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Philippe Leuckx

Après des études de lettres et de philosophie, Philippe Leuckx a consacré son mémoire de licence à Marcel Proust avant d’enseigner au C.E.S. Saint-Vincent à Soignies.
Poète, critique, il collabore à de nombreuses revues littéraires francophones (Belgique, France, Suisse, Luxembourg) et italiennes. Ses fréquents voyages ont constitué les sources d’une œuvre poétique forte aujourd’hui d’une quarantaine de recueils, dont plusieurs ont été primés.
Certaines de ses œuvres ont été traduites en italien et en croate.


Philippe Leuckx

Lumière nomade
Photo de couverture :
© Philippe Leuckx


Lumière nomade

Poésie, 2014

56 pages
ISBN 978-2-930702-90-2
12 EUR

Préface de Monique Thomassettie

La lumière, l’ailleurs, des impressions, des images de voyage avec Rome comme fil conducteur de ce nouveau recueil.
« Chez Philippe Leuckx, la magie heureuse des mots s’apparente à la dentelle (…) Dès lors, l’exil est douceur, et non douleur (…) » (Monique Thomassettie, extrait de la préface)
« Une écriture fluide, en clair-obscur. C’est une oeuvre enchantée », (Jean-Luc Wauthier, président du jury du prix Robert Goffin).


Prix Gauchez-Philippot
Prix Robert Foffin

EXTRAITS


Lumière nomade, oui…

Lumière nomade, oui, le long de ces rues romaines que divers séjours m’ont rendues proches comme des voix aimées.
Je sens sous mes mots la juste lumière de chacune d’entre elles. Avec des préférences (mais qui n’en a pas ?) : Panisperna d’une géométrie brisée, Bodoni avec ses immeubles presque identiques, tant d’autres...
Rome et ses particules de beauté.

*

J'entrevois, dans ce peu de lumière…

J’entrevois, dans ce peu de lumière, quelques visages aimés, pâles effigies passées, traces de mémoire. Comme en ces photographies qui ont vécu le plus sombre de leur temps au fond d’un tiroir. Et soudain le souvenir s’ouvre à moi, comme d’un coffret préservé : le moment dense retrouvé dans l’assise d’un parfum ou au clair mouvement d’un rideau vers la mer.
Ce filet de temps à peine dérobé de sa matière d’exil.
Cette prouesse en nous renouvelée d’une heure disparue, peau et corps.



CE QU'ILS EN ONT DIT


« Ici, l’écriture est plus fluide, en clair-obscur. C’est une oeuvre plus enchantée », continue Jean-Luc Wauthier, président du jury. Et Philippe Leuckx d’ajouter: « J’y évoque des impressions, des images de voyage avec Rome comme fil conducteur. »
L’écrivain a déjà publié une vingtaine de recueils même s’il a débuté sur le tard. « J’écris des textes depuis l’âge de 8-9 ans. Mais j’ai été longtemps insatisfait de ce que j’écrivais. Ce n’est donc qu’à 38 ans que j’ai envoyé mon premier poème et naturellement j’en ai envoyé d’autres ensuite. Car je voulais que mes textes aillent plus loin que dans mes tiroirs. »


L'Avenir, extrait d'un article consacré à la remise du Prix Robert Goffin

*

Livre nomade
Le titre de ce recueil est porteur d’un beau concept qui, on le verra, touche aussi au livre.
Lumière nomade que celle qui s’ajuste à chaque rue romaine, que le poète ressent comme autant de voix aimées. Cette lumière qui, suivant les différents moments du jour, de l’aube (« cette lumière cinglante de gouache unie ») au coucher (« cette lumière qui tombe en dentelles »), conditionne l’apparition du verbe, la remémoration.  
La ville, comme souvent chez Leuckx, est aérienne, traversée de rues et de rumeurs; elle assure le lien entre ciel et terre, entre passé et présent.
L’espace de la ville est mis en concordance avec le temps.
Surtout les murs, linéaires, « qu’on longe comme sa vie », se prêtent aux métaphores temporelles.
« Ce petit pan de mur aux groseilles qui m’ouvre en deux le passé... »
« Les murs anciens où grimpent les souvenirs »
Les murs n’ont pas seulement des oreilles ; « Les murs se parlent ». C’est le lieu poétique du chemin et de la parole.
Le temps leuckxien est un temps lié, parcouru d’ombres, d’ondes de souvenirs, qu’il s’agit de recueillir par le biais des mots en liaison avec une lumière propre, providentielle et hasardeuse.
« Sache tenir au souvenir comme à une souche. » lit-on. Et à la lumière comme à une source, est-on en droit d'ajouter.
Si on se perd dans un endroit, on se perd dans le temps, dans les « plis de l’espace », là où « nos années dérivent »...
La tâche poétique va consister, « au gré des mots, de la parole », à convertir  ces pertes de temps en « perles de temps ». Le poème dont « on ne sait presque rien » sinon qu'« on naît presque avec lui » désenfouira les souvenirs blottis dans le sable des jours.
Tâche incertaine, mais qu'on ressent comme nécessaire, soumise au gré des parfois, à laquelle s’attelle le « traceur d’aube, traqueur d’ombre », toujours intranquille, donc pessoien, qu’on peut sans risque d’erreur identifier au poète voire à l’homme.  Car sa « langue n’en aura jamais fini avec le temps. »
Autrement mieux dit : « Les mots sont toujours cette patience ajournée, une lumière qui troue certains doutes, quand le noir descend à plus d’encre encore. »
C’est à Rome que le poète rêve d’un livre nomade qui « accueillerait toutes les rencontres, la canicule, les hauts murs, la muraille, les parcs, les ruelles oubliées, les quartiers désertés, le soleil sur la périphérie, les places, les églises. »
Ce livre envisagé fait penser au projet de Livre de Mallarmé mais comme confiné aux aventures du soleil et d’une ville qui aurait les dimensions d'une existence.
Et l’humain dans tout cela ? Autant d’ombres et d’énigmes à déchiffrer, « des silhouettes qui se déplacent comme des calligraphies » derrière les fenêtres ou par les rues, qu’on « aimera déjà (…) d’avoir perdu », et dont « on ne saura presque rien »…
Le recueil glisse, d’une page à l’autre, de la prose, certes poétique, au poème en vers, à moins qu’il ne s’agisse encore de phrases. C’est dire si Leuckx interroge aussi la forme et l’histoire du poème, qu’il adapte subtilement à son propos.
Dans Mythologies, Barthes écrit (à propos du visage de Garbo) :
 « Le masque n’est qu’addition de lignes, le visage, lui, est avant tout rappel thématique des unes et des autres. »
Dans le même ordre d’idées, on peut dire que Philippe Leuckx a écrit un livre-visage, où, d’un poème à l’autre, des thèmes se répondent, convoquant tous les sens, en un brassage mélodique de quarante-sept textes. Lumière nomade est, pour le dire simplement, un beau livre sincère et secourable à lire à relire comme un visage aimé, « si proche, si lointain », dans  « l’air et les parfums du soir », « avec ce peu de vent / et d’espace ouvert » sur les pages d'une vie.

Éric ALLARD, Les Belles Phrases et Babelio



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Signalons d’emblée que Philippe Leuckx a reçu le prix Robert Goffin pour ce recueil, et que ce prix est largement mérité : c’est l’un de ses meilleurs.
Dès le titre, alliance inattendue de deux termes non pas contradictoires, un peu appariés même, puisqu’en termes de religion on parle souvent de « marcher vers la lumière ». Mais cela suppose une lumière fixe, et un marcheur qui bouge. Ici, c’est la lumière qui est nomade. De même, dès le premier poème, trouvons-nous l’alliance du son et de la lumière. Cette lumière passe par ses mots, à travers lui.
A la page 8: nous sommes tous vivants et fraternels dans cette diversité: tous en train de cheminer. A la page 9, Le souvenir s’ouvre à moi comme d’un coffret préservé : ceci est éminemment proustien. La dialectique de l’oubli et du souvenir, les intermittences de la mémoire qui réveillent les impressions sensorielles.
Mais il s’agit là d’une mémoire qui se nourrit de choses très concrètes et quotidiennes, des visages, des odeurs, des rues, des prénoms. On le sent proche d’un Christian Bobin,d’un René-Guy Cadou.
Ainsi, à la page 13: Rues de Rome,si proches, si lointaines, toutes en mon cœur. Comme chez Proust encore, le nom du lieu,, et les rues de Rome constituent ici en quelque sorte une allégorie, ou mieux une hypostase de la mémoire. A la page 15 encore, À peine un chemin pour épauler la mémoire. Nomade, proche et lointaine à la fois, au risque de se perdre. Le titre trouvera encore à la page 22 un beau développement. La lumière nomade, c’est en fait celle-là, entre chien et loup, où l’obscurité et la lumière se répondent et se confondent, jusqu’à brouiller les cartes. Il en va ainsi aussi des intermittences de la mémoire et de l’oubli.
A la page 23, c’est un enfant qui devient le regard principal – et tout dans ce texte-ci épouse la douceur de l’enfance.
Une écriture très fine, très soignée, très soigneuse, et passant comme au peigne fin les sensations, les mots qui cherchent à les traduire. Un travail qui est fait en tramail aux mailles très serrées.
A la page 35 sont évoqués les rapports entre le poète et le poème, dans le même clair-obcur que pour la mémoire. On se voit soi-même dans une lumière intermittente, nomade. Et à la page 43, l’antinomie nuit/jour, lumière/obscurité, présence/oubli est nouée, en termes plus assurés, aux lignes plus franches.
Il terminera à la page 53 par la vanité du je, tout étant vanité, en fin de compte, comme dit l’Ecclésiaste, mais n’est-ce pas la quête elle-même d’une lumière, quelque nomade qu’elle soit, qui est en nous ce qu’il y a de plus ferme et de plus assuré?
Et je me suis moi-même perdu un peu au hasard des poèmes, comme on s’égare dans les rues d’une ville familière…invite sans doute à revenir, re-parcourir, et se reperde.
 
Joseph Bodson
, AREAW


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Ce qui se cache au fond de Rome

Promeneur à l'écoute, le poète Philippe Leuckx arpente les rues de Rome à l'affût de traces de vie à noter dans un carnet de route. Textes sur les gens de Rome, les marcheurs et piétons qui s'y déplacent, écrits et décrits comme appuyé à sa fenêtre : les rumeurs vagabondes se répandant dans la ville, la ferveur de la foule, le brouhaha des transports, la musique montante, le souffle du vent tiède. À partir des multiples visages étrangers ou amicaux croisés près de la Madonna dei Monti, du Trastevere, de la ruelle du Cèdre, aux abords des berges du Tibre, au bas d'un escalier, dans l'alignement des rails, sous le portique de Marcello ou devant le Colisée, il croque des instantanés d'une ville envisagée comme « un livre d'où la foule émerge ». À la fois profonde et complexe, Rome lui apparaît non pas comme la carte postale connue de tous, mais celle qui « entre les toiles baissées et les serviettes froissées » ouvre des passages propices vers une nuit invitant à « graver à vif de brefs poèmes ».
Succession de textes en prose poétique écrits à une table de la terrasse d'un bar. Philippe Leuckx voyage dans la ville en observant ses rues et ses traverses, mais surtout ce qui se cache derrière elles : le « point de solitude », « l'autre bout de la vie »« les enfants boivent de la lumière ». Attentif aux rumeurs « invisibles », il tente de percer la Rome intime, entre les « rumeurs du ciel » et les « lampes qui frétillent ». Écoutons le poète : « Ici l'exploit n'est pas de vivre dans l'essaim éclatant des rues fauves mais d'en butiner en silence bien après la matière, comme quand cheminent sans partage coeur et raison, au bord du risque. »
Insufflant un nouveau rythme au recueil, les poèmes qui le clôturent marquent le temps de réflexion dans l'écriture. Le moment où ces brefs instants ont été assimilés et digérés. Où, à partir du « grand ventre commun » que « la nuit a fait de nous », le livre attendu s'est formé dans la quiétude retrouvée. En toute beauté.

Mélanie Godin, Revue Sources


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« Rome, me disait un ami érudit, est un grand estomac qui peut tout digérer, parce que son suc profond est baroque. »
Philippe Leuckx aussi, à sa manière, est un érudit. Lecteur prolifique, cinéphile, chroniqueur, enseignant, et surtout poète, il déploie depuis toujours une activité culturelle rare. Rare mais jamais pesante, car Philippe mène tous ses travaux tambour battant, mû par l’enthousiasme du partage. Comme celui qui écrit ces lignes et qui a eu le bonheur d’y séjourner en sa compagnie, notre poète est un Romain de cœur, d’esprit et de foulées. Il marche abondamment dans cette ville étrange, avide d’y rencontrer partout ces « particules de beauté » que seules peut-être Rome ou Stockholm parviennent à sortir du fatras et à unifier dans la splendeur de leurs lumières respectives.
La lumière de Philippe Leuckx est bel et bien nomade. On ne doit pas seulement ce constat au beau titre de ce recueil, mais à la façon d’abord, dont ces poèmes à la prosodie simple, glissent savamment sur les rues romaines, sur les Romains eux-mêmes, sur la poussière de Rome. S’il ne fuit pas les sites de prestige, l’intime de la Ville éternelle sait aussi qu’il trouvera plutôt le génie de la cité dans la lumière biaisée des petites rues peu fréquentées par les touristes. « On quitte la ville. On en perd très vite les traces. Les rues deviennent sèches… » et voilà que ces poèmes rendent compte aussi d’une certaine misère des banlieues.
« Peu importe, écrivait pour sa part André Dhôtel, un auteur familier de Philippe Leuckx, qu'on trouve ou non l'espérance au-delà des mers.  Il faut la saisir d'abord le long de ces immeubles monotones. Alors on sera sûr qu'elle est partout répandue. » Et ledit Philippe Leuckx serait peut-être surpris que je le range parmi les écrivains du spirituel. Car de tous temps, les mystiques se méfient du sensible. Ils cherchent la lumière partout présente. Mais le paradoxe de cette quête est que la lumière ne se voit pas. Elle donne à voir. Elle vient le matin et s’estompe quelques heures plus tard. Elle témoigne de ce qu’elle n’est pas, comme le poème, dont la vocation, sous la plume généreuse de notre auteur, consiste à la fois à dire l’instant et la fugacité  qui lui est inhérente :
« Les jardins ont versé avec leurs fruits d’ombre, leurs arbres dépeuplés. On reste là dans une demi-lumière douce, presque fruitée tant l’air nous couvre (…) » (p. 29)
On reste là, dans ce livre aux beautés multiples, aux beautés qui, comme celles de la musique se révèlent en s’estompant… On reste là, un peu pantois, muet. Certes, la vie est difficile, mais le bonheur existe. Certes on avale la poussière, mais la lumière perpétue un don. Certes, les pages tournent, mais la poésie reste. Merci, Philippe Leuckx.

Lucien Noullez, Recours au Poème.

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« On aime la lumière et la vie sourd d’elle », affirme Philippe Leuckx dans son dernier recueil, « Lumière nomade » , qui vient d’obtenir le prix Robert Goffin. L’auteur, qui rêve « d’un livre nomade, qui accueillerait toutes les rencontres », propose un vagabondage dans Rome – qu’il aime de toute évidence – mais aussi dans sa mémoire, puisqu’il semble « tenir au souvenir comme à une souche ».
La lumière, donc. Sans doute faudrait-il écrire « les » lumières, car elles sont multiples. Il y a celle « qui tombe en dentelles » comme souvent l’écriture à la fois dense et légère de l’auteur, ou « cette espèce de lumière neuve / qu’on sent sur la peau / qu’on épelle par le beau prénom de l’été », c’est là le côté solaire d’un poète qui connait aussi « ce sentiment de perte, inaltérable » quand nos années dérivent. Et qui achève son livre sur le mot « imparable ».
Oui, il y a dans la lumière, quand « l’oiseau en nous manque d’ailes », de la mélancolie et comme un tremblement qui tient les choses et les gens à distance : « que savons-nous des silhouettes qui se déplacent comme des calligraphies ? » demande Philippe Leuckx.
Dans ses poèmes, passe aussi ce vertige du temps qui nourrit un André Hardellet, écrivain cher à son cœur. L’écriture ainsi ouvre des voies, cherche des passages, et creuse : « Les mots sont toujours cette patience ajournée, une lumière qui troue certains doutes, quand le noir descend à plus d’encre encore ».

Michel Baglin, Texture.


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Depuis qu'il a été invité pour un stage d'écriture à la villa Medicis, le poète Philippe Leuckx ne cesse dans ses textes et ses recueils d'évoquer Rome et son ambiance. Il en est devenu proprement amoureux et cela m'enchante. Son dernier recueil cependant, malgré son illustration de couverture, très italienne et ensoleillée, peut être lu sans penser à la ville aimée, comme de la poésie éternelle, celle qui n'a ni lieu ni époque. Ce n'est pas, comme trop souvent dans le passé et comme trop en notre temps de chaos social et de tant de paix compromises, la louange des fleurs et petits oiseaux ni l'évocation politique engagée, mais un chapitre nouveau de l'humain vrai, trop absent aujourd'hui quand on se range aux modes !
Lumière nomade est un livre où le lecteur se retrouve avec ses aspirations et même ses manques : « En passant la main sur le corps des choses, la vie bouge. » Je disais plus haut l'humain et le poète confirment ces deux propriétés, que j'inverse avec plaisir : manques et aspirations : « Les pieds sont trop lourds et l'oiseau en nous manque d'ailes. » Je cite un peu plus long pour mieux conclure la poésie et la vie actuelle de l'auteur : « On a beau rassembler les années en brassées et se les offrir en rappels sur des rides et des cheveux tout blancs, on est là sur le pas du temps // à mordre l'impossible // et à ranger l'imparable. »

Paul Van Melle, Inédit nouveau.
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Rome sert de fil conducteur à ce recueil qui a obtenu à juste titre le prix Robert Goffin 2014. En effet, Il est question ici pour le poète de célébrer la clarté, le mystère voire la beauté d’une ville bercée par les rythmes et les mouvements d’une lumière à même de nous prolonger dans tous les sens et à tous les temps. En bref, ces textes courts et accessibles sont tissés d’instants qui brûlent sans se consumer, s’ouvrent aux risques du temps recomposé, ajoutent une dimension au quotidien et prennent sur eux toutes les errances
Lumière nomade, oui, le long de ces rues romaines que divers séjours m’ont rendues proches comme des voix aimées/ Je sens sous mes mots la juste lumière de chacune d’entre elles…
Au gré de ses déambulations dans une ville « aérienne » traversée de rues, de rumeurs, d’odeurs, de visages et d’une lumière sans âge, le poète prend au fil des pages un malin plaisir à jouer avec le miroir du temps, à nous abreuver de mots aimantés d’appels et du bruit de fond insistant de la vie en marche (j’aime assez cette lumière qui tombe en dentelles, s’effiloche et gagne sa terre d’exil. Elle me ressemble). Mais si la plupart des poèmes qui composent le recueil ne visent qu’à emmener le lecteur au plus vif du désir d’exister et d’aimer, d’autres évoquent la difficulté d’être voire de trouver une forme de liberté susceptible d’authentifier notre présence au monde.
Nous apprenons l’air des rues, des villes. Notre instinct nous porte à voler quelques saveurs qui s’éventent si vite/ Nous en savons la légèreté sinon la fragilité/ Qu’est ce qui nous pousse à vivre ?
On est ici en présence d’une poésie simple, fluide, rythmée, subtile voire sensuelle qui s’accorde , à tout ce qui dans Rome, parcourt l’infini à heure fixe et abrite un ciel qui a la couleur d’un cœur à prendre.
Parfois, nous revenons de loin, de vent, de ciel, de plage. Avec des ailes en lieu et place des yeux.
Parfois nous sommes de terre et d’eau, les doigts lancés vers le temps.
Nous cheminons . Nous errons. Parfois, aimer semble se décliner à tous les vents.
Pareils, nous sommes de la même étoffe d’air. Du même souffle d’aube.
VIVANTS.

Pierre Schroven, Traversées



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Magie romaine

Après plus d'une dizaine de voyages, les rues de Rome font leur retour sous les pas du poète belge. Rome, telle une seconde patrie, continue d'inspirer ce poète-piéton qui emmène le lecteur là où il aime tout simplement être. Plusieurs recueils précédents évoquent déjà cet univers, mais on ne se lasse pas d'y retourner. Sensation de courte pause donc, nous voilà replongés dans ces « rumeurs romaines » où l'impact de la lumière sur la ville et les sensations qu'elle procure façonnent son écriture. On l'imagine marcher, d'un pas lent, patient, puis prendre des notes près de quelques immeubles ou assis sur un banc, sur une place ou à la terrasse d'un café. Son écriture est poétique et spontanée, elle s'inscrit naturellement dans le mouvement de sa marche, de son regard, faisant corps avec l'air et le vent de l'instant vécu. Elle se veut vivante, présente, tournée vers l'extérieur, dans le partage sincère de ce qu'il vit. La vie est dans le texte, la lumière y est tangible. Elle est nomade, mais aussi multiple. Elle est à la fois douce et sèche, réconfortante et cruelle. Il y a aussi cette « lumière d'entre », celle « qui fête la fin du jour et dans laquelle nous disparaissons sans laisser d'autre sable que la semelle taillée dans le vif des jours ». La ville est un thème récurrent dans l'œuvre du poète, et dans la ville, l'enfance s'anime, terreau confiné dans l'atmosphère urbaine « les immeubles prennent l'ombre et d'impossibles enfants continuent de marquer dans la poussière les nœuds de leur vie ». Colauréat du prix Robert Goffin, il s'agit d'une reconnaissance pour ce poète qui, très actif dans les nouveaux médias pour transmettre ses coups de cœur en littérature et en cinéma, demeure un poète discret et humble concernant sa propre création. Ce recueil témoigne d'une continuité sans faille, d'une voix singulière et moderne. Qu'il soit exposé un peu plus dans la lumière.


Mélanie Godin, Le Carnet et les Instants.

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« ... dès que les passants ne sont plus que manches froissées et chapeaux de travers, alors cette lumière nomade tranche soudain... »

Voilà un livre éclairant ! Une sorte de vade mecum dans la ville de Rome qui épouse les vœux et les pas du promeneur. Philippe Leuckx confie au lecteur ses éblouissements, fidèle au credo qu'il s'est fixé : « Sache tenir au souvenir comme à une souche ». Mais l'enchantement qui le gagne est communicatif ; les mots s'accordent à ces « promenades » ou plutôt, ces « immersions » dans le moindre trou
de lumière. Mais sous l'apparente légèreté de l'air, le propos ne manque pas d'ouvrir la porte à l'obscur, au grave, à l'inconnu : « La ville et ses nappes mystérieuses nous mènent loin, jusqu'à nous faire oublier quelques pentes dangereuses, quelque cellier de reproche. » C'est évidemment la sensibilité du poète qui trace les lignes et les volutes d'un paysage habité par une identité multiple. Si tout est léger dans le propos, on ne peut que relever la grâce de ces glissements singuliers qui font de toute silhouette de passage un être « habité ». En corollaire, on pourrait trouver dans le va-et-vient perpétuel (ombre et lumière), un espace propice à la méditation du poète et à son énorme empathie pour les hommes et femmes de hasard. Restent les moments « parfaits », ceux qui sortent du visible et qui ondulent entre musique et parfum : « On reste là dans une demi-lumière douce, presque fruitée tant l'air nous couvre. »
Monique Thomassettie évoque « la magie heureuse des mots » qui « s'apparente à la dentelle ». En pointilliste accompli, Philippe Leuckx rend à la perfection le tremblé de l'émotion « contenue », hôte bienveillant d'un opéra sensible qui se joue au fil de sa baguenaude.

Michel Joiret, le Non-Dit.



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« ... dès que les passants ne sont plus que manches froissées et chapeaux de travers, alors cette lumière nomade tranche soudain... »

Comme la madeleine de Proust, « la lumière nomade », réveille chez le poète  des moments denses qu’il nous restitue. «  Rome est un grand livre » que Philippe Leuckx déplie avec grâce et délicatesse : des feuilles douces comme une caresse, d’autres rêches dont les aspérités fécondes ouvrent à ce « rien qui craque sous le cœur ». Le mur revient souvent mais ne barre pas la vue, ne coupe pas les élans, donne à lire plutôt quelques signes de notre énigme d’humain. La magie des mots, « gourme de beauté, loin de la fange » préserve l’authenticité de la moindre rue. Mais mordre la lumière à pleine bouche implique aussi d’en happer les ombres et le silence, d’accueillir l’offrande du soir. Alors, « comme l’ombre en sa lumière », le poème dans sa fluidité, va, vient, puise aux terres d’enfance, respire l’espace tantôt agrandi, tantôt replié dans une grange. « Rome est sous la paume, proche comme un corps », si proche de notre propre corps que nous en ressentons la troublante sensualité.
Un souffle puissant de vie nous parvient à travers cette lumière « pauvre, humble, secourable » mais dont les dentelles ressemblent à chacun de nous.  Alors, mettons nos pas dans ceux du poète, « notre destin devant ». Rangeons l’imparable, ouvrons les possibles pour naître encore et encore…

Jacqueline Panorias, Poésie Première



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"Lumière nomade" est cité parmi les "recueils à retenir" par la revue ARPA, avec un extrait de poème à l'appui.


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Rome, ville comme un emblème de la lumière où le poète va à la rencontre des autres et de la force du lieu chargé d’histoire. Il puise dans l’énergie ignée de l’espace les voies qui le mènent à sa propre intériorité : Le pays, qu’on y songe, est tout intérieur (…) parfois à flanc de respiration.  La beauté pérenne de la ville, à son amour de l’art : On revient de Prati ou du Testaccio(…) on dégringole les escaliers vers la Galerie d’Art, Philippe Leuckx ajoute le plaisir de la traversée. Il se fait nomade, s’abolissent les frontières entre présent et passé : cette lumière dans laquelle nous disparaissons sans laisser d’autre sable que la semelle taillée dans le vif des jours. Il ne fait pas abnégation de ce qui fut, ni ne déroge à son devoir de lucidité : il n’est rien d’autre que des murs anciens où grimpent les souvenirs sinon les mensonges d’un autre temps. Evoqués, les quelques pentes dangereuses, quelque cellier de reproche, ne sauraient attenter à la puissance du voyage. Le poète ne se laisse retenir prisonnier ni par les affres du passé ni par la nostalgie. S’il cherche et découvre un royaume, c’est celui d’une enfance épurée, toujours agissante, un paradis où se dressent des arbres de lumière. Nul combat n’est mené, ce qui se joue ici sont les enjeux mêmes de l’existence. Il s’agit d’accepter les secrets de l’ombre : la finitude, qui s’habille de noir sait jusqu’où s’épuise l’ombre  écrit-il, je vais sous les portes et me mêle aux suiveurs du fleuve. Leuckx le sait, sans poésie la lumière ne serait que mirages et le voyage illusion d’un possible. L’écriture, aérienne, translucide, cependant tranche, et ce qui nous est donné à voir ne nous brûle pas mais nous mue en nomades éclairés.

Marie-Christine Masset, Phœnix


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Il y a un charme évident dans l'écriture de Philippe Leuckx, un façon de décrire les lieux, les sensations, les mouvements du temps et de la mémoire avec un bonheur d'écriture, une sensibilité, une subtilité qui enchantent. Il y a quelque chose de proustien dans cette écriture, dans cet impalpable et pourtant concrète description des lieux, des instants fugaces, des impressions volatiles, des sentiments intimes, des souvenirs vaporeux, des visages disparus, des villes qui semblent rêvées, des beautés romaines. Cette « lumière nomade » fuit, se métamorphose, se nuance, traduit les tremblements de l'aube et le flamboiement du crépuscule, elle est aussi la lumière intérieure qui transcende le poème. Pour le poète la lumière est une dentelle, ajourée comme le sont parfois les souvenirs.

Maurice Cury, Les cahiers du sens


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Intrinsèquement nomade la lumière du jour ? Assurément, mais peut-être encore davantage en certains lieux. Rome en fait à l'évidence partie. Rome est même un de ces lieux d'exception où la lumière se joue tant sur les grands édifices à la blancheur presque hideuse que sur la façade décrépite d'un immeuble : la lumière, pauvre, humble, secourable, au bas des façades, à cette heure où le jour verse sa plainte. Rome fait aussi partie des lieux qui hantent, parmi d'autres mais avec une résonance particulière, la poésie de Philippe Leuckx.
La Rome que Leuckx évoque ici est celle qui s'offre à chacun, la Rome des façades et des rues : ruelles modestes de la périphérie, artères prestigieuses, rues d'élection, que l'on se plaît à retrouver pour les avoir longuement fréquentées dans un livre, pour la beauté de leur nom, ou simplement parce qu'elles se sont données un jour et qu'une rencontre s'est jouée là, sans raison apparente. Nous apprenons l'air des rues, des villes.
À la suite de Philippe Leuckx, le lecteur arpente la ville les yeux rivés au sol pour jouir du spectacle d'une herbe, le nez en l'air pour s'emplir de lumière, le nez retroussé, car l'on cuit ici des pâtes… Nous ne visiterons pas Rome néanmoins, et Leuckx ne verse jamais dans le pittoresque. Il suit les jeux de l'ombre et de la lumière sur les murs et dans les cieux, les jeux de la fluidité de la vie, de la fragilité de toute chose, et son parcours semble être autant celui d'un marcheur écrasé de chaleur et épuisé de fatigue le soir venu que celui d'un ange, à l'image de ceux que Wim Wenders mit en scène en 1987 dans son film Les ailes du désir : des êtres contemplatifs et amoureux de la vie, des gens, du monde réel, si ténu fût-il quelquefois.
Il arrive qu'on entre avec Leuckx dans la cour d'un immeuble, mais jamais plus loin, jamais dans une intimité à laquelle nous ne sommes pas conviés, jamais non plus parmi les ors et les fresques des palais. La Rome des artistes n'apparaît pas ici, mais un artiste s'y promène, qui joue, comme le fit le peintre le plus fameux de Rome, avec l'ombre et la lumière. On aime la lumière comme une matière et la vie sourd d'elle. Cependant, à la différence du Caravage, on trouve chez Leuckx bien plus de clarté que de ténèbres et c'est un recueil aux semelles de vent, lumineux, chatoyant, extrêmement serein qui nous est donné et qui s'est très justement vu récompensé du prix Goffin 2014.
Car juste aussi est la parole de Leuckx. Justes ses mots : mots qui délivrent, mots qui soulagent, même si on ne sait, au fond, de quoi ils nous délivrent sinon de l'imprécision et de la grossièreté de nos perceptions.

Geneviève Bergé, Le Journal des Poètes

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Des poèmes en prose, courts, légers comme des aquarelles, pour suivre une promenade dans de vieux quartiers de Rome, ville qu’affectionne l’auteur. La cadence enlevée déjà dit son bonheur sa joie de vivre. « Les pavés prennent le frais et derrière le grillage des fleurs toute la ville commence, rumeurs, ruelles, passages voûtés… » À la brune, avec des notations brèves et précises, dans une langue simple, le poète dit le bonheur de marcher dans des quartiers où « chaque immeuble est une ile dans la nuit qui s’en vient » : « Rome est un grand livre que j’ouvre le soir ». On y partage son vagabondage avec plaisir.

Michèle Duclos, Poésie Première


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