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Médecin parisien,
Serge Peker
découvre l’œuvre de Félix Nussbaum lors de l’exposition que lui a consacré en 2010-2011 le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme. Il éprouve alors le désir de traverser cette peinture en la transfigurant par l’écriture.
« Felka, une femme dans la Grande Nuit du camp » est son premier roman.


Serge Peker

Felka - couverture
Tableau de couverture
Félix Nussbaum
"Felka à son chevalet"
("Felka vor der Staffelei")
© Jüdisches Museum Rendsburg

FELKA, UNE FEMME DANS
LA GRANDE NUIT DU CAMP



Roman, 2012
120 pages
ISBN: 978-2-930333-59-5
14 EUR


Un couple, Félix et Felka. Tous deux peintres. Felka, avant de mourir dans la Grande Nuit du camp, revit les principaux moments de sa vie de couple jusqu’à sa déportation avec son mari en juillet 1944. Les tableaux de Félix animent les souvenirs de Felka et lui permettent de transformer ses ultimes moments en un véritable souffle de vie et de liberté.
« Si les nazis osaient lever les yeux vers nous, ils nous verraient nous étreindre dans le lit de notre indifférence à leurs sombres uniformes. Mais ils n’oseront jamais car ce serait admettre que nous sommes les vainqueurs et qu’ils sont les vaincus. »
Ce couple pourrait être celui de Felka Platek, peintre juive d’origine polonaise, et de Félix Nussbaum, peintre juif allemand, tous deux arrêtés à Bruxelles le 20 juin 1944 et déportés à Auschwitz dans le dernier convoi ayant quitté la Belgique le 31 juillet, tous deux assassinés peu avant la libération du camp.
Le récit s’élabore en duo avec des tableaux peints par Félix Nussbaum, aujourd’hui conservés dans le musée érigé en son honneur dans sa ville natale d’Osnabrück. Plusieurs de ces tableaux sont actuellement exposés au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris dans le cadre de l’exposition « Art en guerre, France 1938-1947 » (du 12 octobre 2012 au 17 février 2013). De l’œuvre de Felka Platek, il ne nous reste presque rien.






Extrait


La mort est en mon corps. Je le sais par mes membres qui ne me répondent plus. Je le sais par mes yeux, ma bouche, mes oreilles qui ne veulent rien voir, rien dire, rien entendre de cette mort qui m'entoure dans la Grande Nuit du camp. Mais peut-être vaut-il mieux remercier mes organes de ne plus rien vouloir de ce que voulait mon corps lorsqu'il se voulait femme ?
Voir ! Ce que verraient mes yeux ne serait pas une femme, mais des membres dispersés autrefois assemblés dans ce qui fut un corps.
Dire ! Ce que dirait ma bouche serait incompréhensible.
Entendre ! Ce qu'entendraient mes oreilles serait le bruit de l'innommé.
Une femme ! Une autre que moi-même aura été une femme, mais cette mort en mon corps lui est une étrangère. Une autre que moi-même qui ne suis rien désormais qu'une diaspora de pieds, de jambes, de bras, de mains.
Un souffle, c'est tout ce qu'il me reste ! Rien qu'un souffle de vie tapi dans des débris et puis tous ces bruits d'ombres qui respirent en mon souffle comme si le monde entier était dans mes poumons.
 
Il fait nuit dans le camp. Je le sais par ces ombres. C'est là ma dernière nuit, je le sais par ma fièvre dont la chaleur enflamme mon léger souffle de vie tout en le consumant dans une ultime flambée. Cette nuit, ma dernière, il faut que je la sauve de la Grande Nuit du camp.
 
Oui ! Dire oui, Félix ! S'écarter de la mort par un oui ! Dire oui à mon souffle de vie dont toi-même fais partie, car sans toi, mon amour, je ne pourrais rien dire et ne pourrais que pourrir dans cette mort en mon corps.
Tu trembles, je le sens bien, et moi aussi je tremble, mais ce n'est pas de peur, c'est de lucidité. La fièvre me rend lucide. Si lucide, mon amour, que j'ai soif de nous deux.
Retrouver ton visage ! Ton visage oublié. Le peindre par le oui de mon souffle de vie. N'oublie pas que nous avons été peintres et que toujours la peinture nous a mis à l'abri de cette mort en grisaille qu'est l'ennui des lendemains identiques aux lendemains. Or, vois-tu, mon amour, mes bourreaux ne savent pas que je garde caché le pinceau de mes pensées dans l'invisible creux de mon souffle de vie. Même s'ils le savaient, ils seraient impuissants à me le supprimer.
Une absence, rien qu'un blanc, c'est tout ce que ma mémoire m'offre de ton visage. Faire de ce blanc une toile et par cette toile blanche retrouver ton visage.
Une touche pour commencer. Touche bleutée en forme de demi-lune ou bien encore de croche. Croche bleutée sur un fond de masque blanc ressortant de la nuit afin de détacher un trait de ton visage par lequel accrocher des portraits de notre vie.



Ce qu'ils en ont dit


Profondément touché par l'œuvre de Félix Nussbaum à la récente exposition au Musée d'art et d'histoire du Judaïsme à Paris, Serge Peker, médecin parisien, a voulu lui rendre hommage dans un premier roman.
C'est par la voix de Felka Platek, la compagne du peintre et peintre elle-même que l'auteur évoque la brève ligne de vie du couple. À Auschwitz, « dans la grande nuit
du camp », Felka sait que c'est la fin, sa dernière nuit. Dans ce qui reste de son corps délabré, seul survit son amour pour Félix. À grande peine, elle tente d'évoquer leur vie, de faire remonter à la surface les souvenus, les étapes marquantes d'une  trajectoire tourmentée. Rencontre à l'Académie des Beaux-Arts de Berlin. Ils fréquentent le même atelier mais ne viennent pas du même monde. Félix appartient à la bourgeoisie aisée, Felka vient de Pologne, d'un milieu pauvre. Les premières pages racontent la confrontation difficile de Felika avec la famille de Félix. Mais plus tard, à la montée du nazisme, ces péripéties paraîtront bien anodines. La traque commence. Felka et Félix s'exileront. En Italie d'abord, ensuite en Belgique. Ostende et puis Bruxelles. Ostende comme une respiration, une échappée où le couple conjugue contemplation et peinture. À la déclaration de guerre, Félix est arrêté comme citoyen allemand et interné en France, à Saint-Cyprien. C'est là qu'il peindra ses toiles réalistes, mélancoliques, dont le fameux autoportrait à l'étoile, comme autant de témoignages de détresse. Le peintre parviendra à s'évader et à rejoindre Bruxelles. Aidé par des amis, le couple se cachera mais sera dénoncé par un voisin en 1944. Ils partiront à Auschwitz avec le dernier convoi, le 31 juillet 1944. Ils n'en reviendront pas.
Le récit de vie se confond avec la création picturale. À chaque étape, l'auteur évoque un tableau. Portraits, natures mortes, paysages, allégories, accompagnent les états d'âme de Felka. du fond de sa nuit. Serge Peker a essayé de restituer au plus près la ferveur et les angoisses de Felka, mais ne parvient pas à éviter les préciosités et un certain maniérisme qui peuvent nuire à l'émotion.
Aujourd'hui les œuvres de Félix Nussbaum circulent dans le monde, un musée lui est consacré à Osnabrùck, sa ville natale. De l'œuvre de Felka Platek, il ne
reste presque rien.
Tessa Parzenczewski, Points critiques.

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Felka Platek était la femme de Felix Nussbaum, ce grand peintre juif allemand, et elle‐même fut une artiste, juive polonaise. Ils furent tous deux déportés à Auschwitz en juillet 1944 depuis la Belgique. C’est elle que Serge Peker fait ici parler à la première personne, à la veille de mourir. Elle s’adresse à Félix, retrace ce qui fut leur vie, et elle le fait selon un procédé original qu’invente l’auteur, à partir de tableaux de Nussbaum, peintre auquel le Musée d’art et d’histoire du judaïsme à Paris a consacré naguère une grande exposition. Deux vies
croisées, donc, dont on suit chronologiquement le déroulement, deux destinsérestitués à partir de scènes picturales qui tiennent parfois du fantasme ou du rêve. L’écriture de Serge Peker, poétique et intense, restitue ce combat de l’art, de la vie et de l’amour (tout cela ici ne fait qu’un) contre la mort, contre la barbarie.
H.R., Regards.

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Felka Platek est une peintre polonaise et juive, épouse du peintre Felix Nussbaum, juif allemand. Tous deux ont été arrêtés et déportés à Auschwitz en 1944, où ils ont été éliminés. L'auteur fait revivre à Felka, avant la mort de celle-ci, les souvenirs de sa vie de couple et de l'enfer qu'on leur a fait vivre à travers la description des tableaux de Félix, œuvres allégoriques ou qui décrivent l'enfer des Juifs sous le nazisme. Dans la grande nuit du
camp qui précède sa mort, ses souvenirs "libèrent" Felka. Et même si le livre se termine par la description du "triomphe de la mort", la dernière toile de Nussbaum, c'est la liberté de l'esprit qui triomphe.
Les peintures de Felix Nussbaum sont conservées actuellement dans un musée de la ville d'Osnabrück où il est né.
Élide Montessi, Arts et Lettres

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L’histoire en toile de fond.
Loin du polar, « Felka, une femme dans la grande nuit du camp » (4) est un hommage de Serge Peker, médecin parisien, à Felix Nussbaum, artiste juif allemand, déporté à Auschwitz en même temps que son épouse Felka Platek, peintre d’origine polonaise. S’il ne reste presque rien des toiles de la jeune femme, celles de Félix Nussbaum sont exposées. Ce sont ces tableaux qui animent les souvenirs de Felka dans ce récit où elle revit les principaux moments de leur vie de couple, qui lui permettent de transformer ses ultimes moments en un souffle de vie et de liberté.
Martine Freneuil, Le Quotidien du Médecin.


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L’auteur, médecin de son état, a vu, au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme de Paris, l’exposition consacrée à Félix Nussbaum, né à Osnabrück en 1904. Il se fait que l’épouse de ce dernier, Felka Platek, Juive polonaise née à Varsovie en 1899 et artiste-peintre également, fut déportée avec son mari, de Bruxelles à Auschwitz, le 31 juillet 1944.
Il s’agit d’un roman poétisé dans lequel S. Peker imagine Felka la veille de sa disparition et racontant sa vie fusionnelle avec Félix. Une vie où, dès la première page, la mort se sait imminente.
On a le portrait de Nussbaum vu par l’œil et le souffle d’un autre peintre : Felka.
Le lecteur apprend leur amour dès le premier instant de leur rencontre dans l’atelier de leur professeur.
Ils sont issus de milieux sociaux différents. Félix provient d’une famille bourgeoise et riche que Felka décrit dans ses faits et gestes, révélant une assurance en toutes choses ainsi qu’une générosité parcimonieuse.
Justus, le frère, un jouisseur bon enfant, figure dans le tableau.
L’opulence qui fut, la maigreur fantomatique qui est !
Félix n’aura trompé Felka qu’avec sa peinture ; pareil pour Felka.
Et les souvenirs de repasser en cette veille de néantisation : vacances à la Mer du Nord ; mariage religieux pour cause de tradition ; Yom Kippour sur le seuil d’une synagogue de Berlin ; voyage en Italie. Souvenir de l’aveuglement confiant qui ramène le couple en Allemagne ; regret de ne pas avoir fui vers les États-Unis.
S’ajoutent à cela les souffrances subies, sans compter les difficultés de faire acheminer les toiles de Nussbaum vers La Haye  en vue d’une exposition. Ceci constituera le prélude à la fuite en Belgique, non sans que les artistes « dégénérés » n’aient subi deux incendies criminels.
Difficile acclimatation à Ostende d’abord et à Bruxelles ensuite où un ami les héberge et où des commandes arrivent pour Félix.
Les Nussbaum se posent bien des questions à propos de ceux de la famille qui tentent de se procurer de l’argent afin de quitter l’Allemagne.
Puis, cette marche inexorable de la fin, quoi qu’ait pu tenter le couple pour échapper à la toile d’araignée.
Ce « roman vrai » poétisé offre une synthèse de ce que furent les chemins exiliques des Juifs persécutés par la Nuit et le Brouillard du nazisme.
Quand l’auteur, transporté par les toiles qu’il a vues au Musée, raconte ses interprétations picturales, le lecteur qui a vu l’exposition, peut ne pas s’y retrouver, tenaillé qu’il est par ses propres interprétations.
Preuve que la peinture triomphe.

Bienvenue chez Claire Bondy, www.sefarad.org/clairebondy/index.php.


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Ce livre est un belle lecture, touchante. C'est une jolie déclaration d'amour d'une femme à son mari dans une période noire de l'histoire.
L'écriture est complexe, poétique, et assez perturbante pour moi qui ne suis pas habituée, mais plaisante.

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Il y a des livres qu'il est compliqué de lire d'une traite même s'ils sont courts, c'est le cas de Felka une femme dans la grande nuit du camp. Cette lecture est éprouvante émotionnellement mais magnifique. Je n'ai réussi à le lire qu'un ou deux petit(s) chapitre(s) à la fois. L'histoire est dure et émouvante. L'écriture est très poétique. L'association de cette écriture aux mots si touchants et de cette longue lettre d'adieu crée un texte détonnant et très beau. Une belle lecture à savourer quand on a le cœur accroché.

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L'histoire d'un homme et d'une femme amoureux mêlée à l'histoire avec un grand H... le H de l'horreur nazie
Un roman qui s'inspire de la vie de Felka et Félix, peintres juifs tous les deux, amoureux et condamnés à mort par les nazis
Un roman qui trempe sa plume comme on trempe son pinceau pour peindre (…)
L'histoire est magnifique… et l'idée d'ériger ce récit en trio (les œuvres d'art des protagonistes, leur histoire d'amour et leur mort annoncée) est émouvante. L'on sent que l'auteur a été bouleversé par le destin de Felka et Félix.





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