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Aurélien Dony

Né le 16 avril 1993 à Dinant (Belgique), suit actuellement un régendat littéraire-morale à la Haute-école Charlemagne à Liège. Passionné de mots, il publie son premier recueil à 18 ans, cherchant à concilier la limpidité du chant à la force du poème, à conjuguer le gris des pigeons aux feux de mille aurores, à unir le regard aux horizons nouveaux. Toujours en chemin, il ne conçoit la poésie que dans son dynamisme, dans son perpétuel mouvement.
Aurélien Dony travaille également, en tant qu’auteur et chanteur, au projet musical ECHO et collabore sur des projets de romans avec l’écrivain Claude Raucy.


Aurélien Dony

Aube défaite
Photo de couverture :
© Aurélien Dony

Puisque l'aube est défaite

Poésie, 2014

72 pages
ISBN 978-2-930702-89-6
13 EUR

Préface de Jean Loubry

"Les poèmes d’Aurélien Dony sont lisibles immédiatement. J’entends par là qu’ils ont, dès la première lecture, l’évidence du sentiment et qu’il importe de les recevoir comme ils ont été conçus : à fleur de peau.
Walt Whitman écrivait à la fin de ses Feuilles d’herbe : « Qui touche ce livre touche un homme. » Je crois que c’est vrai pour toute littérature, mais plus vrai encore, me semble-t-il, pour ce qui tient de la poésie.
C’est un tout jeune homme que l’on va toucher ; quelqu’un qui n’a pas encore – et puisse-t-il toujours y échapper – fait profession de poésie. Un jeune poète qui cherche, lui aussi, à toucher, et qui aussi se cherche, et cherche comment traduire ce que j’ai envie d’appeler « ses moments d’être ».
Aurélien sait que le poème ne doit pas expliquer mais chanter et qu’il dise l’amour ou la colère, le désespoir ou l’amitié, le beau ou le sordide, la tendresse, le souvenir ou le sexe, il y a toujours quelque chose qui tient de la musique (ce n’est pas par hasard si notre poète est aussi chanteur).
L’unité du recueil me paraît tenir dans son titre même. Que reste-t-il quand il ne reste rien ? Trop sombre ? Mais ce qui se défait lorsqu’on a vingt ans, ne serait-ce pas finalement l’enfance ? Ce grand virage qu’est l’enfance quand l’enfance fut heureuse ?
Ne touchons-nous pas là à la vérité intérieure de toute tentative poétique ?"
(Extrait de la préface)



EXTRAITS


Le mensonge authentique

Illusion d’être soi
Aux devantures des villes :
Les yeux se perdent
Et l’âme croit comprendre.

Bel enfoiré !
Je mens, sincère,
À chaque nouveau cœur
Qu’on me met sous la dent.
 
J’aurai perdu la tête
À m’inventer des mondes,
Des histoires, des conquêtes
Que je ne savais pas…

*

Je suis…

Je suis un invité maudit aux ripailles païennes,
Un baladin clownesque à l’accent de ferraille,
Je suis le saltimbanque des feuilles mortes
Et le portier des râteaux.

Je suis la cape noire que renie l’homme heureux,
Je suis le flux et le reflux, l’infiniment brisé,
Le secours du mendiant (je suis pièce ou billet)
Je suis sanglot des lacs et rire du frimas.

Je suis l’escroc, le brigand, le pilleur,
Le parasite et le festin, le moustique et l’ampoule,
Le peuplier sans feuille (le début du cercueil)
Le roi des salutaires en route vers l’Erèbe.


Qu’importe où l’on m’invite… Je serai le dégoût !




"Puisque l'aube est défaite" a obtenu le

Prix Georges Lockem 2014


décerné à un poète de moins de 25 ans par

l'Académie Royale de Langue de de Littérature françaises de Belgique



CE QU'ILS EN ONT DIT


DEUX VOIX DE POETES HANTES PAR LA BEAUTE ET LA MORT

Ils ont tout qui les sépare, la génération, l’écriture, l’éditeur, et pourtant, que de connivences au fond entre Tristan SAUTIER, auteur des poèmes KILLED BY DEATH (Le Coudrier, 2013) et le très jeune Aurélien DONY, pour un deuxième recueil poétique, PUISQUE L’AUBE EST DEFAITE (M.E.O., 2014), déjà récompensé par le prix Lockem de l’Académie Royale de Langue (prix pour un auteur d’un recueil, de moins de vingt-cinq ans).
Voilà deux auteurs, rimbaldiens en l’âme, qui partent en guerre contre le temps qui mord les roses et abîme les cœurs, sensibles à la beauté des toiles. Ainsi,  Sautier rend hommage à quelques grands peintres versés sans doute dans les mêmes préoccupations (Munch, Renoir, Schiele) et à quelques grands arpenteurs du dernier siècle (Kerouac, en tête).
De l’un, des  « épitaphes » (Dony), de l’autre une section « os, 13 » : il faut donc que la poésie trouve là terrain à réfléchir sur la fragilité. Aurélien qui n’a « connu que l’odeur de la tourbe » ;  Tristan « des tombes couchées quand la chair/ se découvre de saison en nudité en enfer ».

Né en 1993, Aurélien Dony, auteur, chanteur, professeur, un livre de poésie en 2011, chez Memory Press (Il n’y aura plus d’hiver), chante ici (et le mot n’est pas excessif) la camaraderie, dans le sillage de Villon, et parfois dans des formes qui en recueillent une certaine solennité, sinon une gravité qui inscrit déjà son écriture dans le champ des exigences. Préfacé par un Jean Loubry, enthousiaste pour les dons éclatants du jeune auteur, le livre a suffisamment de qualités pour se défendre seul : le sens des images pour cerner la brièveté, caresser l’amitié (« puisque rien n’est plus beau/ que ton regard ami »), dénouer l’absence (« je me fous de ta main/ qui touche d’autres mains »). Une sensualité, partageable, parcourt ces textes épris de rythme et de nuit de fête, mais l’ombre de la mort, de la perte, de « la fin ordinaire/ sans apothéose et sans cri »  et le gage de « l’arbre (qui) est sève » tout à la fois font trembler ces poèmes vrais, sans apprêts, où le poète peut « march(er) nu/ dans le froid des torrents »  ou « sentir soudain la vie comme une plaie nouvelle ». La peau, le corps, « les soleils éteints », « se sentir vivant » , « le sang séculaire des derniers assassins » ou encore « mon corps convulse » donnent assez la peinture d’une voix qui clame sans forcer mais serre fort la réalité du monde, avec ses joies adulescentes, ses tourments d’adulte jeune et ses références classiques (eh !oui les Enfers).
Voilà donc quelqu’un qui promet !


Philippe Leuckx


*

Le saltimbanque des feuilles mortes.
« L’aube est morte ce matin », écrit Aurélien Dony.
Mais encore : « Et si le jour s’efforce au matin sur la plaine / D’accoucher d’un soleil, ça n’en vaut pas la peine. »
Faut-il déplorer de devoir vivre dans une nuit perpétuelle ou s’en réjouir ? Le poète de Puisque l’aube est défaite en tire joie.  
D’autres textes de ce jeune poète, de vingt ans au moment de la rédaction du recueil (…), cultive cet art des ténèbres, des plaisirs du soleil à jamais éteint.
On pourrait penser que c’est faute de n’avoir pas encore vécu ce dont il brûle par ailleurs de connaître (la passion amoureuse, toutes les ivresses comme toutes les gloires) que le poète aspire à un monde sans lumière naturelle. Pour qu’éclosent d’autres lumières, ses propres illuminations après sa saison en enfer ? (« À l’aube de mes nuits j’attendrai mes aurores »). Parce qu’il ressent la nécessité de vivre beaucoup pour apprendre à mourir (« Mourir n’est pas grand-chose pour l’homme qui a vu ») ? Mais non, en tant que poète déjà affirmé, fort de ses pressentiments littéraires, il ne fera jamais qu’imposer sa fiction à son expérience, comme le fait dire Roth à l’un des personnages de Tromperie.
L’univers poétique de Dony, « saltimbanque des feuilles mortes » et « portier des râteaux » m’a fait penser à ces vers d’une chanson de Brel : « Je sais déjà  à l’entrée de la fête / la feuille morte que sera le petit jour ». Brel qui disait qu’à 16-17 ans déjà, « on a eu tous ses rêves »
Ce recueil bienvenu est témoin qu’ Aurélien Dony maîtrise toutes les formes d’écriture poétique, dont il devra toutefois se délivrer pour trouver les siennes propres. Car ce livre fourmille de formulations heureuses, de notations sensibles ou pénétrantes.
C’est toujours émouvant de lire une jeune poésie qui contient déjà en germe tout ce qu’elle donnera sous des formes inventées, dans des aventures livresques futures, mais en restant fidèle à sa terre d’élection verbale, ses obsessions natives comme ses désespérances folles.

Éric Allard, Les Belles Lettres


*

Aurélien Dony se raconte en jouant du monde actuel qu'il ne décrit pas mais au contraire découvre dans sa complexité et ses surprises tandis qu'on va d'amour en évocation d'une mort qu'iltrouvera bien trop tôt, comme tout humain
.

Paul Van Melle, Inédit nouveau.

*

Le Phénix

Agréablement préfacé par le poète Jean Loubry, c'est un jeune poète né en 1993 qui nous est donné à lire par les éditions M.E.O. Deux ensembles composent le recueil, et le titre, Puisque l'aube est défaite, est aussi le poème de clôture de la première partie. Choisir ce titre en guise d'ouverture dévoile un état d'esprit résolu, l'auteur se situant à la lisière entre un monde qui s'éloigne, celui de l'enfance, et un monde à venir, où tout est possible, mais aussi, où tout est plus incertain. Cohérent, le recueil rassemble des poèmes qui abordent des réalités diverses et actuelles comme celle des sans-papiers. Révolté, engagé, il dénonce l'injustice, une certaine politique et se positionne en homme libre : «  Mes vers sont du Nord, Mes vers sont du Sud, / Et le poète qui parle / A le cœur des nations [...] L'exil est ma maison / Puisque sans domicile ». Ses poèmes souvent écrits à la première personne posent de nombreuses questions qui s'adressent à lui-même, à son père, aux autres, à ces nouveaux lecteurs qui le découvrent peu à peu. L'écriture d'Aurélien Dony se présente de façon classique dans sa disposition, les poèmes étant agencés le plus souvent sous forme de tercets ou de quatrains, dont quelques alexandrins. Une voix sensible est née où la parole écrite est presque chantée, où rythme et mélodie font l'objet d'une attention soignée. Ce recueil dit le moment crucial de l'enfance disparue tout en annonçant le début d'une quête aux sentiments partagés : «  Au bas de l'escalier / J'espère l'envol / Des avions en papier ». Une page se tourne certes. Mais c'est aussi une libération, un nouveau commencement, une place à prendre dans le monde, sur le chemin à la fois périlleux et exaltant de l'écriture : «  Peut-être alors / Oser le geste / Et croire au feu / Le temps d'une vie ».


Mélanie Godin, Le Carnet et les Instants.


*

Le titre est à deux entrées. La première dit que lorsque le jour se lève, c'est le constat d'un échec, d'une débâcle. La seconde que quand la brume matinale se dissout, la lumière paraît. L'une est tourmentée, l'autre optimiste. Les deux conviennent sans doute à un être qui se cherche, « homme en mal de sens », qui, dès le premier vers, parle de 1' « illusion d'être soi », qui s'interroge sur son identité.
Dans son autoportrait n'affirme-t-il pas qu'il est « la cape noire qui renie l'homme heureux » ? Sa solitude – située aux confins de l'isolement et de l'esseulement dont parle si bien Hanah Arendt dans « Responsabilité et jugement » – se réfère à Don Quichotte, s'accroche à l'amitié, espère un retour du solidaire, conserve l'envie de lutter. Il se penche sur sa vie, sans doute d'abord vécue trop vite.
Pour donner corps à sa recherche mentale, exprimer les tâtonnements et les errances de ses actes, Dony préfère un vocabulaire lié au concret davantage qu'aux abstractions de la pensée. Jamais avare de métaphores, il se sent, peut-être même se sait, à l'heure du choix – défini en un alexandrin – entre « la lutte véritable ou la prompte déroute ».
Le poète navigue donc entre vide et plein, corps fracturé et corps vivant, absence et présence, ombre et clarté, espérance utopique et réalité transformable. Des obsessions thématiques et lexicales se réfèrent à Baudelaire dont l'influence s'avoue dans « Épitaphes », seconde partie du recueil, de facture plus classique et occultant la sensibilité derrière les mots soumis à des contraintes formelles qui les brident.

Michel Voiturier, Reflets Wallonie-Bruxelles.



*

Il y a du Rimbaud chez ce jeune poète. Le feu, la brûlure. Il semble se cogner à tous les feux de la vie comme le papillon à la flamme. Sa poésie n'est pas seulement révolte – elle l'est également et avec véhémence – mais elle traduit un ardent désir d'embrasser et d'embraser la vie et en même temps, par son exaltation et sa vitalité même, en traduire parfois douloureusement les souffrances et les affronts. Il y a de la tendresse, de la fougue et, à coup sûr, une sincérité qui effleure à chaque ligne. Ce jeune homme qui affronte la vie avec ferveur et tourment, ne parle pas pour ne rien dire, même s'il le fait parfois avec une précipitation désordonnée.

Maurice Cury, Les cahiers du Sens



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Déjà le titre annonce l’atmosphère douloureuse, qui dans les premiers poèmes évoque Tristan Corbière en moins tourmenté et Laforgue en plus viril. La dernière partie du volume sous le titre d’ « Épitaphes » évoque ouvertement Villon et Baudelaire. La rébellion se dit avec des phrases courtes, incomplètes, au rythme staccato, haché, dans une langue toute en images, avec des métaphores empruntées souvent au monde de la nature, mer, saisons, nuit étoilée… « Mon cœur toujours expulse / le sang de ses méandres / Ai-je vécu trop vite ? » s’interroge le poète à peine sorti de l’adolescence, le corps tourmenté par le désir. «Je crève de toutes mes forces, / J’implore la chute et le désastre : / Je brûle chaque chose en une joie sans nom, / Me flambe , et calciné je suis heureux soudain… »

Michèle Duclos, Poésie Première




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