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Daniel Soil


 
Daniel Soil est né à Bruxelles. Après des études universitaires, il enseigne pendant une douzaine d’années, puis est responsable d’associations de jeunesse. Il œuvre ensuite à la promotion des créateurs belges francophones, au Québec, en Afrique, en Europe centrale et en Europe du Sud. Il est aujourd’hui Délégué de la Fédération Wallonie-Bruxelles (Belgique francophone) à Tunis.
Il a publié quatre romans, dont « Vent faste », Prix Jean Muno 2001.



Daniel Soil

En tout !


EN TOUT !


Roman, 2014

104 pages.
ISBN: 978-2-930702-88-9
14 EUR

Que fait-on lorsqu’on a 22 ans au début des années 70 et qu'on reçoit sa première affectation de professeur de « morale laïque » ? On est militant des justes causes, on n’a pas le temps d’y réfléchir, alors on y va. Bien sûr, Jean a lu des livres, discuté avec tel ou telle, mais tout de même, préparer du jour au lendemain vingt cours d’éducation civique par semaine !… D’autant que tout vient en même temps, une petite amie piquante admiratrice des kibboutz, la mère de celle-ci qui le trouble, des élèves contestataires parmi lesquels Noureddine, un fervent Palestinien, une mission au Maghreb en faveur d’activistes clandestins…
Le décor est tracé, où va déferler un drôle d’amalgame : caresses et débats, émois et invectives, passion et politique. Au bout du tumulte, un voyage à Gaza, sous l’ombrelle d’une femme mûre.
Un roman incisif, qui rappellera nombre de « faits d'armes » aux anciens combattants post-soixante-huitards et fera découvrir aux nouvelles générations que leur droit à la parole fut le fruit de risques, de luttes et d'hésitations.
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Extrait


– Noureddine est renvoyé
Comment est-ce possible ? Le discret Noureddine ? Lui qui semble sorti d’une Bible illustrée ? lui qui inspire à Elvire une curiosité certaine, à force de m’être fait auprès d’elle l’avocat de sa douce ténacité en faveur de la Palestine ? Un renvoi ! Est-ce lié à sa prise de parole lors du débat sur Fedayin ? (…) Cette décision apparaît bien comme une mesure de pure xénophobie. (…) À ce moment déboule Samuel, tout essoufflé
– inacceptable, ce renvoi
– il faut tirer un tract cette nuit même, le distribuer dès la première heure devant la boîte… appeler à la grève dès la fin de la récréation, on ne monte pas en classe
Samuel énumère les tâches, les répartit – les sionistes savent y faire quand il s’agit d’agir vite et d’être efficace, on sent chez Samuel une longue pratique à l’Hashomer Hatzaïr –, il réfléchit, dirige, entraîne à l’action, bientôt deux douzaines d’élèves déboulent au studio, (…), on décapsule le coca, un tract se rédige à la hâte (…)
« Abu Zeit est renvoyé. Il aurait eu une « mauvaise attitude ». Renvoyer un élève est la meilleure façon de le rejeter avec ses problèmes au lieu de l’aider, ce qui est pourtant l’objectif de l’école. Rejoignez la lutte !… »

*

Le militant se dirige vers les fenêtres, entrouvre les persiennes, dégage les loquets, pousse les panneaux de vieux bois jusqu’aux gargouilles de retenue et voilà l’air qui rafraîchit nos têtes d’hiver, coiffées de bonnets en laine vierge. Un ample panorama s’offre à nous vers les collines. Mais le regard du militant s’attache plutôt au front d’Anna, dont le faste éclate en pleine lumière. Il se détend, gagné par une sympathie certaine, je le sens prêt à nous parler, après avoir remercié pour l’acheminement des liasses. D’abord il aborde la question posée par moi. L’enseignement en Tunisie a connu un vrai développement depuis l’Indépendance, mais son contenu reste désespérément marqué par l’idéologie de la bourgeoisie francisante. Puis il répond à Anna. Les Tunisiens juifs sont comme tous les autres Tunisiens – et comme tous les Hommes – forgés par leur être et leur conscience de classe
– vous pourrez peut-être rencontrer un Juif éminent qui est… un de nos dirigeants
– merci, mais ce n’est pas ma question, ose Anna
Le militant ne semble pas prêt à prolonger un débat qu’il juge sans doute trop général. Ses préférences, on le sent bien, le portent plutôt à nous conseiller l’écoute des bergers noueux, ceux qu’il rencontre lors de ses longues marches, ceux qui savent rester immobiles, assis sur les murets de pierre longeant les routes et qui n’échangent que quelques mots, scrutant leurs moutons et sachant les dénombrer au seul bruit des multiples clochettes qui tintinnabulent dans la pénombre, une fois la transhumance achevée. Anna lui parle de l’Hashomer Hatzaïr, de la lutte de libération du peuple juif, mais ceci ne suscite de sa part qu’une écoute polie. Quand je parle de mon métier à Ixelles, le comité, la pédagogie nouvelle, il semble plus intéressé.
– nous aurons besoin de votre expérience après la Révolution.

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Lecture d'un extrait par Guy Stuckens (rCocktail Nouvelle Vague sur Radio Air Libre)


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Ce qu'ils en ont dit


Une littérature qui honore ses audaces…

Un retour dans les années 70 et ses utopies, qui nous met face à des meurtrissures dont l’actualité est intacte...
Beaucoup de romanciers auraient sans doute pris soin d’éviter le sujet dans leur texte : terrain trop miné ! Le contentieux entre Palestiniens et Israéliens est bien trop lourd et prompt à susciter contre soi l’animosité d’un des deux camps, quand ce ne sont pas les deux, pour tenter de le titiller… Daniel Soil, que beaucoup d’entre nous connaissent puisqu’il n’est autre que le délégué de la Wallonie et de Bruxelles à Tunis, a choisi de l’attaquer de front : en plein dans les blessures… Le dernier roman qu’il vient de signer, En tout, est de ce point de vue une gageure : il appartiendra au lecteur, cependant, de juger jusqu’à quel point il se tire d’affaire… Jusqu’à quel point il parvient à apprivoiser l’abîme des rancoeurs en faisant le choix de ne rien occulter des désastres.
Le récit nous transporte dans la commune bruxelloise d’Ixelles. Nous sommes au début des années 70. Le héros, Jean, est un tout jeune professeur… Et, entre lui et ses élèves, la relation n’est pas qu’académique : on se passionne pour la politique… On veut changer le monde… Il y a des réunions, des solidarités et des amitiés… Il y a aussi, pour ce jeune homme, l’ivresse de relations amoureuses dont l’audace de ce livre aura été également de nous en livrer la saveur crue… Et, dans tout ce monde qui fait son quotidien, il y a un jeune Palestinien, Noureddine, et il y a des Juifs : Samuel, un autre élève, mais aussi Anna et sa mère Elvire… La Guerre des six jours date de quelques années à peine.
La prédominance des idées maoïstes dans la jeunesse des villes européennes, à cette époque, relève de la réalité historique. L’auteur lui fait une place, dont on se demandera quand même si elle n’est pas un peu excessive, si elle ne dessert pas plutôt qu’elle ne sert le propos… La Tunisie est d’ailleurs présente aussi dans le récit : petit crochet dans l’univers des militants du mouvement Perspectives, à travers un voyage qui nous restitue la lumière et les parfums de ces années-là.
Mais le voyage le plus important est celui de Gaza : voyage au coeur du drame, où les souffrances se mêlent qui, étrangement, ne sont pas que palestiniennes… Car rien n’est simple et les lois de la vie humaine veulent parfois que les frontières entre le bourreau et la victime s’estompent brutalement.
Bref, En tout est une aventure qui est littéraire, qui est d’ailleurs assez originale du point de vue du style et du rythme, mais cette aventure littéraire revêt une dimension que le discours politique aurait toutes les raisons de lui envier : mettre des mots sur les blessures en déjouant la haine.

Raouf SEDDIK, La Presse de Tunisie


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A l’occasion de la sortie du livre de Daniel Soil, leconomistemaghrebin.com a eu le plaisir de rencontrer l’auteur du roman « En tout ! »

leconomistemaghrebin.com : Roman, témoignage, autobiographie… Dans quel genre placez-vous votre livre ?
Daniel Soil : C’est un roman. Comme écrivain, je me donne le droit d’imaginer, d’inventer, mais cette œuvre est en partie autobiographique : Jean, le narrateur, est un jeune enseignant qui découvre son métier. Il se fait que j’étais jeune professeur à Bruxelles dans les années 70.
Le départ de ce roman est mon vécu : la difficulté des jeunes enseignants à découvrir le métier. Dès le premier jour, ils sont seuls devant une classe. Ils sont seuls pour se débrouiller avec les arcanes de la pédagogie.
Il s’agit d’un roman, car, au départ de cette expérience, je donne libre cours à mon imagination, je crée des rencontres, je mets en place des expériences nouvelles… et il y a la découverte de l’amour.
A travers Jean, mon alter ego, j’acquiers un regard extérieur. Au fil du bonheur de l’écriture, on est amené à acheminer un personnage dans telle ou telle direction… Et puis, avec l’âge, j’ai appris à prendre une certaine distance. J’ai appris à être libre… peut-être !

Concernant le conflit millénaire qui a opposé deux peuples qui revendiquent la même terre, vous sentez-vous dans une position de neutralité ?
Neutre ? Je préfère parler du parcours de Jean. Au départ, il est en sympathie vis-à-vis de l’aventure israélienne, le Kibboutz, une expérience exaltante et progressiste, à l’époque.
Peu à peu, et en dépit de l’amour qu’il porte à Anna, sioniste convaincue et engagée, la rencontre avec l’un de ses élèves, Noureddine, lui fait comprendre qu’il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark : l’expulsion du peuple palestinien de sa propre terre. Un drame et une injustice !

Y a-t-il un espoir ?
Oui, il y a une lueur d’espoir dans ce tunnel sans fin. Dans le noir le plus absolu, peut jaillir un espoir. Dans le roman « En tout ! », des pistes sont lancées à travers le regard de Jean qui évolue progressivement vers une solidarité sans faille avec le peuple palestinien. En Europe, des franges importantes de jeunes ont une meilleure compréhension du drame palestinien. Cela peut aider à faire bouger les choses. Du moins, espérons-le.

Béchir Lakani, L’Économiste maghrébin   


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Cela pourrait donner le tournis, mais c’est une valse à dix-mille temps qui vaut chemin de vie à hauteur d’Hommes, lorsque la jeunesse se mêle de pratiquer des exercices de haute voltige où la quête de vérité, de justice ici-bas, ne craint pas de flirter avec l’apesanteur des amours éphémères, ou des passions juvéniles, mâtinées de femmes mûres lorsque l’enjeu réel se retrouve, en réalité, au coeur de ce que l’on pourrait appeler sans se tromper, le désastre israélo-palestinien. Deux camps qui se mesurent du regard, et un même idéal de justice.
Jean, nommé fraîchement, à 22 ans, professeur de morale dans un lycée bruxellois, aura d’abord du mal à en découdre. Anna, la fille, repliée sur son secret, et Elvire, la mère, qui ne s’en laisse pas conter son plus, sont en quelque sorte les perdants, d’un Samuel ou d’un Stephan. Jusqu’à ce que la quête, à quelque quarante années près, ne place les pas de la première dans ceux de la seconde. La tragédie d’Antoine les conduira inexorablement vers Ghaza, où les regards, comme les sentiments, finiront par s’accorder. Le sionisme n’est pas soluble dans l’eau mais au bout du compte, choisir la justice contre « l’appartenance à un peuple », sans pour autant oublier en chemin le sens des origines, cela ne relève pas du miracle, mais des étranges parcours que peut réserver toute vie, qui peuvent conduire une jeune juive, ne rêvant que de kilboutzim, à changer de regard.
Et si Stephan ainsi que Filomeno, qui n’est pas juif comme lui, trouve évident de soutenir – de facto – la cause de Noureddine, le Palestinien, c’est qu’un idéal commun, qui a la force de la jeunesse, les unit comme les doigts d’une seule main : « En tout ! »
Il faudra attendre la dernière page de ce roman où le désir, comme le militantisme engagé, affleure à chaque ligne comme une seconde respiration, pour comprendre le sens de ce qui ressemble fort bien à un serment d’allégeance, pour des causes qui pourraient être données pour perdues, n’était la ténacité d’une jeunesse qui n’a pas froid aux yeux, qui a le sens de la justice chevillé au coeur et qui ne craint pas, à l’instar de Jean l’équilibriste, à refaire le
chemin à rebours, jusqu’à ce que la boucle soit bouclée. Il ne se trompera pas de chemin.

Samia HARRAR, Le Temps

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Interview d'Edmond Morrel sur espace-livres.be


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Rencontre à la librairie Joli Mai


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« EN TOUT ! »
LA TRAVERSÉE SENSIBLE D'UNE PORTION DE TEMPS

« Le monde arabe n'est pas fait d'un bloc, il est multiple, ses éléments ethniques et religieux sont divers, les manières de voir la cohabitation avec le peuple juif sont multiformes. » (p. 78)

Daniel Soil écrit à la première personne. Et si le narrateur interroge les événements, les personnes et les lieux, c'est pour appréhender le mouvement du monde qui crapahute autour de lui et qui finit par l'investir insidieusement. Depuis ce fameux télégramme :  « Vous êtes désigné professeur de morale au Lycée de... », tout un peuple en devenir – et en division – lui signifie une manière d'être et de penser qui requiert patience et combativité. Comment un Bruxellois, profondément ancré à gauche, peut-il s'introduire – s'immiscer ? – dans le conflit palestinien ? Quelle représentation l'enseignant peut-il se faire des attentes et des engagements des uns et des autres ? Très tôt confronté aux affrontements politiques au sein même de sa classe, Jean prolonge le débat bien au-delà du monde scolaire. Mais s'il mêle sa pensée au foisonnement commun, il ne perd pas le fil d'une pulsion libertaire bien réelle : « Certo, Anna, certo... mais pour moi, il est plutôt l'heure de prendre mon envol, gagner le large, user de ma liberté toute neuve pour arpenter d'une démarche élastique les rues d'Ixelles, observer à la manière d'un entomologiste la chair de cette commune. » Tout et « En tout »...
« D'autant que tout vient en même temps, une petite amie piquante admiratrice des kibboutz, des élèves contestataires parmi lesquels Nourredine, un fervent Palestinien, une mission au Maghreb en faveur d'activistes clandestins.… » La vie de Jean est désormais chevillée au destin de ses bouillants disciples !
Orale ou écrite, l'imprécation fabrique de nouveaux tribuns : « Sortir la stencileuse à alcool, s'enivrer de son parfum, déramer le papier, encrer : voici les premiers tracts qui sortent. » (p. 37)
Mais qui est donc ce professeur en phase avec son temps, dont les vies privée et publique s'entrechoquent à l'envi ? Au fil des pages, une silhouette se profile et des pistes identitaires finissent par émerger : « Ma vie est faite de hauts et de bas sans que j'y puisse quoi que ce soit. » (p. 61) ; « ... ce souci que j'ai d'être approuvé, cette perpétuelle préoccupation de plaire. » (p.21) Ou bien : « ces élèves – devenus mes amis – me feront-ils signe pendant les vacances de Noël qui approchent ? » (p. 29), ou encore : « Je me joue l'histoire d'un gars qui se cherche, entre une petite amie au lourd passé et un boulot qui l'accapare… » (p.33).
Tout ceci teinté de vérité et d'émotion, dans le cours d'une véritable histoire d'amour et de chicanes sociopolitiques particulièrement complexes.
L'effervescence bruxelloise, accordée à quelques lieux d'élection, ne manque pas d'allure : « … le bouquiniste de la rue de la Paix, où Anna me recommande quelques ouvrages sur le peuple juif et son histoire » ; « le Flan breton, pâtisserie favorite des notables, avocats et magistrats » ; « En fin de soirée, nous allons souper à la Grande Porte où nous rejoint Elvire ». C'est donc la même Elvire qui accordera le « professeur » à la douceur d'être et l'accompagnera à Gaza, puis en Égypte : « Elle se colle à mon dos et désigne le lointain. Là-bas, c'est la Palestine... » (p. 91)
Dans ce récit teinté de tolérance, tout à la fois analytique et (com)passionnel, on ne sait trop s'il faut privilégier le développement du processus amoureux ou le propos géopolitique sur la Palestine (remarquablement exposé) ; ou suivre le naturel riche et complexe de ce professeur qui se construit en même temps qu'il affermit la conscience morale de ses élèves.
Un livre profondément humain, d'une rare lucidité, tout à la fois réservé et chaleureux, prudent et empathique, à lire pour se rapprocher de soi et des autres, de ses émotions et de ses souvenirs.

Michel Joiret, Le Non-Dit



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En tout, plénitude des sentiments

La signification même du titre n’apparaît qu’en fin de roman. Ce titre dénote la plénitude qui habite les protagonistes : ils sont entier
s, idéalistes, jusqu’au-boutistes.
L’auteur belge Daniel Soil est professeur de formation. Il est actuellement délégué de la Fédération Wallonie-Bruxelles à Tunis. Son premier roman, Vent vaste, lui valut le Prix Jean Muno en 2001.
1971 et les séquelles de la Guerre des Six Jours, 2011 et les bombardements : deux années marquantes à Ghazza pour Anna, Samuel, Nourredine, Jean, Elvire. Il y a des Juifs et des Maghrébins actifs, des gens qui aspirent à la paix. Il y a la Palestine et l’état juif, mais le seul parti-pris : la cause des opprimés. Il y a Ixelles et des réunions d’étudiants qui refont le monde. Il y a aussi l’amour, mais des amours violentes. Ces personnages forts émeuvent et font réfléchir sur le problème palestinien très complexe.
De nombreux dialogues émaillent le roman et suscitent l’intérêt du lecteur. Le style concis permet un maximum d’actions en un minimum de pages.

Ddh, Critiqueslibres.com, FNAC.com, furet.com



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Voilà un petit livre qui fleure bon les anciens combattants. Mais pas n'importe lesquels : les post-soixante-huitards. Avec le recul de l'âge mûr, Daniel Soil revisite ce temps, qui se situe ici en 1971 à Ixelles, où l'on découvre la vie, l'amour, 1'engagement politique.
En 102 pages ciselées par une plume élégante, il narre la maturation précoce d'un professeur de morale que ses élèves, éveillés, et des rencontres, fortes, orientent vers une problématique complexe, la question israélo-palestinienne. De celles qui vous marquent.
Tout se bouleverse dans la tête de Jean, l'aspiration naturelle à la solidarité, à la justice, le zèle débordant de ses étudiants membres du « comité », et l'irruption délectable de ce qui s'appelle l'amour. Mais l'initiation à la militance, envers et contre son amie juive, n'empêche pas Jean, le rationnel, de maîtriser son instinct, ses passions, face à ses jeunes élèves-compagnons qu'il dépasse à peine de quatre ou cinq ans.
En même temps, cet amour qui l'embrase va faire chavirer le narrateur – qui parle à la première personne – d'une femme à l'autre, d'Anna-la-sioniste à sa mère, la troublante Elvire… Avec, au bout
du compte, la révélation du destin tragique du frère de la première (le fils de la seconde), clé d'une prise de conscience qui suscite chez le lecteur un frisson salutaire.
Jean ressemble à s'y méprendre à Daniel Soil, qui a connu le même début de vie professionnelle dans ces années qui suivirent ce choc au Proche-Orient, la guerre des Six-Jours. Il réussit ici un petit miracle, car son initiation à l'amour et à l'engagement devient aussi la nôtre.

Baudouin LOOS, Le Soir



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Voici un très beau livre riche en sentiments contradictoires, en pensées adverses, et d’un subtil érotisme. C’est en outre un essai d’initiation au métier de « conservateur des traditions », qu’est le professeur lorsqu’il transmet un patrimonial savoir et d' « accoucheur des âmes », lorsqu’il tâche de révéler à eux-mêmes ses élèves. A moins que ce ne fussent les élèves, engagés dans le débat politique, qui n’accouchassent le professeur. A peine plus âgé qu’eux, Jean est professeur d’éducation civique à l’athénée de Saint-Gilles. Le voici confronté à une classe de jeunes gens de diverses origines. Parmi ceux-ci, il en est quatre qui requièrent son attention: Samuel, véhément juif, Filomeno l’artiste, immigré italien, Stéphane le pondéré et Noureddine, le rebelle palestinien. Les échanges vont bon train. Tous, ils s’accordent sur un point: la Terre est bien vaste assez pour permettre à tous les peuples d’y vivre dans la tranquillité et la sécurité. Comme toujours, cet unanimisme se dissout sur l’article des moyens. Les Palestiniens étaient les premiers occupants, tandis qu’Israël est un Etat artificiel créé par les Anglais afin de dédommager les Juifs de la Shoah. Certes, il y a eu la Shoah, crime incomparable  dans l’histoire misérables des hommes, mais la Shoah n’autorise pas Israël à commettre un déni de justice à l’égard des Palestiniens. « Tire-toi de là que je m’y mette, je suis le premier occupant…Non, la terre est à celui qui le premier l’a fait fructifier… » Aussi bien la cause du possesseur est meilleure que celle du demandeur: « Melior est causa possidentis…etc… » A ce compte, le débat est sans fait. Demain Noureddine et Samuel reprendront le flambeau, chacun pour son parti, et la guerre ne finira pas. A moins que ne survienne un providentiel cunctateur…Modérateur, c’est le rôle que se réserve parmi ces jeunes têtes échauffées un Jean prudent. Il est soutenu par un Stéphane raisonnable parce qu’il n’est pas à la cause, un Filomeno à qui toutes ces discussions passent par-dessus la tête et qui ne vit que de livres et de cinéma. A propos, avez-vous lu « L’élu »? C’est la question que pose à Jean Anna, une jeune femme rencontrée dans un bar de Saint-Gilles, piquante, et qui milite dans un mouvement de jeunesse juif. Elle lui parle de ses activités de militante, l’emmène chez elle, lui fait écouter du Mendelssohn. Elle lui fait rencontrer Elvire. Elvire est la mère d’Anna. Une très belle femme d’âge mûr, et qui a gardé de beaux traits. Elle est très sensuelle dans sa posture de mère blessée par la mort d’Antoine, son fils qui s’est donné la mort après avoir été témoin des exactions commises par les gens de »Tsahal », à Gaza, pendant la guerre des Six Jours. Jean succombera aux charmes si personnels et semblables à la fois des deux femmes. Après quoi Anna s’éloignera de Jean. Elle rejoint Samuel. Elvire, à l’occasion d’un voyage, se fixe à Gaza. Jean devient enseignant à l’école Almeeriah dans le cadre de la coopération belge. Cependant, Anna reviendra-t-elle vers Jean?…Le roman finit comme une symphonie en ré mineur, autrement dit comme il a commencé. Un très beau livre, répétons-le, au style agréable et qui est écrit avec soin. Des personnages aux caractères bien définis, le tout transcendé par les grands débats de principes qui déchirent depuis des décennies un malheureux Moyen-Orient qui n’a pas même pitié de soi. Ajoutons que cette histoire se déroule en différents endroits de Bruxelles, à qui l’auteur M.Daniel Soil déclare à chaque page son amour, et tout sera dit.

Marcel Detiège, Reflets Wallonie-Bruxelles (AREAW).



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Les paradoxes de l'engagement

S'il débute et se conclut à Gaza en 2011, ce nouveau roman de Daniel Soil se focalise sur l'année 1971, vécue à Bruxelles par Jean, le narrateur, alors tout jeune professeur à l'Athénée d'Ixelles (une commune chère à l'auteur qui la voit émouvante et sensuelle). Peu avant sa nomination inattendue, Jean et Anne, une jeune Juive férue de sionisme, se sont rencontrés et ont vécu un éblouissement mutuel. Les amoureux louent un studio et Jean fait aussi la connaissance d'Elvire, la mère d'Anne, une femme encore très appétissante et qui est, comme sa fille, très attachée à la cause israélienne. En même temps, Jean s'interroge sur la façon dont il va aborder son enseignement à des élèves à peine plus jeunes que lui. Très vite, il engage dans des échanges d'idées une classe où figurent notamment Noureddine, fervent Palestinien, Samuel, militant dans un mouvement juif, Filomeno, un fils de gueule noire ou encore Stephan, membre d'un groupe de lutte ouvrière. Des discussions passionnées, parfois vives, mais empreintes de respect mutuel, les rassemblent hors des murs de l'école, avec la participation d'Anne. Et d'Elvire dont le charme s'avère très opérant sur la personne de Jean. On verra aussi que, mis au défi de payer de leurs personnes, Jean et une Anne de plus en plus portée à une vue critique des choses, acceptent de faire entrer en Tunisie des liasses d'un journal contestataire clandestin. On reverra le couple quarante ans plus tard, alors que Jean, nommé professeur de français à Gaza, y retrouve son ancien élève Noureddine.
Ce roman empreint d'une sensualité allègre et sans fausse honte est surtout un plaidoyer généreux pour une tolérance positive. Celle où l'échange des opinions permet à chacun d'éclairer son propre chemin plutôt que de s'incruster dans des positions rigides et convenues ou, pire encore, de tout accepter pour n'avoir pas à se mouiller.

Ghislain Cotton, Le Carnet et les Instants.



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Formidable roman de convictions. d'engagements, d'amours, d'histoires, de nostalgies, d'actualités... La langue est superbe, le récit est dense, l'émotion d'un homme nous transporte au plus profond de son existence, complexe, multiple, traversée par des femmes attachantes des musiques magiques, un Moyen-Orient qui déborde à chaque page. Subtil, vif et nostalgique.

JC, Agir par la Culture




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Entré en littérature voici treize ans avec Vent faste, Daniel Soil avait déjà publié quatre romans quand les Éditions MEO (décidément hyperactives) prirent en charge la publication du présent ouvrage. Mais sa réputation et son crédit se sont aussi construits par son action soutenue en faveur des créateurs belges francophones dans le monde (au Québec, en Afrique, en Europe centrale, en Europe du sud, au Maroc, en Tunisie, où il vit actuellement).
Derrière une couverture sublimée par la photo d’une femme presque mûre au joli corps se dissimule un récit plus tragique que prévu ; pour en comprendre le titre, il faut lire jusqu’à la page 81 d’un volume qui en compte 102 (bien joué !) Ni brique ni mastic, En tout ne traîne pas, incite même à la lecture vive, tout en obligeant à une intelligence et des sensations spécifiques de chaque instant. Belle écriture donc – même si les libertés d’avec la ponctuation peuvent inutilement dérouter – sensualité toute en finesse, dialectique subtile autour de révoltes pour la bonne cause.
Considérant sa propre vie, l’auteur y puise matière à un savoureux flash-back, où le je – « un autre » bien sûr (plus sûr ?) – se prénomme Jean. Chargé, à 22 ans, d’un cours de morale, notre homme établit très vite une relation hyper-symbiotique avec ses élèves, traitant des grandes questions politiques de l’heure – spécialement le conflit israélo-palestinien, version 1971, qui nourrit l’éveil à la discussion, à l’éthique, au monde, aux amours et désamours. Cela passera vite à un activisme improvisé et se terminera par un voyage à Gaza, avec remake en 2011. De part et d’autre, cherchez la femme…
Loin de l’exposé moralisateur, le prof de morale procède par plans serrés, où les moindres gestes, les moindres détails et les répliques brèves disent mieux les choses qu’un enseignement articulé. D'ailleurs, c’est un domaine désarticulé qu’il embrasse : géographiquement certes, tant à Bruxelles, théâtre d’un suicide et de tensions diverses, qu’au Proche-Orient, où la violence suinte toujours ; dans les relations humaines aussi, car les liens paraissent d’autant plus intenses qu’ils s’avèrent précaires. Pourtant, une vérité, un sens peuvent effectuer leur visite : dans le « voyage à l’étranger » sans doute, mais surtout par le règne impérial de la mémoire, qui forçant à faire retour, dans la bienveillance, illumine les visages vieillis, mais vivants, liés à leurs prédécesseurs : en tout !

Renaud Denuit , Nos Lettres




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