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Après une enfance africaine,
Liliane Schraûwen
a fait des études de lettres qui l’ont menée à l’enseignement et à l’écriture.
Elle est l’auteur de plusieurs romans et recueils de nouvelles publiés en France et en Belgique, ainsi que d’une enquête historique sur la mort mystérieuse du pape Jean-Paul Ier et de plusieurs ouvrages consacrés aux Grandes Affaires criminelles de Belgique, qui a connu un net succès.
Elle a également été directrice de collection aux éditions Marabout. Nègre et rewriter à l’occasion, elle s’occupe de coaching littéraire.
Elle a obtenu le Prix littéraire du Parlement de la Fédération Walonie-Bruxelles et le Prix Emma Martin.

Liliane Schraûwen

La fenêtre
Photo de couverture :
© Liliane Schraûwen

LA FENÊTRE

Roman, réédition, 2017


112 pages.
ISBN: ISBN : 978-2-8070-0122-0
14,00 EUR

978-2-8070-0123-7 (PDF) –  978-2-8070-0124-4 (ePub)



Une femme est assise devant un mur blanc. Elle se tait, elle attend. Que le temps passe, que la mort vienne, que le froid s’installe. En elle pourtant grouillent des choses du passé, vivantes, tièdes, terribles parfois. C’est la vie, cette vie dont elle ne veut plus et qu’elle a voulu fuir une fois pour toutes.
Mais où cela se passe-t-il ? Quel est donc cet univers où rien ne bouge sinon le souvenir, quelquefois, et le rêve ? Que fait-elle là, cette femme sans nom, devant le rectangle gris d’une fenêtre vide ?
Dehors, pourtant, il y a le soleil, le vent léger, et les cris des enfants.
Il suffirait peut-être d’ouvrir la fenêtre…
Publié pour la première fois en 1994, ce deuxième roman de l’auteur a obtenu le Prix littéraire du Parlement de la Communauté française de Belgique (Fédération Wallonie-Bruxelles). Il était introuvable suite à la disparition de ses deux premiers éditeurs.






PRIX DU PARLEMENT DE LA FÉDÉRATION WALLONIE-BRUXELLES



Extrait


Maintenant, c’est le matin. Du moins, je crois bien que c’est le matin. Devant elle, il y a une journée sans but, plus désertique que la plage de son enfance, plus vide que la première page d’un cahier neuf.
Pourtant, je me souviens qu’il y a eu, à une époque, des tas de journées pleines, remplies à craquer de travaux, de repas à préparer, de lessives à terminer, d’enfants à habiller, à nourrir, à aimer… Quand était-ce ?
Il y avait une maison remplie de vie, de cris, de rires et de disputes. Il y avait sans cesse du bruit, des chansons, de la musique, des conversations. Il y avait tout plein d’enfants, trois, quatre, elle ne sait plus. Le temps était trop petit, les jours avaient trop peu d’heures et les heures trop peu de minutes, de secondes, pour venir à bout de toutes les tâches en attente. Elle était active alors, et même elle aimait cette agitation permanente, cette nécessité de passer sans cesse d’une occupation à une autre. Oui, elle aimait cela, je crois bien. Elle ne rêvait pas, ne songeait plus guère aux matins d’enfance que furtivement, devant les frimousses des petits, devant leurs regards comme en attente et qui se remplissaient si vite de joie ou de larmes…
L’enfance. La vie immense et inconnue, toute chargée de promesses tel le vent léger du soir, qui ride à peine l’eau du lac et se répand sur les jardins, tiède du parfum des fleurs exténuées. La petite fille adorait ce moment fugace et rapide où le monde respire et s’ébroue une dernière fois avant la profonde nuit tropicale, vibrante de bruissements et des senteurs de la terre qui s’endort.
Elle aimait aussi les matins rayonnants et déjà chauds, juste après le lever rose du soleil sur le grand lac laiteux rayé parfois du trait fin d’une pirogue de pêche. Elle s’étirait et regardait ce rose orangé et cette brume douce sur l’eau, elle était heureuse alors, sans le savoir, comme les bêtes assoupies qui remuent doucement. La tête pleine de rêves et d’histoires et d’horizons inconnus, elle attendait vaguement, sans savoir quoi, toute chaude encore de sommeil.
La vie. C’est la vie qu’elle attendait, comme font les enfants. Elle allait grandir, partir, voyager, aimer. Elle deviendrait une star de cinéma ou une exploratrice célèbre, les gens l’aimeraient, l’admireraient, et chaque instant de chacune de ses journées serait intense et vif, brillant comme le bonheur. Elle aurait des enfants, sûrement, avec qui elle jouerait au soleil des heures durant, sans jamais les gronder, sans laisser personne les frapper ou leur faire du mal.
Je me souviens de cela aussi, de cette plénitude dorée et de cette attente incertaine, de toutes ces aubes fondues en un seul matin, le premier du monde.




Ce qu'ils en ont dit



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Publié en 1994 sous le titre « Briser la fenêtre », revoici le deuxième roman de Liliane Schraûwen réédité sous son titre original. Récompensé par le Prix littéraire de la Communauté française de Belgique (aujourd’hui Fédération Wallonie-Bruxelles !), il était introuvable dans les commerces. Sans hésitations, les éditions M.E.O. ont décidé de l’exhumer pour permettre aux lecteurs de redécouvrir un ouvrage qui traite de la vie avec son accumulation d’instants graves et de moments de liesse, du temps qui fuit inexorablement et du regard que chacun porte dans le miroir du passé. Une femme sans nom songe aux années qui défilent et agite le spectre des souvenirs, faisant grouiller mille détails qu’elle a du mal à contenir. Emmurée dans des idées hermétiques, elle pourrait se libérer en ouvrant la fenêtre de son existence et vivre au présent, profiter du soleil qui irradie dehors, du bonheur contagieux des enfants qui jouent et qui rient, de la proximité de voisins qui ne demandent qu’à nouer des liens. Parabole qui traite de la solitude, ce récit un peu grave est avant tout une invitation à saisir la vie à deux mains, de lâcher les rênes de la nostalgie et d’aller de l’avant. Non, vieillir n’est pas une malédiction et la fuite n’est pas une solution ! La vie est belle et elle mérite d’être vécue. Il suffit de s’y préparer à nouveau…

Daniel Bastié, Bruxelles-Culture


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Reflets dans la glace

Le matin d’un nouveau jour est comme une p(l)age blanche, caractérisée par le vide, le regard qui se perd dans le vague, dans la vague. Page et plage ramènent la séquestrée qu'est la narratrice à l’enfance. À cet effet, on a placé devant elle du papier, de quoi écrire et effacer.
Séparée plus que séquestrée, car elle n’a commis aucun mal. Séparée d’elle-même pour commencer, car, pour parler de sa vie dont elle est doublement éloignée, par le temps et la distance, elle utilise tout à tour la première et la troisième personne. Elle se nomme alors d’une seule lettre anonyme, L. Sans identité propre, il lui faudra du temps pour (re)donner des prénoms à ses enfants dont le nombre n’est d’abord pas clairement exprimé. Et cette indécision sur le nombre a une cause douloureuse.
Page après page, de souvenir en souvenir jamais totalement assumés car les vivre comme personnels est encore trop pénible, et, en partant de l’enfance, la narratrice va reconstituer le puzzle de sa vie de fille, de femme et de mère. Pour se trouver et se reconnaître à travers les différentes épreuves de son existence. Transformer le carré gris de la fenêtre en rectangle de vie, les glaces en miroirs.
Les glaces, c’est différent. Ceci est une glace. L peut y voir son reflet qui la regarde, froidement, comme du fond de l’eau. Mon reflet emprisonné par la glace, gelé à jamais, saisi tout vif et figé dans ce carré brillant qui est peut-être un cube. C’est très dangereux de laisser ainsi une image vivante de soi captive pour toujours. Et si la glace fondait ? Si l’image se réchauffait et prenait vie, même contre moi ?
En attendant, elle a devant elle le carré terne d’une vitre qui la sépare du monde, du présent. Un grand pas sera franchi, à double titre, quand elle s’en approchera pour regarder dehors. Pour aller de l’intérieur de soi à l’extérieur, il lui faudra du temps, de l’aide, du soutien, de cette force de l’enfant avant de naître, qui, pour sortir de l’intérieur de la mère, va traverser le couloir vers la lumière.
Le livre, dédié au vide, à l’absence, a été édité une première fois en 1994 puis une seconde en 1996, pour obtenir alors le Prix du Parlement la Communauté française de Belgique (actuellement Fédération Wallonie-Bruxelles) et être aimé de l’écrivain préféré de son auteure, J.M.G. Le Clézio.
Il ressort aujourd’hui à la lumière aux éditions MEO et est toujours d’actualité car l’enfermement de l’homme et, plus particulièrement, de la femme, dû à des facteurs divers, est intemporel. Liliane Schraûwen a su, qui plus est, trouver les bons mots, la forme juste, entre fable et récit, pour les rendre sensibles au lecteur, presque palpables, à tout jamais libérateurs.

Éric Allard, Les Belles Phrases


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Lecture difficile, il s'agit d'un roman bien sombre, l'histoire d'une femme dont l'auteur ne nous donne que l'initiale de son prénom l'.L est une petite fille ayant un père brutal et qui l'humilie, L. se réfugie dans ses rêves. Elle devient femme, rencontre son mari, a des enfants, puis son mari se met à la frapper, l'histoire se répète. L. veut mourir, mais "on" l'en sort, L. est alors placée dans une institution pour se soigner, elle ne parle plus. L. passe son temps dans ses pensées qu'elle nous livre, pas drôles ses pensées.
Dans sa chambre, une fenêtre, fermée, pas de poignée, avec derrière un ciel gris. L. ne s'est jamais approchée de cette fenêtre qui lui fait peur, cette fenêtre représente le monde extérieur, celui dont elle a une frousse bleue.
Le livre se termine par cette phrase dite par L. "Je voudrais qu'on brise la vitre. Je veux qu'on ouvre la fenêtre". Et on peut espérer l'espoir d'une vie meilleure pour L.
J'ai été happée par les pensées de L. Elles sont tellement "vraies", elles parlent tellement bien de la souffrance de L. que je me suis demandé si ce L. qui correspond à la première lettre du prénom de l'auteur n'était pas l'histoire de l'auteur, mais c'est un roman, pas une biographie. J'ai lu ce livre avec beaucoup d'attentions, il m'a remuée au plus profond de moi au point que j'ai parfois eu "mal". Merci Liliane Schraûwen.

babounette, Babelio

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Chant en duo puis en solo, a la première et à la troisième personne du singulier. Le livre parle de L. et de sa vie passée et présente. Qui est « elle »? Qui est « je » ? une schizophrène ? une démente ? une dépressive ? Ça parle de maternité et de la souffrance de l'absence des enfants, de l'amour et de la violence, de la famille et de son absence, des bonheurs de la vie et des coups reçus.
Un livre compliqué à suivre, à l'écriture cependant hypnotique. Un livre désespéré et sans réponses...

melul380, Babelio


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Le lecteur est frappé d’emblée par la haute qualité stylistique de ce texte. Ainsi, l’emploi contrasté des temps et des modes, on passe sans transition de l’indicatif au conditionnel, du présent au futur ou au passé simple, ce qui est un peu déroutant au début, et puis l’on s’y fait, et cela rend fort bien le désarroi de l’héroïne : le temps grammatical devient lui-même une sorte de mixte où tout se confond. Il en va de même des pronoms et des personnes : tantôt la première, qui donne au récit des allures d’autobiographie, et puis un personnage d’abord un peu énigmatique, L, qui, toute comme le K de Kafka donne au récit l’allure d’un apologue, légèrement exemplatif : au travers de L, ce sont tous les enfants malheureux, toutes les femmes battues, toutes les femmes internées en clinique psychiatrique, qui prennent le devant de la scène, et ne vont plus nous lâcher. L =Elle. L parle d’elle. Ou bien c’est l’inverse. Des procédés qui agrippent le lecteur avec une force de conviction sans égale.
Mais y aurait-il la une sorte de fatalité, de « C’était écrit » contre lequel on ne peut se rebiffer ? Non, bien sûr. Il y a la force du destin, mais il y a aussi la force des humains, camarades. Il y a ces quelques mains tendues au travers du récit, ces regards d’abord timides et qui peu à peu se posent avec plus d’assurance. Et nous voilà ainsi conduits, de chute en chute, d’échec en échec, de reprise en reprise, à cette belle finale :
Tu comprends, ses enfants ont besoin d’elle, peut-être.
Les enfants l’attendent, quelque part, mes enfants m’attendent.
Ils nous attendent, L et moi.
Elle et moi.
Nous.
Je.
Je voudrais qu’on brise la vitre. Je veux qu’on ouvre la fenêtre.

Joseph Bodson, AREAW


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Chant en duo puis en solo, a la première et à la troisième personne du singulier. Le livre parle de L. et de sa vie passée et présente. Qui est « elle »? Qui est « je » ? une schizophrène ? une démente ? une dépressive ? Ça parle de maternité et de la souffrance de l'absence des enfants, de l'amour et de la violence, de la famille et de son absence, des bonheurs de la vie et des coups reçus.
Un livre compliqué à suivre, à l'écriture cependant hypnotique. Un livre désespéré et sans réponses...

melul380, Babelio


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Une (deuxième) réédition de La Fenêtre, de Liliane Schraûwen.
Un cas dont l’évocation me trouble. J’ai eu jadis une profonde estime et une amitié sincère pour l’auteure, qui fut en quelque sorte mon premier coach littéraire, ma première éditrice. Je l’avais découverte avec ses deux premiers romans, La Mer éclatée (parue chez Régine Deforges, finaliste du Rossel… en compagnie de son éditeur d’aujourd’hui !) et ladite Fenêtre (première version, en 1994, chez l’ésotérique SPE). Si le premier me paraissait alors légèrement fabriqué (pour faire jeune/moderne), le second, celui qui se représente à nous donc, par l’entremise avisée de Gérard Adam, était d’une écriture superbe : « Ce doit être le matin. Une journée vide s’étend, vide comme une page blanche, vide comme une plage déserte. Jadis, il y eut ainsi des plages blanches où il faisait bon courir sous le soleil. Les pieds nus sur le sable tiède, le matin, quand la chaleur n’est pas encore trop forte ; les vagues qui dessinent à l’infini un liseré sans cesse effacé, sans cesse retracé ; des herbes sèches rejetées par les flots, où le feu prendra si bien au soir. Et une enfant ivre de liberté, une petite sauvage solitaire qui court, court sans fin, se jette sur le sable pour rêver, scrute le fond d’un ciel immuable… Sur la plage nue de l’enfance, dans l’or des vacances, elle posera son empreinte légère, elle construira des châteaux fragiles et magnifiques, elle allumera un grand feu avant la nuit. Elle courra éperdument, caressée par le vent, polie par le soleil, petit oiseau rapide et fou… »  Oui, j’avais adoré La Fenêtre, malgré sa noirceur et son désespoir. Le livre rapportait, et avec quel panache ! les grandes et petites misères de la condition humaine, je pénétrais dans l’intimité d’une femme et ça m’élargissait. Qui est-elle et qu’a-t-elle subi, perdu ? J’allais beaucoup lire l’auteure dans les années qui suivirent et même lui consacrer un article très élogieux dans la revue Indications (qui a enfanté aujourd’hui la plateforme culturelle Karoo), je pensais que ses qualités hors normes (une écriture fluide et belle, une capacité à narrer de manière vive et spirituelle, une vaste culture et une intelligence remarquable, des louches d’humour et une admirable force de travail) allaient l’imposer parmi les étoiles de notre littérature. Il n’en fut rien, cependant, et j’incriminais d’abord les aléas du métier avant de saisir l’intrinsèque. Liliane, au niveau du fond, est obsédée par sa propre histoire/tragédie. De livre en livre, elle porte non les malheurs du monde mais ses malheurs, un peu trop. À un point tel que La Fenêtre, à peine ouverte aujourd’hui, me tombe des mains, non d’ennui (ses lignes, sensibles et délicates, appartiennent à l’or du temps) mais d’émotion, venant de lire, quelques jours plus tôt, une recension du dernier livre de Liliane. Et celle-ci mettait en exergue un passage qui évoque… la même déchirure. Bref, Liliane Schraûwen a le potentiel pour écrire ce grand livre belge francophone qu’on attend tous (enfin, moi !) mais elle s’apparente à une traductrice surdouée dénuée d’imagination, handicapée en sus par une difficulté à s’attacher à d’autres personnages, à leur donner une chance. Il lui faudrait un scénariste, somme toute, déléguer. Son talent, intact et parfois transcendant, se découvre au hasard d’une nouvelle (NDA : l’une d’elles, dans un recueil paru chez Quadratures ou Luce Wilquin, rubriqué sur ce blog, était peut-être la plus ciselée lue côté francophonie ces dix dernières années) voire d’une commande, quand elle baisse la garde, suit un cahier de charges, un thème imposé. Alors de grands noms pâlissent face à elle. Furtivement. Mais. Je vais relire. Essayer. Car La Fenêtre, c’est un classique de nos Lettres, à mes yeux. Un cri lacérant l’absence et le silence. D’ailleurs, l’épigraphe : « Au vide, à l’absence. » a des allures de mise en abyme. Du roman et d’une œuvre.
En conclusion, un grand bravo à Gérard Adam, qui offre la possibilité de redécouvrir deux bijoux de la littérature belge, restant fidèle à son niveau d’exigence d’écriture et remarquable quant à l’accompagnement des textes assumés.

Philippe Remy-Wilkin, blog.










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