveau texte, c’est la complexité de la société marocaine et les pouvoirs contradictoires qui l’animent qu’il évoque. Dans son texte, il rencontre tous ceux qui peuvent constituer une forme de contre-pouvoir sans pour autant constituer un front uni. De nombreux clivages existent autour d’idéologies politiques, de théories économiques et surtout des diverses religions et de leurs tout aussi diverses interprétations. Le clivage entre les sexes est peut-être le plus fort, les femmes veulent leur part de pouvoir même si, en sous-main, elles jouent déjà un rôle important dans la société marocaine. Elles tiennent une place importante dans ce texte et le héros, Jean, n’est surtout pas insensible à leur charme, surtout à celui de la jolie interprète.
Ce texte éclairera tous ceux qui cherchent à mieux connaître la société marocaine dans ses composantes, ses aspirations, ses forces, ses faiblesses…, tout en leur racontant une belle histoire d’amour sur fond d’une insolite enquête, pas très officielle mais très éclairante. J’ai retenu aussi dans ce texte la forte envie, l’énorme besoin, le rôle fondamental de l’instruction dans une société encore un peu fermée autour d’un pouvoir fort et de religions un peu sclérosées.

Denis Billamboz, blog Mes impressions de lecture et Critiqueslibres.com


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« Agdez, dernière page » est un bien curieux roman. En quelque sorte : un roman policier, mais sans policier. C’est le narrateur qui mène l’enquête et il est attaché culturel. Il tente de comprendre qui a tué un représentant culturel des Nations-Unies et pourquoi. Ça se passe au Maroc, dans les milieux culturels où se retrouvent partisans des autorités et opposants politiques (certains ayant séjourné en prison…).
Daniel SOIL connaît bien le Maghreb où il a représenté la Fédération Wallonie-Bruxelles – e. a. la Tunisie à l’époque des « printemps arabes ». À travers les personnages de ses romans, il nous plonge dans cette société, avec ses questionnements, ses contradictions, ses craintes (e. a. des barbus, mais aussi de la répression), ses espoirs et ses déceptions.

Guy Stuckens, Radio Air-Libre.


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MAROC INTIME
Johannes V., expert de l’ONU au Ma¬roc, a été sauvagement assassiné. Qui a commandité ce crime ? Les engage¬ments du Hollandais en faveur de la di¬versité, des migrants ou ses plaidoyers pour les réparations en faveur des déte¬nus politiques incarcérés sous le régime précédent en ont irrité plus d’un. Un diplomate belge envoyé sur place afin d’enquêter discrètement sur ce meurtre entame un étrange périple humain et amoureux, de Casablanca à Tanger, des cercles les plus réactionnaires aux asso¬ciations les plus progressistes. L’auteur, ex-diplomate au Maroc et en Tunisie, dresse un portrait attachant, lyrique, ac¬tuel et très documenté de la vie cultu¬relle et politique marocaine.

D.C., L'Appel.
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