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Docteur en médecine, spécialiste en médecine interne et en néphrologie, Jean-Louis Vanherweghem a dirigé le service de néphrologie de l’hôpital Érasme où il s’est fait connaître par la découverte d’une nouvelle maladie rénale liée à la toxicité de plantes médicinales utilisées en médecine traditionnelle chinoise.
Il a enseigné à l’Université libre de Bruxelles la néphrologie et l’épistémologie des différentes formes de l’art de guérir.
Il a été doyen de la faculté de médecine puis recteur de l’université.
Il est membre titulaire de l’Académie Royale de Médecine de Belgique..



Médecins Molière


Médecins-Molière couv


Les médecins de Molière au chevet de Louis XIV

Essai historico-médico-littéraire



168 pages dont 12 pages en couleurs
ISBN: 978-2-8070-0000-1

22,00 EUR

Le Grand Siècle, dominé par la personnalité de Louis XIV, fut le théâtre de percées scientifiques essentielles.
Mais qu’en a-t-il été de la médecine ?
« Les médecins au chevet de Louis XIV » met en relation la critique de la médecine et des médecins, vue par le théâtre de Molière, avec le Journal de Santé de Louis XIV, rédigé par trois des Premiers médecins du Roi-Soleil. Il est présenté sous forme d’un procès où les accusés sont les médecins du roi, le procureur est Molière, les témoins sont les chroniqueurs du temps et la victime est Louis XIV. Le verdict conclura que les médecins de Molière, avec leurs saignées, purges et clystères, étaient non seulement sur les planches du théâtre mais aussi, hélas pour lui, au chevet du Roi-Soleil, qui devait avoir une santé de fer pour résister à leurs traitements.



Extrait


Mais le Journal va plus loin que ce que Molière eût osé écrire et représenter. Il éclabousse le Soleil. L’image historique du monarque absolu, à la fière prestance, est pour le moins tempérée par la cruelle réalité du corps malade. Le roi tout puissant est un goinfre. Il souffre de la podagre et de la gravelle. Il porte la perruque parce qu’il est chauve depuis sa jeunesse. Il est édenté. Il répand une haleine fétide. Il régurgite des aliments par le nez. Il délire la nuit et s’oublie dans les draps. Il émet régulièrement une prodigieuse quantité d’excréments puants contenant tantôt un ver, tantôt d’abondants petits pois non digérés. Son orifice anal a retenu longuement l’attention des médecins mais aussi de la cour et des gazettes.
Malgré tout, il faut souligner le courage physique du monarque. Il supporte, sans anesthésie, le cautère brûlant pour obturer la solution de continuité entre le palais et les fosses nasales. Il supporte tout autant le scalpel et le cautère pour la mise à plat de la fistule anale, sans parler des douleurs répétitives des crises de goutte et de gravelle et des incommodités des saignées, des purges et des clystères.
Si l’on excepte ses excès alimentaires, Louis XIV fut un patient exemplaire et qui put dominer la maladie pour l’action politique et militaire mais aussi pour les plaisirs de la chasse, des fastes de la cour et des amours coupables.


*

Lors du « mal le plus étrange du monde » de 1655, la description donnée par Vallot évoque un diagnostic de blennorragie :
Les chemises du roi étaient gâtées d’une matière qui donna soupçon de quelque mal… La matière qui découlait sans douleur… était d’une consistance entre celle d’un blanc d’œuf et du pus, et s’attachait si fort à la chemise que l’on ne pouvait ôter les marques qu’avec la lessive, ou bien avec le savon. La couleur était d’ordinaire fort jaune mêlée de vert. Elle s’écoulait insensiblement en plus grande abondance la nuit que le jour.
Pourtant, les commentaires de Vallot seront clairement ceux d’un courtisan et non d’un médecin. Il n’hésite pas, tout en se félicitant lui-même de son action, de flatter le roi, en niant le diagnostic le plus plausible :
Si, par une grâce particulière du Ciel, je n’avais entrepris courageusement d’arrêter le flux continuel, d’une matière séminale corrompue et infectée, non point d’aucun venin que les jeunes gens débauchés contractent d’ordinaire avec des femmes impudiques, parce que le roi n’avait pour lors couché avec aucune fille, ni femme. Ce même mal n’avait point pareillement été produit par des pollutions sales et déshonnêtes, puisque le roi vivait en chasteté toute pure et sans exemple.
Vallot rejette donc l’hypothèse d’une maladie vénérienne, en l’occurrence une blennorragie, un diagnostic pourtant retenu par tous les commentateurs, au prétexte que le roi était toujours vierge. Pourtant, à la cour de France, « l’on tient pour certain que c’est elle [Madame de Beauvais] qui a eu la virginité du roi alors qu’il était tout jeune ; une fois qu’il sortait du bain, elle lui donna sa première leçon d’amour ». Et depuis le jeune souverain n’épargnait pas les demoiselles de compagnie de la reine mère.
Vallot émet, en conséquence, des hypothèses diagnostiques qu’il estime ne pas devoir justifier et qui masquent délibérément la vérité :
Il y avait deux causes principales… La première est la faiblesse des vaisseaux spermatiques que j’ai remarquée avec toute l’exactitude qui m’a été possible, et dont il n’est pas nécessaire de donner ici les raisons et les lumières… L’autre cause qui fait naître ce flux ou perte continuelle de cette matière séminale corrompue et infectée, de plusieurs couleurs qui s’échappait continuellement nuit et jour, sans douleur, sans plaisir et sans chatouillement, a été l’action violente que le roi a faite journellement à marcher à cheval et à voltiger lorsqu’il a commencé ses exercices à grande volée… faisant gloire d’aller en guerre à cheval et non en carrosse.
Vallot veut, en fait, protéger la couronne
.


Ce qu'ils en ont dit


Cet ouvrage, qui a obtenu la Médaille de l'Académie Royale de Médecine de Belgique, est passionnant à plus d'un titre. Il ravira les amateurs d'histoire (de la médecine ou non), de littérature française et d'épistémologie. Il est construit comme un procès.
La toile de fond : l'état de santé de Louis XIV. Les accusés : ses médecins. Le procureur : Molière. Les témoins : les médecins de l'époque.

Il faut une remarquable culture générale pour réaliser une telle synthèse, qui sert de prétexte à une analyse critique des méthodes de la médecine du XVIIe siècle, du refus des données nouvelles (comme la circulation du sang). Empruntant ses données au Journal de santé du roi, et confrontant celles-ci aux personnalités des médecins dépeints avec humour par Molière, Jean-Louis Vanherweghem nous plonge dans la médecine du Grand Siècle, certes au chevet du Roi-Soleil, mais aussi au cœur des méthodes et des querelles propres à la médecine de l'époque.
Dans le dernier chapitre, « verdict », l'auleur ne partage pas l'opinion qui voudrait que le Roi survécût longtemps grâce à ses médecins. Il aurait plutôt tendance à écrire « malgré ».
La lecture de ce texte, généreusement illustré, est aisée et fort agréable. Elle permet de s'immerger dans un contexte fort riche des points de vue de l'épistémologie médicale et de la littérature française, sans négliger l'histoire. Certes, le livre eût pu s'élargir au contexte scientifique européen, se confronter aux découvertes médicales nouvelles dans les pays voisins, de tradition anglicane ou reformée, mais tel n'était pas l'objectif de l'ouvrage, dont on recommandera la lecture le plus largement possible, et notamment, pourquoi pas, à nos étudiants, ne fût-ce que pour combler les lacunes de l'enseignement secondaire (y enseigne-t-on encore à lire Molière ?)

S. Louryan, bulletin de l'AMUB

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