Bouton
Retour au catalogue


Écrivain, enseignant, conférencier, chargé de mission au CPEONS, fondateur du Projet de Lecture Charles Plisnier de la Province de Hainaut, directeur de la revue littéraire Le Non-Dit, animateur de voyages et séminaires de réflexion sur les lieux qu’ont hantés de grands écrivains,
Michel Joiret
est l’auteur d’une quarantaine de romans, essais, recueils de poésie…
Son anthologie « Littérature belge de langue Française », rédigée en collaboration avec Marie-Ange Bernard, est une somme incontournable
Son roman "Madame Cléo" (également aux éditions M.E.O.) a obtenu le
Prix littéraire du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.


Michel Joiret

Chemin de fer
Couverture :
© Martin Joiret

CHEMIN DE FER

Roman, septembre 2016

148 pages
ISBN 978-2-8070-0095-7
15,00 EUR

Un circuit sur la moquette : rails, motrice, quatre wagons, la gare, le sifflet… Une enfance comme un voyage perpétuellement fantasmé. Jusqu’à ce que la famille se dédouble, deux chambres en alternance, plus de place pour le circuit et presque plus d’enfance…
La retraite venue, Valentin Duvalois restaure son rêve : un appartement proche de la gare du Midi, les songeries sur un quai d’où il ne partira jamais, le précieux album des coupons mauves d’autrefois… Les départs et les arrivées des autres accélèrent le passage des jours. Roulements des boggies, sourire de la jeune Africaine qui officie au snack, trilles du canari Aristote – un présent de son ami Karim, l’épicier de la rue. Puis cette grève des cheminots, pétards le jour, silence la nuit… Et ce wagon éclairé sur une voie latérale. Immobile, improbable.




EXTRAIT

Il y a toujours une gare à quelques pas de sa chaise, de sa vie ! Maison, appartement, studio, abri de jardin… Une gare au centre de la ville, une autre dans un lacis de voies inextricable où se perdent les yeux. Ou alors une gare de triage où paissent des wagons comme de gros crapauds assoupis. Où nul ne peut marcher sans se faire happer par un convoi fantôme. Une gare où l’on vient la nuit quelquefois, pour réparer les aiguillages et assurer la fiabilité des lignes de fuite. Les soudeurs éclairés par des phares lunaires s’appliquent à ferrailler tandis que le promeneur cligne des yeux devant la mitraille d’abeilles qui trouent les bâches de l’obscurité. Sans parler du départ, des vieux trains d’abord qui font siffler les rails avant de projeter au loin le même jazz ancien, Tony Williams, ou Elvin Jones, lentement puis de plus en plus vite : toucoutou, toucoutou, toucoutou… ainsi jusqu’à la vitesse extrême et le positionnement de la note métronomique : coutou, coutou… Hypnose involontaire du sommeil lourd d’images traversées et du fracas silencieux des paysages récurrents.





CE QU'ILS EN ONT DIT

*

Un roman d’une belle unité. On trouverait difficilement un titre qui « colle » mieux au personnage central que celui-ci… Une enfance tourmentée, au cours de laquelle le chemin de fer, les petits trains, vont constituer une sorte de refuge, de compensation ; une vieillesse solitaire, où c’est le rêve qui, peu à peu, va s’installer dans un wagon somptueux, propice aux rêves. Chaque chapitre, de plus, portera le numéro d’un quai où va s’arrêter, pour un peu de temps, la locomotive du temps… Le tout y gagne une unité certaine, et le lecteur est bercé par le bruit des wagons.
La nostalgie est au rendez-vous. On connaît l’attachement de Michel Joiret à sa ville natale, et cet amour, fidèle même si l’on en défigure les traits au nom de la mondialisation et de la globalisation, se mêle subtilement aux fragrances du chocolat Côte d’Or, parti bien loin, hélas (Rome n’est plus dans Rome), ou aux charmes de la Mort subite. Le point d’ancrage se trouve d’ailleurs à deux pas de la gare du Midi. A côté de cela, une part de choix accordée au sexe – même si le sentiment n’est pas très durable – ici, la vie familiale du héros, dans son enfance, en est responsable pour une grande part. Et puis, surtout, pour le plus grand plaisir du lecteur, des passages, assez fréquents, où l’expression, le style, semblent quitter la terre pour prendre leur envol – oui, lecteur, à ces moments-là, vraiment, ça plane pour toi. Ainsi, p.20, à propos d’un oiseau qu’on lui a offert ;
Guère besoin de ces ingrédients pour mitonner sa propre cuisine, lui, l’habitué des quais et des voyages immobiles, qui n’accueille dans son intimité que le vent du nord et le sifflement des trains. Pas de Fifi, pas de compagnie duvetée et poilue, juste le silence qui suit le passage d’un convoi, quand les quais se sont vidés des attentes et de leurs innombrables valises, un silence parfumé de lointains qui roulent sur un chemin de fer…
Pour un peu, l’on se croirait dans la maison de Rimbaud à Charleville, maison aux silences rares, aux paroles absentes, où seules quelques affiches évoquent les départs, avec en bruit de fond celui des chaînes qui se tendent, des sirènes de bateaux, des sifflets de locomotives. Oui, Michel Joiret fait partie de cette famille-là, celle des grands voyageurs sans trop de moyens, où l’on retrouve Albert Cossery, Panait Istrati, Blaise Cendrars, Francis Carco, celle de Gosta Berling, du Grand Meaulnes et de bien d’autres encore.
Car la pauvreté, la vie simple sont aussi de la partie. Le héros se sustente de peu, et les gens qu’il fréquente sont des gens tout simples, des pauvres, des étrangers. C’est chez eux seulement qu’il trouve une sympathie dépourvue d’arrière-pensées.
Il y a dans ce roman un va-et-vient perpétuel entre l’enfance et l’âge mûr, comme s’il s’agissait de retrouver cette enfance perdue et de refaire un destin raté. Poursuite du temps qui est comme une quête du Graal. Graal qui pourrait être d’encre et de papier. Dans son enfance, il a pénétré dans la chambre défendue, celle du père, où il va dérober un livre. Non pas un libre scabreux, mais bien Le  merveilleux voyage de Nils Holgersson. Le livre qui, tout comme le chemin de fer, permet de voyager. Une autre vie, plus légère, plus aérienne, mais qui reste la sœur de la première. La treizième revient, et c’est toujours la même. Même s’il doit s’habiller en magicien pour pénétrer dans la chambre défendue.
Et c’est l’oiseau qui aura le mot de la fin:
Aristote, détournant son regard, bat des ailes sur place, le temps de se dérouiller les plumes. Puis il prend son envol et file vers la fenêtre ouverte sur la liberté, avec son escorte d’oiseaux blancs qui tirent le grand char de la nuit.
De quoi rêver. De quoi vivre.

Joseph Bodson, AREAW

*

Valentin Duvalois, le narrateur, est un passionné de Chemin de Fer. Ce moyen de transports conditionne toute sa vie.
Valentin Duvalois, employé d'assurances, vit seul et est à la retraite. C'est l'occasion de refaire une introspection sur sa vie, son enfance et son adolescence. Ce qui le fait chavirer ? Le chemin de fer ; ce qui l'envoie en pèlerinage chaque jour à la gare du Midi toute proche de son domicile, sans oublier les bistrots bruxellois. Les grands événements du XXème siècle sont passés en revue au plus grand bonheur du lecteur.
Très agréable à lire, ce roman : jeux de mots, descriptions précises, découpage original. Un petit bijou !

Ddh, critiqueslibres.com

*

La vie de Valentin, c'est la gare, les allers et retours des trains, ceux des touristes et navetteurs.
Lorsque quelque chose a le malheur de changer, cela perturbe le quotidien de Valentin. Une grève et c'est le grand boum, le grand malheur.
Déjà dans son enfance, les trains tenaient une grande place dans sa vie, une place de choix. Son circuit il en prenait soin, cela lui permettait une évasion totale. Alors imaginez sa détresse lorsque ses parents se séparent et qu'il n'a pas assez de place dans sa chambre pour le remonter, que celui-ci se retrouve remisé dans des caisses à bananes à la cave.
Tout comme lors de ma précédente lecture de l'auteur, je suis admirative de son style, il n'y a pas à dire, mon petit pays a quelques jolis talents en son sein.
Le style de Michel se montre très juste, simple, parfois poétique, parfois piquant. Lorsqu'il nous conte une histoire, vous avez l'impression de voir le déroulement devant vous, que vous êtes le personnage principal et que c'est vous qui vivez cette histoire et non une autre personne.
Un auteur qu'il ne faut pas hésiter à découvrir.

Alouqua, Babelio, focus littérature et Le monde enchanté de mes lectures
4 *


*

Qui se souvient encore d’avoir fait tourner autour du salon son train électrique ? Alors que la télévision se faisait rare et que l’ordinateur familial n’existait pas, les enfants s’inventaient des pays lointains à visiter. A un âge proche de la retraite, Valentin n’a rien perdu de sa passion d’autrefois. Malheureusement, par la force des choses, il a été contraint de ranger ses rails en métal, la locomotive et ses wagons dans une boîte cartonnée. Faute de place. Plutôt que de renoncer totalement, il s’investit dans la remise en état d’une maison située à quelques coudées de la Gare du Midi et est capable de passer des heures, installé sur un banc de quai, à contempler les motrices qui passent. Conscient qu’il ne quittera jamais Bruxelles, il rythme ses jours avec une poignée de petits riens qui les alimentent et qui lui procurent une joie simple. Outre les belles mécaniques qui s’arrêtent dans la capitale pour mieux redémarrer quelques minutes plus tard, il se laisse séduire par le sourire d’une jeune Africaine qui travaille dans un snack et se prête à des échanges amicaux avec l’épicier du coin. Lorsque les cheminots arrêtent le travail et se mettent en grève, tout son univers est une seconde fois chamboulé. De huit à seize, des pétards éclatent tous azimuts, puis le silence paralyse la nuit. Mais, surtout, il ne parvient pas à détacher le regard de ce wagon qu’il n’avait jamais remarqué auparavant, à l’arrêt sur une voie latérale et qui semble habité. Michel Joiret meuble son roman d’images poétiques et hypnotiques, où les détails acquièrent de l’importance, où les non-dits deviennent révélateurs et où chaque impression débouche sur quelque chose de tangible. A travers le portrait d’un quidam, l’auteur narre une passion et fait progressivement monter l’intérêt pour générer l’empathie et une forme de poésie qui germe de la qualité du style et de la manière de se servir du tempo.

Daniel Bastié, Bruxelles Culture


*
Y a toujours un train
Qui part quelque part
Y a toujours une gare
Un couloir sans fin
Un quai de chagrins
Quand on se sépare…
 (Hugues Aufray)

Toucoutou, toucoutou, toucoutou…
Coutou, coutou, coutou…

Valentin, jeune retraité des assurances, passe tout son temps libre à observer les arrivées et les départs des trains à la gare du Midi, à Bruxelles, en vue de son prochain voyage. Enfant à Tunis, il reçut d'une voisine un petit train en bois, prémices de la seule passion de sa vie.
De retour à Bruxelles, le circuit électrique offert par ses parents, avec ses locomotives, ses wagons, ses signaux et ses aiguillages, occupait l'espace du grenier. Des décors en carton peint l'emmenaient en quelques tours de roues de Kuala Lumpur à Barcelone, de Rome à Bogota. Il meublait par le dépaysement imaginaire son enfance solitaire.
1952 – Effondrement. Ses parents divorcent. Les rails, les convois, les motrices et les décors sont rangés à jamais dans des cartons à bananes. Valentin pleure ses évasions perdues.
Le rêve ne s'éteint pas pour autant. Il collectionne les tickets de quai jetés négligemment dans la salle des pas perdus et se constitue des albums authentiques de voyages hypothétiques. Il emprunte à la bibliothèque de son père, subrepticement et pour toujours, « le merveilleux voyage de Nils Holgersson ». de la lucarne de sa chambre, il suit les migrations des oiseaux à défaut des destinations lointaines confiées à ses locomotives prisonnières des bananes Chiquita.
Il envie Mercure aux sandales ailées, messager des dieux, prince des commerçants et des voleurs, avec qui il aurait bien partagé ses Côtes-du-Rhône et discuté inlassablement des grèves qui paralysent le pays par intermittence.
28 chapitres pleins de délicatesse sont autant de quais numérotés dans le désordre aux dates du présent et du passé où les trains du souvenir et de l'actualité s'arrêtent familièrement pendant quelques minutes, comme dans la vraie vie : sont évoqués les succès tennistiques de Jacky Brichant, l'intronisation du jeune roi Baudouin, l'Expo 58 et sa Belgique joyeuse, les effluves du chocolat Côte d'Or, l'indépendance du Congo, les chansons de Jacques Brel, l'invention de la gueuze Mort subite, les rues de la capitale où il fait bon vivre. Mais aussi, la gare cosmopolite d'aujourd'hui où il reconnaît les habitués, ceux qui traînent, ceux qui trafiquent, ceux qui ne savent où aller et tous les voyageurs, touristes ou navetteurs.
Lorsqu'une grève s'éternise et que Valentin est privé de ses déambulations dans la gare, il parvient frauduleusement à se glisser dans un wagon mythique de l'Orient Express. Ah ! Qu'il était bien. Ame solitaire dans un wagon solitaire, attablé devant des mets fins que rehaussent le cristal et l'argenterie, appréciant le Muscat de son palais connaisseur !
Victime d'une hémorragie cérébrale, il se retrouve aux soins intensifs de l'hôpital Saint-Pierre et lorsqu'il rentre chez lui, c'est pour retrouver son quartier défiguré par un attentat et son canari, Aristote, qui l'a attendu avant de prendre son envol…
Michel Joiret nous offre 145 pages d'une écriture souple et bonhomme où la nostalgie est constante, où la mémoire de sa ville natale jaillit comme autant d'étincelles des essieux des millions de roues qui ont freiné et démarré à la gare du Midi à travers le temps. « Toucoutou, toucoutou, toucoutou..., de plus en plus vite jusqu'à la vitesse extrême et le positionnement de la note métronomique : coutou, coutou, coutou… ».
145 pages de délice, de lecture intimiste, de souvenirs communs, de plaisir rajeunissant.
Merci pour cet imaginaire qui frôle parfois le surréalisme dont les Belges sont imprégnés

Claire G, Babelio

3 *

*

Je tiens à remercier Babelio ainsi que les éditions M.E.O. pour m'avoir donné la chance de découvrir Michel Joiret et l'opportunité de m'exprimer – sans doute longuement – sur « Chemin de fer ».
Michel Joiret est un auteur belge, romancier, poète mais également essayiste dont la bibliographie compte pas moins d'une quarantaine d'ouvrages selon la quatrième de couverture. Amoureux de la langue française, Joiret possède une plume élégante qui lui confère le pouvoir de jouer avec les mots comme un magicien du verbe. Durant toute la lecture de « Chemin de fer », comme les trains qui pullulent dans les songeries de Valentin Duvalois, j'ai dû faire de nombreuses haltes pour noter des citations, des tournures de phrases et bien entendu quelques mots de vocabulaire que je maîtrisais mal.
Si l'on devait comparer ce roman à un voyage en train, force est de constater que celui-ci ne serait pas de tout repos. Conscient de la force de son style et de son érudition admirable, Michel Joiret emprunte régulièrement au fil de la narration des voies secondaires, des itinéraires bis durant lesquelles son personnage principal s'efface derrière l'histoire de la Belgique, le chocolat Côte d'or, le passé colonial de son pays, Brel, Gide ou la famille royale belge. Malgré ces secousses, ces « toucoutou toucoutou » hors du train Duvalois, l'histoire, à aucun moment, ne déraille. Valentin demeure, quoiqu'il arrive, le pivot central de « Chemin de fer » - à égalité avec le train bien entendu.
Tout commence comme une histoire en apparence banale, une situation familiale qui vole en éclats, des repères qui disparaissent et qui donnent lieu à une forme de nostalgie pour une époque au cours de laquelle le train électrique du personnage était un rempart à la dureté du monde réel. Cette nostalgie que l'on pourrait presque prendre pour de la monomanie, ne fera que grandir dans le coeur de Valentin, au gré d'une carrière professionnelle routinière, d'une vie sentimentale le plus souvent aux abonnés absents et d'une existence sans événement majeur. Une existence surtout dénuée du grand frisson du voyage ferroviaire qui l'habite depuis l'enfance mais auquel il ne parvient pas à s'abandonner.
Lorsque le lecteur fait la connaissance de Valentin, celui-ci vit au rythme des départs et arrivées des trains une retraite solitaire dont vient le sortir parfois quelques rencontres, quelques échanges avec son ami Karim, l'épicier de la rue. Cette existence sans saveur et sans surprise semble lui convenir jusqu'à ce qu'une grève des Cheminots vienne bousculer ses certitudes. Commence alors un voyage, réel et onirique, entre passé et présent, entre espoir et regrets, une chevauchée dans sa propre existence qui ne s'avérera pas salutaire mais lui ouvrira un nouveau champ des possibles, un nouveau départ qu'il pourra ou non choisir.
Magnifiquement illustré par un certain Martin Joiret (un lien familial avec l'auteur ?), « Chemin de fer » dispose d'un joli contenant pour un contenu plutôt appréciable non pour l'histoire, finalement assez convenue, mais pour le style singulier de Michel Joiret qui parvient, avec un matériau simple, à extraire de jolis moments de lecture, parfois noyés par quelques longueurs érudites. Mais peut-être faut-il en passer par là pour apprécier à sa juste valeur la plume de cet auteur…

Geodaney, Babelio

4 *


*

À l'occasion de ma deuxième participation à l'opération Masse Critique je reçois à nouveau un livre qui me correspond pour plusieurs raisons. Plutôt que d'encenser l'auteur pour son écriture qui, il est vrai, incite à poursuivre la lecture, je vais vous décrire quelques points pour lesquels j'y ai pris plaisir par rapport à mes souvenirs et à mon présent. Mes parents ne possédaient pas d'automobile, donc nous voyagions souvent en train. Au moment des vacances, nous parcourions la Belgique (oui je suis belge comme l'auteur) avec un billet appelé de 5 jours ou mieux encore de 10 jours tant pour découvrir des villes mais aussi des coins de campagnes où à l'époque les trains étaient présents. Quand nous revenions à la gare de départ j'étais toujours un peu tristounette de devoir rendre mon "coupon mauve" au préposé qui à mes yeux d'enfant n'était là que pour cela (en fait c'était peut être vrai… ).
Les parents de mon mari ne possédaient pas non plus de voiture et le train faisait également partie de son environnement et comme garçon, le train miniature était son jouet de prédilection.
Pour notre voyage de noces nous avons été en Autriche en Wagons-Lits – puis plusieurs années nous avons visité divers coins de France mais pour y arriver nous empruntions les trains appelés "auto-couchettes", qui transportaient les voitures jusqu'aux destinations touristiques – nous avons eu aussi notre période "Sport d'hiver" et au départ de notre petite ville proche de la frontière allemande nous prenions un train le vendredi soir qui traversait l'Allemagne et l'Autriche et le samedi vers midi nous étions en Italie dans les Dolomites où nous n'avions plus qu'à chausser les skis – puis nous avons parcouru les magnifiques paysages suisses au moyen de trains de montagnes tout aussi magnifiques –
Je reviens à présent au mot "jouet" – mon mari fait partie d'un club de trains miniatures ( il en est même le président ) qui compte plus de 100 membres – ces grands enfants (je n'ose vous dire la moyenne d'âge) se réunissent plusieurs fois par semaine pour rouler, discuter, décorer, échanger, etc.
Je termine ces mots en citant quelques termes du livre qui m'ont évoqué des endroits et des souvenirs :
*Gare du Midi, Côte d'Or, Chokotoff, Mignonnettes, Callebaut, La Foire du Midi, Gare Centrale, Jonction Nord-Midi, L'Innovation, Zappy Max, La Libre Belgique, Le Peuple, Le Soir, Musée du Cinquantenaire, Place de Brouckère, Atomium, Baudouin et Fabiola, Palais de Laeken, Aix-la Chapelle, Georges Nagelmackers, Pullmann, Compagnie des Wagons Lits, La Belgique Joyeuse, Expo 58, Musique des Guides, Spoutnik au Palais de l'Union Soviétique, Président Coty, Gaston de Gerlache, Jacky Brichant, Jacques Anquetil, E Pericoloso Sporgesi, Président Kasa-Vubu, Lumumba- À la Mort Subite, rue Montagne aux Herbes Potagères…
Et comme l'écrit l'auteur : Toucoutou, Toucoutou.

Asdesas, Babelio

3 *

*

Il y a tant et tant de vécu, de souvenirs, de bribes de nos passés, dans ce livre poignant.
Il y a l’expo 58, l’atomium étincelant,  la Belgique, ses rois et ses reines,  dans le dernier roman de Michel Joiret,
c’est un roman qui se lit presque comme on écoute la radio, le poste disait-on alors, les anecdotes rapportées, comme sur le vif, sont de la bouche même de l’auteur et c’est lui qu’on entend, on entend sa voix, autant que son écriture, dans ces chroniques d’un homme seul.
Une histoire d’enfance, un rêve brisé, comme un jouet de train électrique, jouet perdu, volé, disparu, qui n’existe plus que dans les rêves de l’adulte blessé, entre rails de chemin de fer et voyage impossible.
C’est l’histoire de Valentin, au rêve confisqué, et s’y reconnaitront tous ceux dont la vie un jour a bifurqué de ses rails, comme un train qui s’égare en rase campagne de solitude et ne trouve jamais le chemin du voyage salvateur.
C’est l’histoire d’Aristote, le canari, petit prisonnier de sa cage comme Valentin de sa tristesse, oiseau ami dont les trilles escortent le bruit des trains comme une musique sans espoir.
C’est l’histoire de toutes les vies en attente, sur un quai de gare, où les rêves s’égrènent en un
toucoutouctoutoucoutouc monocorde et mélancolique avant de disparaître dans le lointain, comme un train qu’on ne prendra jamais.

Anne-Michèle Hamesse, Nos Lettres

*

Rêveries d’un sous-chef de gare solitaire

2015, l’heure de la retraite. De la vie professionnelle de Valentin, nous apprendrons peu, sinon qu’elle fut terne et bien rangée. Anodine. Pot de départ payé, Valentin s’installe seul rue Grisar, aux abords de la Gare du Midi. C’est un souvenir d’enfance qui l’a amené là, le souvenir d’un circuit de chemin de fer qu’il avait dû replier en 1952, au divorce de ses parents.
Aujourd’hui donc, à deux pas de la plus grande gare du pays, il rend corps à son rêve d’enfant, avec de vrais trains cette fois, et imagine les arrivées de Paris, les départs vers Vintimille. L’univers ferroviaire a imprégné jusqu’à son vocabulaire : dès la première primaire, Valentin entrait « en première classe » ;  à dix-sept ans, il rôdait pendant des heures à la gare, à collecter tous tickets usagés, constituant des fardes qu’il consulte d’ailleurs encore, parce que « Faute d’avoir vécu, il lui resterait à s’illustrer à travers les hauts faits d’armes de la mémoire » …celle des autres.
Très tôt dans ce roman en deux parties, Michel Joiret prévient : « Une gare préserve le côté labyrinthique des choses…» Préserve ? Exacerbe, plutôt – mais l’auteur prend bien soin de ne perdre personne en chemin. Désignés comme des quais millésimés, les chapitres renvoient à des années que certains auront pu connaître (La Guerre, l’Expo 58, Baudoin au Congo, l’odeur du Côte d’Or en lisière de rails…), en passant par quelques grèves, pour déboucher sur les tout récents attentats.
Michel Joiret installe son héros en observateur de sa propre vie, en découvreur de son propre labyrinthe, et nous invite à l’empathie : Valentin, c’est un peu nous, quand nous nous contentons de vivre en mode mineur. De sa langue riche et maîtrisée, il désamorce en poète l’un ou l’autre réflexe rationnel du lecteur, et donne à cette rêverie ferroviaire l’épaisseur d’une réalité romanesque dans laquelle il resterait quelques traces d’autobiographie.

Pascal Blondiau, Le Carnet et les Instants


*

Passion fixe


Valentin Duvalois est retraité et réside rue Grisar (au nom évocateur), à quelques pas de la Gare du Midi. À proximité de ce qui a donné un sens à sa vie, fait battre son cœur. Car c’est un fou des gares et des trains, une façon comme une autre de rêver à quai. Une passion fixe, dirait Sollers, que Joiret cite en exergue... Car il ne voyage pas, il détaille les voyageurs, il scrute l’arrivée des trains en provenance de Liège, Anvers, Vintimille, Amsterdam ou Paris. Il lui arrive de courir à la suite d’un convoi qui part jusqu’au bout du quai où le chemin des voyageurs s’arrête pour faire place à la grande trouée... 
Le circuit de chemin de fer dont il est à jamais orphelin est l’emblème de la précaire cellule familiale qui va se rompre pour lui à l’adolescence avec les tronçons de rails démantelés qu'il devra remiser, blessure jamais refermée, comme une marque indélébile, une voie ouverte vers l’enfance entre un père avare de tendresse qui ne décidera jamais à vraiment devenir père et une mère démissionnaire.
Son chemin de fer avait appris à Valentin qu’il pouvait voyager sans être vu et enfreindre les règles sans être soupçonné.
C’est non seulement sa vie qui va se mettre au rythme ferroviaire mais aussi l’histoire de la Belgique qu'il va regarder défiler par la vitre du souvenir : cette main de fille qui va illuminer l’été de ses quinze ans dans le voyage en train vers Saint Raphaël , le rappel - en présence de Léopold 1er - de l’inauguration de la première ligne de chemin de fer belge en 1835, la jonction Nord-Midi en 1952, l’expo 58 (et le discours d’un autre roi, Baudoin), les discours protocolaires d’indépendance du président congolais et de son premier ministre Lumumba, fustigeant le passé colonialiste…
Il redoute comme la peste une grève des cheminots car cela le replongerait au temps de la rupture… quand sa mère l’a prévenu qu’il lui faudrait renoncer au merveilleux réseau de son enfance, qu’il a vu ses petits wagons, signaux et autres motrices enfouis dans des caisses à bananes.
La grève survient toutefois en 2015 et, faute d’accès à la gare et aux voies, il se sent reclus dans sa propre existence. Grâce à une ruse, il parvient à passer de l’autre côté du miroir, dans une gare et sur des voix désertes pour franchir bientôt les trois marches qui le séparent d’un wagon fantasmatique (comme les trois marches luisantes de cire qui l’avaient séparé du bureau du père dans lequel il découvrira, par effraction, les plaisirs de la lecture, un autre type d’évasion).
À partir du wagon, il précipite son voyage dans le temps et remonte à son séjour à Tunis pendant la guerre où il réside avec ses parents en dessous de l’appartement d’André Gide. C’est là qu’il reçoit, à cinq ans, en 43, son petit premier train bleu en bois qui le fera échapper psychologiquement des affres de la guerre.
On pense, à partir de l'épisode du wagon, aux gares de Paul Delvaux et au train du film d'André Delvaux qui s’arrête en rase campagne au crépuscule puis plonge les protagonistes dans un monde absurde...
Tendresse, sens du merveilleux, chronique historique, album de souvenirs se mêlent dans ce roman attachant et très bien mené qui s’installe dans la lignée de livres comme Une paix royale de Mertens ou d'ouvrages de Roegiers que Joiret cite dans le récit en tant qu'adaptateur pour la scène en 1978 du Pauvre-B… de Baudelaire.
Un roman personnel qui dit beaucoup sur notre goût du secret, notre aptitude à nourrir une passion propre qui se nourrit d’un détachement partiel de la réalité, si nécessaire et si invalidant aux pauvres mortels, fous d’enfance et de relecture de nos vies que nous sommes tous restés, Michel Joiret en tête.
L'illustration de couverture est de Martin Joiret.
Éric Allard, Les Belles Phrases.


*

Évasion
– Voyage en rêve

Sur le quai de la gare du Midi, Michel Joiret prend le train d'un ailleurs fabuleux.

Georges Brassens qui n'aimait pas trop voyager loin de chez lui assurait que c'est en rêve qu'il faisait ses plus beaux voyages. Avec son dernier roman "Chemin de fer", Michel loiret semble rallier cette perspective même si Valentin Duvalois, personnage sur lequel il projette beaucoup de lui-même, est essentiellement contraint par un budget en inadéquation avec ses désirs d'évasion. À 60 ans, celui-ci est en retraite anticipée et s'angoisse discrètement à propos de son confinement dans son premier étage niché dans le quartier aux charmes évaporés de la gare du Midi. De sa fenêtre, il observe l'agitation locale et, plus particulièrement, le va-et-vient de la gare proche. Il a toujours aimé les trains qui lui permettent d'échapper à un quotidien monotone. Ou blessant. Dès l'enfance, le circuit de chemin de fer monopolisant sa chambre lui permettait d'échapper à une ambiance familiale détestable jusqu'à ce qu'un déménagement dû au divorce de ses parents l'oblige à s'en séparer. Finis les sifflements de départ, les grands espaces, les passages d'express…
À dix-sept ans, il s'invente une vie de passager unique d'un voyage fabuleux. Quelques décennies plus tard, regardant passer les trains assis sur sa valise, il renoue avec un plan de vie où s'inscrivent ses nostalgies, ses refus, ses désenchantements... Il scrute les voyageurs dévalant des quais, convoque les horaires, fantasmes sur des destinations inconnues, loin d'un Bruxelles où personne ne parle à personne "sinon de fric, du cul des femmes et des matches". Ainsi fait-il le point sur sa "non-vie", se réconfortant des attentions de Karim qui lui offre un canari, se réfugiant dans un futur incertain, à moins qu'égrenant les souvenirs d'un passé où Piaf, Fausto Coppi, l'Expo de 58, le discours de Lumumba au jour de l'indépendance du Congo, les grèves de 60, de Gaulle, la Chine où l'interprétation d'Idwig Stéphane dans le "Pauvre B." de Baudelaire marquent, en autant de balises parmi d'autres, l'Histoire derrière lui.
Complice de sa mélancolie et de ses allers-retours entre 1e temps de sa jeunesse et celui de la vieillesse, le lecteur se laisse happer par les images surgies d'autrefois, celles qui réinventent le présent et les réflexions qui s'en échappent. Séduit par le ruissellement des mots dont Michel Joiret joue avec passion, agrippé par l'am- biance du récit, il a l'attention qui fléchit lorsque, empruntant des voies latérales, l'écriture perd de sa simplicité pour un trop d'élaboration qui met parfois le rêve à distance.

Monique Verdussen, La Libre Belgique.



*
L'histoire de Valentin Duvalois, retraité installé près de la gare du Midi, commence bien. Sa fascination pour les trains qu'il ne prend âs ruthme des journées à la fois fiévreuses et immobiles. Le roman devient moins convaincantlorsqu'il s'embarque dans un voyage qui remonte le temps, où la documentation étouffe la fiction. Et on retrouve le souffle, même raccourci, à la fin.

Pierre Maury, Le Soir.

*

La première chose qui surprend lecteur, c'est toute la poésie de l'auteur. Michel Joiret sait jouer avec les mots, les phrases, les rythmes, les émotions... et nous donne un texte qui nous captive et nous va droit au cœur. J'ai aimé lire ce livre, que je n'ai pas pu lâcher avant la fin ; et j'ai aimé en relire de longs passages. Car oui, il m'a été nécessaire de reprendre ma lecture, je me suis en effet rendu compte que portée par les mots, certains passages de l'histoire ne s'étaient pas inscrits dans ma mémoire. Mais peut-être parce que c'est un récit très riche, très fourni et musicalement fort bien écrit ?!
Dans ces pages, nous rencontrons Valentin, homme à la retraite habitant près de la gare du Midi. C'est un homme seul, qui l'a toujours été, et dont les journées sont rythmées par les arrivées et départs de trains. Il aime à se rêver voyageur, il aime l'ambiance de la gare, et s'il ne s'y rend qu'un jour sur deux, il prépare avec soin sa valise les autres jours. Sait-on  jamais, si l'envie lui prenait de franchir le pas et de monter dans un train, autant être préparé ! Et puis faire sa valise n'est-ce pas déjà voyager un petit peu ? N'est-ce pas le moment où l'on imagine sa destination, ce que l'on fera une fois arrivé là-bas, du temps qu'il fera, etc…
Mais Valentin ne franchit jamais le pas. Il reste là où il est. Si les gares sont des lieux d'attentes, elles sont avant tout des lieux de mouvements et de départs. Les gens qui circulent sur les quais savent où ils vont, leur esprit est déjà à moitié parti. Mais pour prendre un train, il faut avoir quelque part où aller... ce que Valentin n'a pas. Pourtant seul, il est libre d'aller où bon lui semble, mais pour quoi faire ?
Karim, l'épicier du quartier, lui a offert un canari, pour rompre la solitude, pour lui donner envie de rentrer chez lui et lui donner le sentiment d'être aimé et attendu. Il est important pour tout Homme de savoir qu'il est attendu quelque part, ne serait-ce que par un oiseau dans un petit appartement ; c'est une destination, un port d'attache.
Valentin est en partance depuis l'enfance. Tout petit il se réfugiait dans le rêve grâce à son circuit de chemin de fer. Il rêvait de parcourir le monde, d'explorer les gares, de voir défiler des kilomètres de paysage à travers les vitres d'un train. Mais pour lui le rêve s'est brisé le jour où ses parents se sont séparés. Il a ce même jour perdu les repères familiaux et son refuge. Ce train électrique, refuge de son enfance, lui est retiré et relégué à la cave faute de place. Comment survivre, lorsqu'enfant on nous retire la possibilité d'en être un ? Ce n'était pas un geste voulu de sa mère, juste une conséquence d'un manque de place. L'amour des trains n'a pas quitté Valentin, et à défaut de retrouver son circuit dans sa chambre, il a cherché refuge dans les gares. Lignes, heures de départ et d'arrivées n'ont plus de secret pour lui, et n'en auront plus jamais.
Ce qu'il y a de bien avec les trains, c'est qu'ils sont là, 7 jours sur 7, 365 jours par an. Fidèles aux rendez-vous donnés, ils ne déçoivent jamais.
Sauf en cas de grève... Hantise absolue de Valentin. Pourtant ne serait-ce pas l'une d'elle qui pourrait lui donner le courage d'un jour franchir le pas ? de dépasser ses limites ? d'enfin oser ?
Ce roman a un petit quelque chose de fascinant, je ne saurais dire si cela vient de l'histoire, du sujet, de la façon dont le récit est construit, de la plume de l'auteur ou de tout cela à la fois. N'hésitez pas à vous plonger dans ce texte, qui saura vous charmer par son originalité et son personnage si attachant..

Adèle La Lecturienne, blog.

*

C’est à une traversée du temps et à un hommage au rail que se livre le romancier et poète Joiret, autour de la figure de ce fou de circuits électriques de chemin de fer,  Valentin, retraité bruxellois. On le suit de la guerre (1943) à son grand âge (il a septante-sept ans au terme du roman). C’est l’occasion pour notre écrivain d’évoquer les grandes périodes de la Belgique et les micro-événements que tissent la vie de ce Balentin (selon l’ami Karim) et celle de tant de Belges, ballottés de la guerre sombre à l’Expo de 58, sans oublier la ferveur que notre antihéros porte à son quartier autour de la Gare du Midi, à sa rue Grisar.
En 28 chapitres, on passe de l’appartement minuscule de cet ancien fonctionnaire, que meublent les trilles de l’oiseau Aristote, offert par Karim le boutiquier, à la rue, à ses grèves qui agitent le petit peuple du Midi. En aura-t-il rêvé des trains, des voyages ! Et les voyages sont parfois, comme le dit Pessoa, immobiles. Mais le rêve ou la maladie soudain peuvent les rendre vibrants, tel ce wagon-lit de rêve qui illumine la vie nocturne d’un arpenteur, accoudé si souvent à la fenêtre, qu’enchante le monde des rails.
« Le Carré d’or » nous avait ébloui par sa grande connaissance de Bruxelles. Ce dernier roman, toujours aussi bien écrit, toujours aussi bien charpenté avec son présent sensible, ses retours en passé intime, distille une sourde mélancolie, celle qui relève avec justesse nos plus ardents désirs, la confrontation parfois étonnante avec le réel. Et parfois aussi du rêve éveillé naissent les plus beaux voyages.
Sélectionné pour le Prix Mons 2017, l’ouvrage de Joiret est le type même de roman susceptible d’attirer, par sa finesse, par son indéfectible mémoire du temps, un vaste et nouveau public, exigeant, qui se reconnaîtra dans cette fiction si proche de nous, tissu d’enfance qui se prolonge et investit le présent du lecteur. Puisque chacun a ses marottes, chacun ses paradis réservés, jusque dans les coins les plus infimes de son monde.

Philippe Leuckx, Les Belles Phrases













Bouton
Retour au catalogue