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Né à Vienne en 1932, réfugié en Belgique après l’Anschluss, enfant caché pendant la guerre,
Henri Roanne-Rosenblatt
fut critique de cinéma à la Radio-Télévision Belge.
Il est le réalisateur – avec Gérard Valet – de deux longs métrages documentaires, Chine (prix du documentaire, Viennale 1972) et Moi, Tintin (Sélection officielle Cannes 1977).

Henri Roanne-Rosenblatt
© Ty Nam Nguyen


À l’occasion de la sortie du film Le chemin du bonheur du réalisateur Nicolas Steil
les éditions M.E.O.
sont heureuses de présenter la réédition du roman de Henri Roanne-Rosenblatt
Le cinéma de Saül Birnbaum
qui a inspiré le film
(Henri Roanne-Rosenblatt en étant d’ailleurs coscénariste)

UN ROMAN
de Henri Roanne-Rosenblatt

Le cinéma de Saül Birnbaum


UN FILM
de Nicolas Steil

Le chemin du bonheur


Cinéma Saül Birnbaum

Le chemin du bonheur
Affiche du film Le Chemin du Bonheur
© Iris productions
176 pages
18,00 EUR
(livre imprimé)
11,99 EUR (livres numériques)
ISBN : 978-2-8070-0335-4 (livre imprimé)
978-2-8070-0336-1 (
PDF) - 978-2-8070-0337-8 (EPUB)

Après avoir été projeté en sélection officielle aux festivals internationaux du film d’Angoulême, de Luxembourg et de Mons, avant de l’être au Festival du film de Cabourg, au Festival international du film de Boston et au Festival des Cultures juives (Paris), «  Le Chemin du Bonheur » est sorti le 23 mars dans les salles du Luxembourg.
Il sortira le 22 juin dans les salles de France et de Belgique.

Avec Simon Abkarian, Pascale Arbillot, Django Schrevens, André Jung, Michel Vuillermoz, Eric Caravaca, Hélène Noguerra, Roxane Duran, Tania Gabarski, Nathalie Laroche, Mathilda May, Brigitte Fossey.

Saül Birnbaum, survivant d’une famille de restaurateurs judéo-polonais, fuit l’Autriche à l’âge de 6 ans, après la Nuit de cristal, par un Kindertransport, et trouve refuge à Bruxelles où il sera caché de 1942 à 1944. Fasciné par le cinéma hollywoodien qu’il découvre à la Libération, il réalise son rêve américain en ouvrant un delicatessen à New York. Une ébauche de scénario laissée en gage par un client impécunieux lui permet de devenir producteur de cinéma. Il parvient, par des méthodes peu orthodoxes de financement, à monter la production d’un film et à convaincre une star d’y jouer. Pourtant, Saül demeure hanté par sa jeunesse dramatique et par la nostalgie de son amour d’enfance, Hilde, nièce d’Hitler…

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11,99 EUR




Extrait

Le petit Saül ne comprenait pas pourquoi sa maman lui interdisait de participer dans les rues de Braunau-sur-Inn à la grande fête du 12 mars 1938, pourquoi elle lui défendait de crier Heil Hitler à l’unisson de Lotte, Heinz et Klaus, ses amis du Kindergarten, des voisins, les Hurburger, les Posch, les Lindner, et de tous les habitants de la ville. Il acceptait d’autant plus mal d’être exclu des festivités qu’en clamant Heil Hitler, il entendait manifester son amour à sa camarade de classe, Hilde Hitler, nièce du nouveau maître du pays. Entre Hilde et lui, une idylle s’était nouée dès leur première rencontre dans le bucolique jardin d’enfants de la Zeughausplatz, à la périphérie de la petite agglomération. Il avait cinq ans, elle trois. Le coup de foudre ! Elle – comme lui – avait été instantanément submergée par un amour irrésistible, irrémédiable. Une de ces passions enfantines auxquelles l’écoulement du temps confère la saveur douce-amère d’un fruit autrefois goûté dans un paradis à jamais perdu.
Ce jour-là, les quelque cinq mille habitants du bourg natal de Saül furent saisis d’une joie furieuse. Ils exprimaient, en chantant Deutschland über alles, en clamant Ein Volk, ein Reich, ein Führer, la fierté qu’ils ressentaient devant le triomphe de leur concitoyen, devenu Chancelier de la Grande Allemagne grâce à un Anschluss rapidement ratifié par une immense majorité.






Ce qu'ils en ont dit


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John est un jeune Juif new-yorkais contemporain. Il arrondit ses fins de mois en filmant des mariages avec la caméra que son oncle Saül lui a offerte. Saül quant à lui est passionné de cinéma depuis sa plus tendre enfance. C’est le cinéma qui lui a permis de ne pas désespérer : sa vie est un roman sombre, qu’il se propose de raconter.
Quand on le cachait, pendant la guerre, il s’improvisait scénariste pour passer le temps. Adolescent, il échoue à l’examen d’entrée de l’École des Arts et Métiers et doit remiser son rêve de devenir projectionniste. Comme il se sent inapte à vivre, il se projette dans l’héroïsme des personnages du grand écran. John, son neveu, sera ce qu’il n’a pas pu être. Il lui fait tourner The yellow star avenger, un « western urbain juif », réalisé par John, produit par Saül, avec la collaboration vague d’un écrivain connu et la participation vicieusement intéressée d’un acteur célèbre, et avec le plus de figurants possibles, pour avoir un large public à la sortie. Saül peut enfin exister, car au fur et à mesure qu’il raconte et qu’il vit, grâce à son neveu, son vieux rêve de faire du cinéma, il se déleste du passé.
Il tombe amoureux d’Hannah, la belle projectionniste, cultivée et mystérieuse. Son nom est le palindrome qui nous invite à boucler la boucle, à revenir aux bobines originelles, à tourner. Le mouvement de la bobine est une forme de salut. Saül et Hannah sont de vieux et sophistiqués romantiques : ils s’invitent à tour de rôle dans des lieux où l’on a tourné des scènes de leurs films-cultes pour voir si l’autre va en deviner le titre.
New-York, de manière plus subtile qu’Hollywood, est la ville du cinéma, car quand on y vit, on vit dans les films. Ses habitants – et les touristes stupéfaits – y évoluent avec l’étrange sensation de faire de constants allers et retours entre réel et fiction. The yellow star avenger est sélectionné à Cannes à la faveur d’un boycott du festival par les grands producteurs U.S., et John est alors propulsé sur le devant de la scène et à la une des tabloïds. Mais les comptes avec le passé de Saül ne sont pas encore réglés. Il doit aller au bout de son histoire. Pour pouvoir vivre, pour donner du sens à cette fiction vraie qu’est le présent, il lui faudra faire son propre film.
Henri Roanne-Rosenblatt entrelace les récits, aujourd’hui se glisse entre deux scènes d’hier ; on va de New-York au petit village autrichien dont sont originaires Saül, Adolf Hitler, et la nièce de celui-ci, premier amour de Saül, on file à Bruxelles, on revient à New-York, détour par Shangaï et le Canada. Le roman mêle l’histoire de Saül, dont la famille persécutée vole en morceaux, à l’histoire du cinéma. Et ces deux histoires, intimement liées, nous sont racontées depuis les coulisses, dans une zone qu’il convient de tenir cachée. Comment dire l’horreur, et comment la dépasser ? Roanne-Rosenblatt a trouvé une voie : revenir au bonheur de la fiction, et le multiplier à force de multiplier les écrans, les mises en abymes, les films, scénarios, romans, faux-noms, cachettes. La famille de Saül a éclaté dans le monde entier, d’exils en fuites, de remariages en adoptions. La structure en apparence éclatée du livre reflète l’éclat de la famille. Mais entrelacer, c’est tisser, c’est monter : rassembler ce qui a été disjoint.

Nicolas Marchal, Le Carnet et les Instants



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Coup de coeur, un roman qui ne va pas tarder à être adapté à l’écran et qui mêle réalité et fiction de façon parfaite [… Un] livre plein d’amour et de fureur

L’Obs



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Henri Roanne-Rosenblatt nous offre un récit de résurrection, pimenté d’humour amer, historiquement très documenté, celui du rêve d’un enfant caché.
Et c’est aussi un grand bonheur de lecture, car non seulement Henri Roanne-Rosenblatt partage avec nous sa culture cinématographique (et nous pousse à aller voir et revoir bon nombre de films), mais en plus il se révèle un conteur de talent, ménageant ses effets avec un art précis. En exergue, on peut lire la citation de Fritz Lang : « Le cinéma est une machine à inventer la vie ». Le roman en est une magistrale confirmation.

(La Libre Belgique)



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http://www.espace-livres.be/IMG/mp3/ESPR2013_Roanne_finale_mp3.mp3



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https://soundcloud.com/user-352723019/henri-roanne-rosenblatt-evoque-les-kinder-transport-de-1939


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Jeune juif de New York, John se fait de l’argent de poche en filmant des mariages avec la caméra que son oncle Saül lui a offerte. Un oncle qui a toujours été passionné de cinéma et qui a vécu dans ses rêves pour survivre aux coups bas de l’existence. L’opportunité de revenir sur son passé, dont les années de guerre, son échec à l’examen d’entrée de l’École des Arts et Métiers et son job de projectionniste. Alors, John ne pourra devenir que ce qu’il a toujours rêvé d’être ! Bien sûr, au-delà des personnages, Henri Roanne-Rosenblatt nous parle de New York, ville qui cristallise les espoirs, avec ses artères célébrissimes et son gratin qui foisonne. Il y a aussi une belle histoire d’amour. La ressortie de ce roman coïncide avec la présentation du film de Nicolas Steil, défendu à l’écran par Simon Abkarian, Pascale Arbillot, Michel Vuillermoz, Éric Caravaca, Mathilda May, Brigitte Fossey et bien d’autres, présentement sur nos écrans.

Sam Mas, Bruxelles-Culture


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L’auteur, né à Vienne en 1932 a lui-même été un de ces enfants cachés, confié à un Kindertransport, réfugié en Belgique après l’Anschluss de 1938. Il a été critique de cinéma et réalisateur… C’est dire s’il connaît son sujet, aussi bien en ce qui concerne le milieu du cinéma, que la souffrance de l’arrachement aux liens familiaux et la disparition des êtres aimés. À tel point que, à plusieurs reprises, j’ai eu l’impression de lire, non pas un roman, mais un véritable témoignage. Je me suis surpris par exemple à vérifier la birnbaum-1cdescendance de Aloïs Hitler, le demi-frère d’Adolf, pour vérifier si Hilde Hitler avait bien existé.
Il semble bien que ce personnage féminin, qui joue un rôle essentiel dans le roman, soit le fruit de l’imagination de l’auteur, Aloïs n’ayant eu que deux fils, Heinrich, mort en captivité en Russie, et William Patrick, né en Angleterre d’un premier mariage. Refermons cette parenthèse, il s’agit bien d’un roman, sans doute riche de beaucoup de souvenirs autobiographiques, qui nous conte la vie étonnante de Saül Birnbaum, né à Braunau-sur-Inn, comme le Führer. Ses parents, Jacob et Ethel, et grands-parents gèrent un restaurant, à côté de la maison familiale, et Saül est très amoureux de Hilde, la petite fille qu’il a rencontrée au jardin d’enfants. « Le petit Saül ne comprenait pas pourquoi sa maman lui interdisait de participer… à la grande fête du 12 mars 1938, pourquoi elle lui défendait de crier Heil Hitler à l’unisson de Lotte, Heinz et Klaus, ses amis du kindergarten. »
Ethel rapatrie la famille à Vienne après avoir vendu tous leurs biens, à bas prix évidemment. Mais Jacob est envoyé à Dachau. À cette époque, s’ils obtiennent un visa d’accueil et payent une rançon, ils peuvent être libérés et expulsés. Ethel va s’évertuer à obtenir ces pièces pour son mari, avant de découvrir qu’il a eu un enfant avec une Aryenne, ce qui lui vaut une augmentation du « tarif » ! Jacob peut gagner l’Angleterre. Ethel a encore le temps de confier son enfant, Saül à un transport d’enfants pour la Belgique. Elle sera elle-même déportée et connaîtra une fin tragique…
Comme on le voit, le livre est foisonnant, on y suit alternativement différents personnages, et ces mini récits, intercalés dans le roman, pourraient fournir autant de thèmes à développement, comme par exemple la vie tragique et courageuse d’Ethel, peut-être le reflet de la mère de l’auteur…
La principale histoire nous raconte comment Saül parviendra à émigrer aux états unis et à s’installer à New York, où il deviendra patron de deux delicatessen, un dans l’East Village et un à Brooklyn, voisin du Brooklyn Heights Cinema. Il accueille généreusement son neveu, John Birnbaum. Un auteur, Alan Wood lui cède sa nouvelle en échange de repas gratuits ; elle va devenir le scénario du film The yellow star avengers, qui va connaître un succès inespéré, y compris au Festival de Cannes. L’occasion pour Henri Roanne-Rosenblatt de nous dévoiler les petits secrets du monde du cinéma qu’il connaît si bien ! Il vaut sans doute mieux ne pas dévoiler davantage les ressorts de ce roman émouvant et plein d’imagination, mais les lecteurs, qu’ils soient intéressés par la Shoah ou par le septième art ne seront pas déçus.

Pierre Montbrand, blog.

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Au cinema, avec Henri Roanne-Rosenblatt
C’est aux tribulations d’un cinéphile que nous convie l’auteur. Dans un roman à tiroirs, où les histoires se superposent, se télescopent, des récits de vie aux scénarios improbables, nous suivons l’itinéraire chaotique de Saül Birnbaum, de Braunau-sur-Inn, sa ville natale – et celle d’Adolf Hitler – à Bruxelles où il fut caché, et jusqu’à New-York où nous le retrouvons propriétaire d’un Delicatessen. Et tout au long de ce parcours, un seul fil rouge: une passion pour le cinéma qui repousse au loin le destin tragique, le drame de l’enfant caché, la mort de la mère à Auschwitz. C’est à Bruxelles que Saül découvre le cinéma. Laurel et Hardy, Shirley Temple, Judy Garland… Les stars peuplent son univers. Au fil du temps, ses connaissances s’affinent, ses exigences aussi. Aucun cinéma ne lui est étranger. Son érudition est sans frontières. Mais cela ne lui suffit pas. Sa grande ambition? Devenir producteur. Un scénario, laissé en gage par un client fauché, lui en donne l’occasion. Une sombre histoire de rabbin traqué par la mafia. John, le neveu de Saül, dont la carrière cinématographique se résume à filmer des mariages et des Bar-Mitzvah, en sera le réalisateur. Grâce au soutien d’un vague journaliste, rejeton d’un ministre de Vichy, et d’un conflit entre cinéma européen et américain, toute l’équipe se retrouve à Cannes, aux marches du palais…
Histoire de cinéma, mais pas que… Les chapitres se suivent, bousculent le temps. Des personnages ressurgissent. Du shtetl en Galicie, de Vienne… Au gré des exils, la famille s’est ramifiée, des branches nouvelles sont nées, en Angleterre et … en Chine! Saül se découvre une nouvelle parentèle. Par un détour surprenant, l’auteur nous emmène à Shanghaï où le grand-père Sigmund Birnbaum se réfugie après l’Anschluss, se refait une nouvelle vie et continue le métier familial, la cuisine, en y imprimant une touche casher. Saül quant à lui, rencontre la mystérieuse Hannah, projectionniste, rescapée d’Auschwitz, lui qui n’a jamais pu oublier son amour d’enfance, à Braunau-sur-Inn, Hilde…
Vie rêvée, vie vécue, Henri Roanne-Rosenblatt laisse voir, sous la trame du récit, des bribes de sa propre biographie, l’enfant caché venu d’Autriche, solitaire, lisant livre sur livre, dans le désordre, acquérant une culture anarchique, le fou de cinéma, longtemps critique, expert du 7e art, et réalisateur aussi, Moi Tintin et Chine 1971,en collaboration avec Gérard Valet,  le fou de cinéma qui évoque dans un moment magique, comme dans un kaléidoscope, des fragments de films qui se croisent, s’entrechoquent, pour ne faire presque qu’une œuvre unique, un peu, comme dans un autre registre évidemment, Histoire(s) de cinéma de Godard.
Comme pour mettre à distance les événements tragiques, Henri Roanne-Rosenblatt adopte un ton léger, ironique, parfois même allègre, pour nous conter une histoire d’exil, aux variations romanesques, aux retournements imprévus, où le second degré n’est jamais loin, et tout à la fin, une revanche. Fantasme? Pied de nez à l’Histoire? Ou simple happy-end, comme au cinéma? En tout cas plaisir de vagabonder avec l’auteur, d’un continent à l’autre, au gré des rencontres, du réel à l’imaginaire, avec en contrepoint, le cinéma tout entier.
Tessa Parzenczewski, Article paru dans Points critiques,  avril 2013.

Edité une première fois en 2013 aux Editions Genèse et réédité aujourd’hui chez M.E.O. à l’occasion de la sortie du film « Le chemin du Bonheur » de Nicolas Steil, inspiré du roman.
Comment transposer un roman aussi foisonnant à l’écran? Bien sûr en élaguant. En faisant son deuil de New-York et de Shanghaï. C’est donc à Bruxelles que Saül ouvre son Delicatessen où tous les soirs il organise un quiz permanent avec prix à la clé, où les répliques cultes du cinéma mondial fusent de toutes les tables et aussi quelques histoires juives bien connues.  Mais tourner reste son rêve. Il l’accomplira en encourageant un jeune étudiant en cinéma  à reconstituer sa propre tragédie, sa fuite de Vienne avec le Kindertransport et sa vie d’enfant caché. Un film dans le film où le spectateur se laisse prendre par l’évocation de la traque à Vienne, jusqu’au retour à aujourd’hui, lorsque  caméras éteintes, la tension retombe, ce n’était que du cinéma.
Saül, c’est Simon Abkarian, un acteur à la présence intense, qui a marqué des films comme  « L’armée du crime » de Robert Guédigian, dans le rôle de Manouchian mais aussi la trilogie de Shlomi et Ronit Elkabetz, cinéastes israéliens.
Le film a été montré au festival d’Angoulême, il sera prochainement projeté au festival international du film à Boston et participera au festival des cultures juives à Paris.
Tessa Parzenczewski, 14/06/2022




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