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Journaliste, philologue, spécialiste des minorités en Europe centrale, enseignante de philosophie à l’Institut Lévinas, Daniella Pinkstein a été traductrice, rewritrice et « plume de l'ombre » dans les principales maisons d'édition parisiennes. Elle a travaillé dans divers cabinets ministériels, a été chargée de mission pour la Présidence française de l'U.E. Elle a organisé plusieurs colloques et symposiums internationaux et participé à divers ouvrages collectifs, notamment sur la situation des minorités en Europe.
Elle a voué à l'Europe, sa culture, "son esprit", une admiration entêtée, fiévreuse. Elle est une des rares écrivaines à défier ce continent, son histoire, sa mémoire. Tâche d'autant plus ardue qu'elle cherche à donner voix à celles, ceux, dont les voix multiples furent tour à tour désespérées, touchantes, divertissantes, englouties mais jamais entendues.


Daniella Pinkstein


Cel-aveugles

Que cherchent-ils au Ciel, tous ces aveugles ?

Roman, 2015

176 pages
ISBN 978-2-9-8070-0038-4
(E-books:
PFD : 978-2-9-8070-0039-1
ePub : 978-2-9-8070-0040-7)
16,00 EUR

Peu après la chute du Mur, deux jeunes femmes de Budapest, l’une juive et l’autre non, amies d'enfance avec tout ce que cela comporte d'ambiguïtés et de non-dit, émigrent en France à l'insu l'une de l'autre. Deux errances, dans lesquelles l'une d'elles usurpe l'identité de l'autre, et qui convergent dans l'amour doublement illusoire d'un autre errant.
« Que cherchent-ils au Ciel, tous ces aveugles ? », ces femmes sans illusions, ces hommes errants, ces âmes précipitées à contresens. Tantôt confidents, tantôt narrateurs, ils poursuivent le spectre vagabond d’une Europe devenue fantôme d’elle-même, naguère broyée entre le socialisme réel de l’Est et le monde de l’Ouest, si attendu, si espéré, qui se révèle hélas si vide, si désespérant. Pourtant, nous avions tant d'outils intellectuels, tant de penseurs exceptionnels pour avancer, reconstruire l'avenir après la guerre, tant de figures audacieuses auxquelles nous atteler. Ce livre est un hommage à ceux qui ont espéré, ceux auxquels l'Europe d'aujourd'hui tourne de le dos, entre méfiance envers la culture (voire animosité) et attirance indigente du vide. À chaque pas, à chaque tour du cadran, ils résistent à l’effarante étrangeté de notre époque, écartant leur destin, comme celui de tout un continent, de sa fatalité.
Jane Austen pensait que la femme de son époque écrivait dans « l’ourlet » de la littérature. Chaque femme écrivain, d’une certaine manière, a repensé le monde, les yeux levés au ciel, partagée entre héritage et résurrection. Daniella Pinkstein s’inscrit dans leur sillage




EXTRAIT

Pères maudits ! Que de bruit, de chaos, de chemins de traverse pour vous éviter. Vous étiez ces individus perdus dans la houle, balancés par les courants destructeurs de l’Histoire. Que pouvions-nous sauver ? une civilisation ?
Enfants couards, nous avons préféré à vos présages la camelote au sommet de sa perfection technique. À vitesse irrésistiblement plus véloce, nous avançons ignares dans la nuit, tremblant devant l’inconnu, mais défiant son immanence.
Eux, qui ne se détournaient point, nous contemplent aujourd’hui sidérés devant une si vulgaire déchéance qu’une cacophonie d’insatiables jactances recouvre de son néant – ces aînés déchus pour moins qu’un plat de lentilles.
Vains avertissements dont ils furent les prodigues et prodiges : Kafka, Roth, Zweig, Proust, Benjamin, Svevo, Mann, Rilke, Broch, Patočka, Bibó, Kracauer, Milosz, Mammeri, Lorca, Ionesco, Kateb, Duras, Camus, Joyce, Beckett… et tous ceux encore, nés de la « dissidence » comme on disait de ceux qui pensaient à l’Est du déterminisme historique, qui avaient constitué un esprit dont l’âme ne trouverait pas aujourd’hui la plus étroite ouverture.
Nos pères ! dont la disparition suffit à notre héritage – nous évitant même le soubresaut d’un dernier adieu.
D’où je parle, le désir le plus tenace ne me ramènerait pas à leurs incommensurables consciences. J’ai quitté, sans espoir, leur chemin. J’ai renoncé à marcher, à courir, à prendre le métro, l’avion, le bus, à gravir le cauchemar des autres, de ceux qui nous parlent, nous lacèrent de leurs piètres plaisanteries, de leur stérile faconde dans des cadres de télés ou d’ordinateurs de plus en plus plats. J’ai éteint l’interrupteur.
Abandonnée à la mesure du temps que reconstitue, sans fin, la nostalgie d’avoir un jour aimé – malgré tout –, je creuse d’une plume opiniâtre un ultime salut. À cette Europe qui danse encore parmi les vents glacés.





CE QU'ILS EN ONT DIT


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Un roman novateur et engagé, à lire et à offrir au plus vite !

(Choix de) Claude Layani, Alliancefr.com

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Jours de deuil. Adieu l’Europe ! Un tango triste pour accompagner son cercueil.

Mourning Europe. Fear and trembling, a good novel

Le livre de Daniella Pinkstein, « Que cherchent-ils au Ciel, tous ces aveugles ? », a tous les accents poignants d’une mélodie funèbre. On en sort mélancolique et inconsolable.
Dans les années trente, un tango fit fureur à Budapest  : « Sombre Dimanche ». Les sanglots longs des violons hongrois ajoutèrent une touche déchirante à la tristesse de la mélodie. Puis « Sombre Dimanche » quitta Budapest pour conquérir toute l’Europe. Et la légende dit qu’en écoutant ce tango, on se suicida beaucoup.
Le récit de Daniella Pinkstein se passe à Budapest aujourd’hui. Chacune de ses pages est imbibée de la moiteur étouffante des temps lourds et douloureux. Chez elle, c’est « Sombre Dimanche » tous les jours de la semaine... Ce récit peut se lire de façon autonome. Sans avoir lu rien d’autre. Mais si on a été nourri de Kafka, de Roth, de Zweig on saisira mieux pourquoi Daniella Pinkstein verse des larmes sur son Europe abîmée, défigurée.
Elle est hantée par ce que disait Kundera “”La disparition du foyer culturel centre-européen fut certainement un des plus grands événements du siècle pour toute la civilisation occidentale” et cette autre phrase par celui de l’Insoutenable légèreté de l’être “comment est-il possible qu’une telle tragédie soit restée aussi inaperçue et aussi innommée”. Une autre citation encore plus triste, celle de Jankélévitch parlant de la France : “la France miraculeusement rescapée n’a pas renié le régime qui avait fait du consentement à sa défaite, de la joie de sa défaite, de l’organisation et de l’exploitation politique de la défaite, de l’empressement à utiliser cette défaite pour liquider la République, sa raison d’être et son principal titre de gloire. Notre printemps est manqué…”
Ce livre où il y a de l’amour, de la rage et de la tendresse n’est que – et c’est déjà beaucoup – la photographie instantanée d’un monde qui ne sait pas qu’il a disparu et qui, aveugle et sourd, croit qu’il est encore vivant. L’Europe est morte une première fois pendant la sanglante boucherie de 14-18. Les grands écrivains viennois comprirent alors, sans doute parce qu’ils étaient juifs, que ce deuil en annonçait d’autres bien plus terrifiants.
L’Europe est morte une deuxième fois quand Adolf Hitler entreprit de faire une Europe de l’Atlantique à Auschwitz. L’Europe est morte avec ses Juifs, le seul peuple vraiment européen. Tant il est vrai que dépourvu de patrie, il avait lié son destin à la fin des patries qui lui étaient hostiles. Dans Que cherchent-ils au Ciel, tous ces aveugles ?, les Juifs sont présents. Les vivants et les morts. Ces derniers, hélas, les plus nombreux...

Benoît Rayski,
causeur.fr et Wukali.com

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Journaliste, philosophe et spécialiste des minorités en Europe, Daniella Pinkstein publie chez M.E.O. un premier roman inspiré qui met en scène la relation de deux émigrantes venues de Hongrie en France.
Emma et Blanche sont deux amies qui quittent toutes deux Budapest pour immigrer à Paris et sans se le dire. Une fois en France, alors que leurs destins croisent celui d’un autre migrant, Mehdi, elles restent malgré tout très proches. Comment construire une vie dans une autre langue, sur une autre terre, après la rupture de l’exil ?
Avec un titre baudelairien et une structure qui laisse la part belle au mystère, Que cherchent-ils au ciel tous ces aveugles ? se place résolument dans le prisme d’un héritage féminin de l’exil. Nourri des connaissances de l’auteure, spécialiste de l’Europe ayant vécu à Budapest, ce roman est riche de nombreuses citations importantes (Jean Améry, Attila Joszef, Vaclav Havel) qui permettent de structurer une réflexion existentielle sur la manière dont, malgré le poids du passé et des contingences, un individu (et volontiers une femme) peut se battre pour imprimer sa propre trajectoire.

Yaël, Toutelaculture


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Avec son premier roman « Que cherchent-ils au Ciel, tous ces aveugles ? », Daniella Pinkstein sonne avec brio le glas d’un monde à jamais disparu. Celui de l’Europe des Kafka, Rilke, Roth, Beckett, Freud, Joyce…, celui d’un monde où l’on pensait encore (…) Avec une langue d’une rare virtuosité, l’auteur construit comme un ample collage sa narration (.)

Alain Granat, Jewpop.
Voir la totalité de l'article sur le site
http://www.jewpop.com/culture/que-cherchent-ils-au-ciel-tous-ces-aveugles-de-daniella-pinkstein/


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Comment ne pas être emporté par ce récit qui narre le passage d'un monde à l'autre, des décombres de la Mitteleuropa dénigrée voire abandonnée à l'Occident, d'où ce constat désabusé : « Europe depuis déjà longtemps s'était affalée, graisseuse, sur nous tous ». Cette Mitteleurope où, au centre, trône la Hongrie, celle qui, selon le Professeur du Collège de France, Claude Hagège, aurait provoqué le schisme linguistique et politique du monde slave. Usant de divers stratagèmes, Blanche et Emma gagnent Paris, avec un sentiment de liberté redoublé. « Dès mon arrivée à Paris, j'avais vécu comme une affamée qu'aucun mets jamais ne rassasie totalement ».
Un troisième personnage fait son apparition : Mehdi, français, harki en 1962. Il « évitait depuis la fréquentation des cieux gagnés par les étoiles, fussent-elles des réverbères, pour ne jamais flotter, trahi, dans le néant ». De cette relation d'une force insoupçonnée entre Blanche et Mehdi restent des mots comme tracés dans le sable qu'une vague emportera :
[] « je montais devant toi, effarouchée au-dessus des cris des oiseaux. Dans la surdité de ce monde ». Hantée, puis lassée par l'image de son homme, elle quittera Paris, puis l'Europe : « À des ciels de l'Europe, je me suis posée sur une terre nue, le ventre offert au sable ».
Bien qu'intitulé roman, l'ouvrage ne dévoile-t-il pas en filigrane les tourments de la talentueuse plume maniée par Daniella Pinkstein ? Au lecteur de le découvrir.

Claude Ash, Les Cahiers Bernard Lazare.



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Ce roman, au titre inspiré d'un vers de Baudelaire dans "Les fleurs du mal", nous entraîne peu après la chute du mur de Berlin, dans l'aventure de deux jeunes femmes de Budapest, l’une juive et l’autre non, amies d'enfance et qui émigrent en France à l'insu l'une de l'autre. Un roman assez déroutant, un peu comme si le mal être d'un "poète maudit" se perpétuait dans l'histoire ordinaire de deux migrantes venues de l'Est, au cœur d'une Europe malade et toute en illusions, version fin de vingtième siècle.

Nouveauxlivres.fr.


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Le 16 juin 2015, Daniella Pinkstein était interviewée par Edmond Morrel pour la radio en ligne espace-livres.be
« Une formidable sonothèque culturelle et littéraire! » (Bernard Pivot).

Le premier roman de Daniella Pinkstein s’inscrit sous le titre envoûtant d’un vers de Baudelaire et d’un exergue de Vaclav Havel, extrait du discours qu’il prononça à Strasbourg en 1990, année où l’Europe a basculé. Daniella Pinkstein a construit son récit autour de deux figures féminines, Emma et Blanche, dans un espace et une histoire éclatés, en fragments comme des étoiles au firmament, ou en épisodes discontinus comme un chemin de la mémoire. La lecture que nous en faisons est escortée par des balises qui à la fois nous éclairent et nous émeuvent : elles sont autant de citations de textes fondateurs, de Rilke à Sophocle. Et puis, il y a, en filigrane, l’Europe rêvée, l’Europe déchirée, l’exil et la perte des repères de l’histoire. Et de très belles figures romanesques qui font de ce livre une métaphore de la fin du siècle, à l’instar de Tatiana, personnage qui semble l’emblème de l’Histoire telle que seul le roman peut nous la donner à ressentir, donc à connaître.
Voici un premier roman qui se lit d’une traite, nous hypnotise par la langue, et ne cesse de nous intriguer, longtemps après l’avoir refermé.

Edmond Morrel, www.espace-livres.be.




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Attention : Coup de cœur pour ce livre (…)
L’auteure construit son récit par « touches ». On suit des traces qu’il nous faut relier, interpréter. Daniella Pinkstein (Pinkstein ! Un nom prédestiné pour écrire un livre pareil !) ne nous livre pas les tenants et les aboutissants de ce qui se joue devant nous. À nous de relier tous ces points et de construire l’histoire (notre vécu, notre sensibilité y participant à plein).
Autre particularité : La féminité est le fil d’Ariane de ce récit, celle de son auteure, celle de ses personnages ancrés sur le sol d’une « mère » Europe, plutôt Kronos que Gaïa.
Deux jeunes hongroises, Emma et Blanche, amies d’enfance, vont chacune de leur côté fuir à Paris, les fantômes de la dictature et tout ce mal être que leur ont transmis le(ur)s pères.
Pendant la seconde guerre mondiale, environ 80 % des juifs hongrois ont été envoyés dans les camps. Certains seulement sont revenus et ont repris leurs places : bourreaux, dénonciateurs et victimes à la même table, dans un silence lourd de haine et de peur, gommé par les nécessités d’un vivre-ensemble subi et dicté par l’oppression de la dictature nationale. Chaque famille s’est inscrite dans un possible : résister, accepter ou collaborer au système communiste.
En 1989, le rideau de fer qui isolait la Hongrie, après tant d’années de régime communiste, tombe. Sans lui, nait l’espoir d’une autre vie, d’un ailleurs fait de promesses de richesse et de liberté. Mais comment faire fi des années de rancœur, des conflits des pères qui coulent dans les veines des enfants et qui finissent par les séparer ?
Ces valises transgénérationnelles vont coller aux basques d’Emma et Blanche, telles des passagères clandestines cachées dans les méandres de leurs rêves et de leurs espoirs pour pourrir le peu de ce qui leur reste de beau.
Nous sommes là, impuissants. Nous assistons à leur déliquescence, sans pouvoir intervenir, comme ces femmes de Loth, pétrifiées pour avoir bravé l’interdit, le regard posé sur la destruction en marche.
Il y a cet espoir, fou, vivace qui colle à leur peau et auquel elles s’accrochent. Nous qui assistons au combat, qui regardons tout cela de haut (de loin) savons que tout est vain. Mais nous laissons faire. Nous laissons espérer et lutter. Comme à un chien auquel on jetterait un os à ronger.
L’Europe de l’Ouest fait rêver celle de l’Est. L’Europe fait espérer. Les lendemains qui chantent et les ciels étoilés. Mais pour qui ? Quels sont les élus de cet Eldorado doré qui charrie tant de larmes et d’ordures et broie en elle tout ce qui n’est pas « assimilable » et « exploitable » ?
Tous ces hommes et ces femmes vidés et meurtris par un passé qui « ne passe » pas, issus des États dévastés par un totalitarisme acerbe, happés comme les papillons par les lumières du consumérisme et son mythe mortifère : La quête de ce Graal nommé « Europe ».
Le style est emprunt d’une poésie, belle et explicite, qui tranche avec la dureté, la froideur de la réalité décrit. Ce n’est pas ce qui est dit qui fait « mouche », mais la façon de le dire. C’est ce «détachement», cet « àquoibonisme » qui suintent à chaque page, qui nous susurrent à l’oreille, quand la lecture fait résonner en nous ces si jolis mots : tout cela ne sert à rien, tout est déjà joué, écrit, et Emma, Blanche, Mehdi et les autres ne sont que les noires et blanches d’une partition jouée mille et une fois, dans les sous-sols de cette belle et grande Europe.
S'attacher aux détails : Mise en perspective, l’évocation de ces cadrans et ces montres, qui n’affichent plus rien et dont les aiguilles se figent, de ses sacs noirs qu'on trimballe à plein dos, de ces bouts de tissus épars, chutes rapiécées dont on vêtit les hommes, et toutes ces clefs rouillées sans serrures..., je les ai débusqués au fil des pages.
« Il fallait, sans tomber, cheminer entre les perspectives ». C’est exactement le sentiment que l’on a à la lecture de « Que cherchent-ils au ciel tous ces aveugles ? ». Daniella Pinkstein nous fait entrer dans l’histoire, juste ce qu’il faut pour apercevoir la trame, découvrir les enjeux et deviner les silhouettes qui s’ébattent au milieu de tout cela. Elle nous tient à distance, en quelque sorte, de ses personnages (comme nous le sommes dans la vraie vie face aux migrants, non ?) : Ces aveugles qui cherchent la lumière au ciel parsemé d’étoiles du drapeau européen. Puis elle nous plonge la tête dans cette réalité putride : les ruines sur lesquelles s'est construite l'Europe, autoproclamée réconciliée avec les peuples qui la composent, les deux pieds sur un sol jonché des mémoires des morts.
Aveugles. Ne le sommes-nous pas tous tout autant ?

Dixie39, Babelio.




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Un roman poétique et digne pour dire la fin d’une époque.

Ce premier roman de Daniella Pinkstein se place d’emblée sous l’égide de grands auteurs des derniers siècles passés : Baudelaire tout d’abord, avec l’extrait du poème Les Aveugles en guise de titre, ainsi que Franz Kafka, W.B. Yeats, Jean Améry, Rainer Maria Rilke, et Attila József, au gré des citations en début de chapitre, où apparaissent également des fragments de la bible. Tous ces grands noms, ceux des « Pères », semblent cités pour mieux dénoncer leur chute et la mort de leur monde, l’Europe telle qu’ils l’ont connue. Les grandes guerres du XXe siècle et leurs massacres, notamment la Shoah, l’ont déchirée et ont brisé les rêves idéologiques.
Cette chute est narrée par celle de deux jeunes femmes qui, de la Hongrie à la France, feront l’expérience de la désillusion : l’Europe de l’ouest n’est pas le paradis promis par les aînés, et le passé ne disparaît pas avec l’exil. À petites touches, Daniella Pinkstein déroule sous les yeux du lecteur leur lente déchéance, leur amitié malmenée et pourtant inoubliable, et leurs tentatives d’échapper à un héritage trop lourd à porter, symbolisé par l’absence du père (disparu, soupçonné de délation, ou résistant et déporté).
À défaut du sentiment d’avoir compris ce roman et d’avoir su suivre Daniella Pinkstein dans les méandres de ces deux exils parallèles, je garderai en mémoire l’ambiance qui l’imprègne : une profonde mélancolie, mêlée de colère ; une incommensurable tristesse et nostalgie face à un monde en lambeaux ; un goût de promesse non tenue ; ainsi qu’un point de vue très féminin, celui de celles qui restent. Ces sentiments si sombres sont portés par une écriture poétique et un vocabulaire soutenu, où se devine l’influence des auteurs cités en début d’article.
C’est une histoire quelconque, dans un lieu commun. Une histoire ordinaire.
"La ville avance en néons, en fumées, la ville continue. Les espaces se vident, s’emplissent dans un même élan, avec la même justesse, le même sourire abandonné. De certaines maisons un peu plus de bruit qu’ailleurs, un peu plus de lumière, mais au fond, le même anéantissement, doucement, se poursuit." [p. 11]

Mina Merteuil, monsalonlitteraire.blogspot.be


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Présentation par Gérard Adam à la librairie La Licorne


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9 novembre 1989. Le Mur de Berlin est tombé.
Les unes après les autres, les républiques communistes d'Europe s'effondrent. Ainsi en est-il de la République Populaire de Hongrie de János Kádár, décédé peu avant, qui laisse la place à la Troisième République. Dans les rues de Budapest toute une jeunesse se cherche et, en attendant des jours meilleurs, ne rêve que de déguster des cheeseburgers en écoutant de la musique américaine. Parmi ces jeunes, désormais livrés à eux-mêmes, deux jeunes filles, l'une juive et l'autre pas : Blanche Fehér et Emma.
Autour de ces deux héroïnes, Ivan, Vilmos, Ginga, Margherita... qui se retrouvent au café « Lukaks » à Pest ou au premier MacDo de l'avenue Andrassy. Il y a aussi la vieille Tatiana que d'aucuns soupçonnent de s'appeler en réalité Zsuzsa et qui, au fil des ans, a accumulé chez elle des babioles et des colifichets que les jeunes, régulièrement, se plaisent à chaparder.
On flirte et on couche à tour de bras comme si la liberté retrouvée se devait d'être, avant tout sexuelle.
Mais un jour, il faut partir, car Budapest se révèle trop étroite et sans avenir. Chacune de son côté, Blanche et Emma, qui ont suivi des chemins différents, se retrouvent à Paris pour une nouvelle vie. Entre alors en jeu Mehdi, fils du harki algérien, Maklouf Aït-Larbi, originaire de Palestro.
Hasard extraordinaire, situation hautement improbable, Mehdi va se retrouver amant des deux amies hongroises dans un embrouillamini qui fait penser à un dédoublement de personnalité.
Un roman d'une écriture recherchée, rare même (…)
À découvrir néanmoins.

Jean-Pierre Allali, CRIF


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Entre la Hongrie qu'elles quittent et la France où elles s'installent, Blanche et Emma tentent de se reconstruire une identité. La première sur le modèle de la seconde pour laquelle elle éprouve des sentiments contradictoires. Le sentiment tragique d'une Europe qui se délite participe d'une douleur mal définie traduite dans le récit de la narratrice, Blanche. On se perd cependant un peu dans les trop-pleins de sa mémoire.

P.My, Le Soir


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Le 17 juin 2015, Daniella Pinkstein était interviewée par Marie-Ève Stévenne sur les ondes de RCF Bruxelles dans son émission "La culture, ici… ailleurs"


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Le titre vient de Baudelaire, le roman est placé sous l'égide de Kafka, ses chapitres se font précéder d'exergues de Sophocle ou de Rilke (quand ce n'est pas le poète hongrois Attila József ou l'écrivain autrichien Jean Améry, Par-delà le crime et le châtiment), on a de l'Éluard et du Yeats dans le corps du texte, un prophète au moins est nommé (Ezéchiel), et la Bible est aussi invoquée par les Psaumes et l'Ecclésiaste (le Qohélet). Mais c'est une sorte de « Livre de Daniel » que le livre de Daniella. Ou encore, je provoque, imaginez un film (vous le visionnerez forcément en lisant, le texte, aussi éblouissant et étincelant – coruscant – qu'il soit, ne nous aveugle pas, il fait voir), un film dont les deux héroïnes, Emma et Blanche, usurperaient l'identité l'une de l'autre, useraient de perruques, voleraient des souvenirs, graviteraient autour d'un même homme, le magnifique Mehdi, et séduiraient de multiples (et abusés) anonymes. Car seul compterait ce miroir. Elles deux – ou elles une. Ce serait, tourné par David Lynch, un Mullholland Drive encore plus énigmatique et qui confinerait au mystique, une blonde (tantôt brune), une Blanche qui se refuse à ce que l'Histoire écrive sur sa peau. Et pourtant. C'est un Mullholland Drive Est-Ouest (Budapest-Paris) où les boulevards Lénine viennent tout juste de se renommer les boulevards de tel ou tel roi ou reine sinon chemins de la Liberté. Et pourtant. La faute aux pères, pour certains absents, d'autres vous inculquant des idéaux qui ne sont pas de ce monde, et eux aussi interchangeables. Des objets-fétiches, bribes d'héritage, des clés, des sacs, des lettres abondent et circulent entre les personnages comme une circulation sanguine commune. La solution viendrait des mères, en tout cas des femmes, mais quand ? Ces quelques touches pour vous dire, suivez Daniella Pinkstein dès ce premier roman flamboyant, mais ne la croyez pas. Enfin, si, car la sincérité ici se donne jusqu'à la nudité des vérités les plus douloureusement absolues, mais ne croyez pas le début de paragraphe dans le chapitre 1 (il y en aura, épilogue compris, 11) : « C'est une histoire quelconque, dans un lieu commun. Une histoire ordinaire. » le démenti sur 174 pages dont l'originalité frôle parfois le délire ou l'extravagance. Un érotisme apocalyptique. le hasard en scénariste fou. Une acuité intellectuelle et politique (vous fleurirez là le tombeau de l'Europe). Et un style. Mais quel style ! Des images, des phrases d'une poésie pure. Allez, je referme le livre et rouvre pour en recopier humblement quelques citations. Pour un cliché, c'est un cliché, je le risque à mes périls : on aimerait tout citer. Mais qu'est-ce à dire ? On aimerait recommencer la lecture, Que cherchent-ils au Ciel, tous ces aveugles ?, voilà, vous avez là un texte puissant qui gagne encore à la relecture.

Adaorardor
, Babelio

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Le 7 octobre 2015, au micro de Lise Gutmann sur Judaïque-FM Paris – Île-de-France


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MEZZA VOCE POUR UNE EUROPE DÉFUNTE


À mi voix, entre cantate polyphonique et roman à la trame labyrinthique, Daniella Pinkstein dresse le constat d’une Europe perdue, sombrée dans l’aveuglement des néons consuméristes et les bavardages nauséeux.

« Le langage qui ne nous sert pas à dire suffisamment ce que chacun de nous voudrait dire révèle par contre et à grands cris, sans que nous le voulions, la condition la plus secrète de la société qui le parle, notait José Ortega y Gasset dans La Révolte des masses.
La jactance contemporaine, entre rhétorique de slogans en artéfact de pensée et histrionismes littéraires en posture post moderne, dit la condition effondrée de notre époque.
Daniella Pinkstein, jeune écrivain, avec Que cherchent-ils au Ciel, tous ces aveugles ?, prenant le relais d’une époque dont le langage n’était pas encore indigent, échappe à cette ambiance délétère.
Ni apatrides comme il se disait chez les captifs d’identités nationales murées ; ni cosmopolites comme les clouait au supplice impérial, le socialisme réel, les Juifs crurent à l’Europe. Ils en furent un levain à plusieurs occasions.
Diderot, déjà, l’anticipait à sa façon : « Il en est d’eux comme des chevilles et des clous qu’on emploie dans un grand édifice, et qui sont nécessaires pour en joindre toutes les parties » (Encyclopédie).
Ils crurent à une Europe de la Culture, nourrie des algorithmes de la connaissance lancés depuis l’Attique et des patterns éthiques venus de Judée. Ils crurent à cette Europe traversée par le vent revivifiant de la Révolution française, et prirent  toute leur part dans l’édification de l’Esprit d’une Europe céleste, passant comme une aurore par dessus ses frontières ethniques et linguistiques. Ils avaient pour noms propres : Benjamin, Kafka, Broch, Roth, Zweig, Svevo, Saba, Proust… Ils se nouèrent aux Mann, Rolland, Istrati, Doblin. Et Camus, Gary, Sebald, etc, etc, en survivance...
Cette Europe fut ravagée et détruite par les tenants d’une Europe de dolichocéphales, sectateurs d’une divinité biologique, qui n’avaient de spiritualité que le culte de la violence. Et pour idéal, la virilité du muscle épais de la Brute rivée, contre la virilité de l’Esprit lucide et autonome. À l’Est comme on sait, question dévastation de la vie de l’Esprit, ce ne fut guère mieux. Du moins, clandestins ou stipendiés, des auteurs de génie Grossman, Chalamov, Soljenitsyne, Kundera, Milosz, Bibo, Pasternak,  et d’autres, fleurirent dans les anfractuosités du bêton gris du stalinisme.
Daniella Pinkstein se raccorde à  l’Europe du langage de tous ceux-là. Elle y plonge ses phrases et y alimente la sève de son écriture poétique, comme des racines à la recherche d’une minéralité nourricière et salvatrice.  C’est pour en réciter l’après désastre.
Bien sûr, elle est de son temps. Et l’accent mis sur des personnages de femmes et d’émigré, s’il trouve, dans l’invocation de Jane Austen, la condition justifiée d’une femme écrivant dans l’ « ourlet » de la littérature d’une époque, consonne néanmoins avec les icones d’un pandémonium victimaire contemporain qui dans l’éclat de sa suffisance meanstream réduit la pensée à un état lacunaire. Mais nul ne nait hors du temps du monde.
Au fil d’un récit labyrinthique d’amours sans passés ni devenirs et de la fracassante désillusion de ses personnages sur l’Occident européen, elle a trouvé le ressort de son propre appel d’auteur. Mais encore, il y a dans les ombres portées, cryptées ou en citations, des Maîtres éblouissants d’une Europe défunte, la montée d’une cantate, peut-être un Cantique, à eux dédié.
Fille de son temps certes, du moins n’en est-elle pas la disciple.

GÉRARD RABINOVITCH, Jerusalem Post


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Daniella Pinkstein, Que cherchent-ils au ciel, tous ces aveugles ? : Un chant polyphonique


Dans ce véritable tsunami que constitue la rentée littéraire, bien peu d’ouvrages portant sur leur couverture le mot « roman » relèvent de la littérature. Raison de plus pour les signaler quand, en plus, il s’agit d’un premier roman.
D’abord l’intrigue : peu après la chute du mur de Berlin, deux jeunes femmes de Budapest, l’une juive et l’autre non, amies d’enfance avec tout ce que cela comporte d’ambiguïtés et de non-dit, émigrent en France, à l’insu l’une de l’autre. Deux errances, dans lesquelles l’une d’elles usurpe l’identité de l’autre et qui convergent dans l’amour doublement illusoire d’un autre errant, nommé Medhi.
Cette intrigue, qui se construit sous nos yeux à la manière d’un puzzle, particulièrement bien structurée, suffirait à elle seule de remarquer cet ouvrage, qui est donc une quête d’identité, féminine et amoureuse, avec les désillusions que, forcément, elle apporte. Pourtant là n’est pas l’essentiel. C’est le sujet du livre qui retient l’attention, où par petites touches impressionnistes et un cheminement labyrinthique, Daniella Pinkstein affine son propos : celui de la mémoire d’une Europe fantomatique qui s’est diluée à l’Est dans la société communiste comme à l’Ouest elle s’est évaporée dans une Europe « westernisée » où dominent le productivisme et le consumérisme ; mémoire d’une Europe « centrale », dont le cœur battait entre Prague, Vienne et Budapest, une Europe de culture dont la pensée juive était le sel. Nous voilà proches du Schnitzler de Vienne au crépuscule, du Joseph Roth de La Crypte des Capucins et du désenchantement amèrement tendre de Milan Kundera.
« Filles de pères informes, nous sommes entrées, gaillardes, dans une Europe vrillée de l’intérieur, sous les heureux mirages d’un kaléidoscope », écrit la narratrice à propos de ces héroïnes. Roman de la désillusion, c’est aussi un roman de colère. L’empire austro-hongois est mort mais son cadavre bouge encore ; broyé par la guerre et deux totalitarismes, celui –ci était un territoire où bouillonnait la culture, à laquelle la pensée juive donnait toute sa saveur. Daniella Pinkstein, entre nostalgie et désillusion, entre colère et révolte, nous rappelle cela, comme elle nous montre combien notre « Europe occidentale » s’est perdue dans une société où l’humain lui-même s’est réifié. Elle le fait avec force, vigueur… et style.
En effet, si comme l’écrivait Guy Debord, en 1967, dans son essai prophétique La Société du spectacle : « Pour savoir écrire, il faut avoir lu, et pour savoir lire, il faut savoir vivre », il est évident que Daniella Pinkstein sait lire, tant son vocabulaire est riche, tant son texte recèle de références littéraires, tant sa langue est élégante, tant son écriture a de la tenue. Tirez donc la conclusion qui s’impose quant à son statut…
Dans ce monde éditorial de marketing frelaté où n’importe que parallélépipède se voit affubler du mot « roman », rares sont les auteurs à qui l’on peut attribuer le titre d’écrivain. L’authentique écriture est toujours un acte de résistance contre le matérialisme du monde et la vulgarité d’une époque. L’écrivain Daniella Pinkstein vient d’écrire son premier roman comme un chant polyphonique et c’est de la littérature.
 
Jacques Viallebesset, Salon littéraire
et Lumières en art

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Un monde à la dérive


Dans ce roman, deux personnages principaux : Emma et Mehdi, aux identités complexes, composites. Emma peut également prendre le nom de Blanche. Elle est d'une origine familiale qu'elle ne signale qu'en passant, sans évoquer des événements précis. Elle révèle son véritable nom, celui qu'elle dissimule : Stein. Ses parents sont de Budapest et furent victimes de la Shoah. Sa mère, survivante, est devenue couturière sous le régime communiste, la nouvelle oppression.
On retrouve Emma, en exil à Paris. Elle tombe sur une autre victime des déchirements politiques : Mehdi, fils de harki, qui a traversé les années sanglantes dans son Algérie natale. L'auteur ne signale pas que pour les musulmans chiites Mehdi est une figure mythique, semblable d'une certaine manière, au messie dans le
judaïsme.
Les deux protagonistes s'adonnent à une infinie quête d'un amour désespérément fuyant. Ils recherchent un introuvable langage commun. Il est difficile et inutile de tenter de suivre une trame dans ce récit décousu. Est-ce vraiment un roman ou bien un essai déguisé ? L'auteure, dont c'est le premier livre, est animée par une ambition aussi grande que précise. Elle évoque un monde qui va mal, qui ne fonctionne pas quel que soit le régime en place. La rencontre entre l'Orient et l'Occident, entre une Emma et un Mehdi est une vaine illusion, autant que le, lien entre un homme et
une femme.
L'auteure ne manque pas d'un vocabulaire abondant pour le dire et n'hésite pas à inventer de nombreuses métaphores : « Je quittais sans retour, conclut-elle, les frontières, les Empires, les passions amères, les gloires fanées, les écrans loquaces, les mots qui se redoutent, les morts qui se ravalent, les hommes qui pensent en hordes, l'amour qui se rationne.… »
II n'existe donc pas d'issue, un espoir d'une ouverture? Oui : les femmes.
« Tremblez hommes de guerre ! hommes aux invincibles cuirasses, tremblez devant celles qui enfantent sans vous, en cheminant, fières devant l'étemité. Tremblez, Européens, quand vos enfants prendront, dans l'incommensurable infini, un autre nom ! Que des prêtresses cèleront, avec obstination et amour, dans le bruit de vent »

Naïm Kaltan, Information juive.


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Une histoire émouvante qui ne peuvent vous laisser indifférent, ni indemne.
Un livre et une auteur à découvrir.

Alouqua, Le monde enchanté de mes lectures.

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Le 16 mars 2016, Interview sur Radio FLEG Marseille


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Daniella Pinkstein, porteuse d’extrême
« Ma généalogie m’a transmis l’amour pour quelque chose qui représente une civilisation européenne que je vois aujourd’hui s’effriter de façon inquiétante. Il est urgent après un siècle de charniers et de guerres d’ouvrir d’autres chemins de mémoire et de transmission. »
Ainsi parle Daniella Pinkstein, auteure, nous suggérant que les femmes en sont peut-être la clé.

Un chemin classique si peu ordinaire.
Enfant unique d’un couple de parents âgés, Daniella porte sur ses épaules un lien historique lourd, pesant même parfois, qui lui fait prendre conscience très jeune du monde qui l’entoure. Son père, fondateur de plusieurs comités et fondations de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, l’emmène dans les écoles où il prend la parole, elle écrit ses discours. À 17 ans, Daniella décide d’émigrer seule en Israël avec une bourse d’études où elle poursuit des études de journalisme et d’histoire qu’elle termine en France.

Au pays des hommes.
D’abord journaliste, Daniella, passionnée par les politiques sociale et historique, notamment en Europe, commence à travailler à 24 ans comme chargée de mission dans des cabinets ministériels. Elle trouve très vite, elle qui a tendance à intellectualiser toute chose, que la femme n’y a pas sa voix que ce soit dans les discours ou les articles (« on ne cite que des hommes ») ou dans la mémoire (« sauf si les femmes ont été déportées »).
« Je me sentais intensément seule dans ces milieux institutionnels où pour trouver sa place il faut s’inscrire dans cette pensée masculine… ou pas. »

Au pays des femmes.
Daniella décide à 31 ans de suivre des études linguistiques. Elle obtient un dossier de bourse doctorante et part vivre pendant deux ans en Hongrie où elle s’intéresse plus particulièrement aux juifs hongrois déportés à 80% à la fin de la deuxième guerre mondiale et aux minorités hongroises se retrouvant soudain hors du pays à la suite du démantèlement de la Hongrie en 1919 et qui sublimeront cette langue hongroise à la fois si belle et si difficile. Ce voyage est déterminant pour elle. Si Daniella y découvre un pays dur, cassé par 60 ans de communisme, passé sans transition à une économie libérale, elle y croise des femmes magnifiques qui, sans être des figures publiques, ont un courage exceptionnel qu’elles exercent de façon souterraine mais soutenue.
« Les femmes n’ont ni peur de l’échec, ni de la honte, ni de l’inachevé. C’est elles qui portent aujourd’hui l’espoir d’un avenir réfléchi sur leurs épaules. »

Vocation d'écrivain.
À son retour de Hongrie, Daniella, qui travaille pour la présidence de l’Union Européenne tout en étant « plume de l’ombre » de certaines personnalités, commence à écrire plusieurs romans qu’elle abandonne, mais qui la préparent à l’écriture de son livre, Que cherchent-ils au Ciel, tous ces aveugles ?, à laquelle elle se consacre entièrement toute une année.
« Il m’aura fallu 20 ans d’exercice de grammaire française pour m’assurer un certain contrôle du langage, jusqu’à quelquefois un son incantatoire, la lecture et l’écriture m’ayant page à page, année après année, bâti une conscience, même s’il m’a fallu traverser plusieurs vies pour m’ancrer dans ce monde. »
Son roman, hommage aux Beckett, Freud, Joyce, Kafka, Rilke, Roth qui ont construit l’Europe, raconte comme un cantique la dérive du continent au travers de l’errance en Hongrie et en France de deux femmes, l’une juive, l’autre pas et d’un fils de Harki. Le lecteur se perd dans leurs destins traumatiques qui s’entrechoquent dans une écriture métaphorique poussée à son extrême donnant lieu à de nombreuses interprétations possibles et faisant remonter émotions et mémoires inconscientes.

Comment écrire aujourd’hui ?
se demande l’auteure, dans un monde où sort chaque année un tsunami d’ouvrages, avec des récits devenus linéaires, suivant des programmes très construits, noir ou blanc… « Je veux être dans le partage », nous dit Daniella, pour qui écrire est un acte de création, un don d’amour, un geste amoureux. « Un écrivain doit avoir une conscience collective et se battre pour la partager. »
Daniella est de ces femmes porteuses d’extrême qui disent « Non ! » La force de vivre n’est pas celle d’éviter sans fin la conscience de ce que nous sommes dans ce monde. Et les femmes au fond, nous enseigne-t-elle, n’ont peur d’aucun miroir. À quand son deuxième roman ?

Marie-Hélène Cossé, Mid&Plus




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