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Né à Mons en 1934,
Pierre Coran
est professeur honoraire d’histoire de la littérature au Conservatoire Royal de Mons.
Depuis son premier recueil de poèmes, « Le Fiel », en 1959, il a publié une centaine d’ouvrages de poésie, littérature jeunesse, romans, essais… Ses œuvres pour la jeunesse jouissent d’une réputation internationale. « Jaffabule » (Hachette – Livre de Poche) en est à sa cinquième réédition.
Son œuvre pour adultes (romans et poésie) est tout aussi remarquable.
Parmi les distinctions qui lui ont été décernées, on peut citer le Grand Prix de poésie pour la jeunesse (Paris,1989) et le Prix de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour le rayonnement de la littérature de jeunesse (2007).


Pierre Coran

Mémoire blanche



MÉMOIRE BLANCHE


Roman (réédition), 2017

116 pages

ISBN: 978-2-8070-0119-0 (livre)
14,00 EUR

978-2-8070-0120-6 (PDF) –  978-2-8070-0121-3 (ePub)
 EUR


Pierre est-il le meurtrier de Clarice, la vieille antiquaire ? Il l’ignore. Depuis sa sortie de rééducation, il boit ; et quand il a trop bu, comme ce soir-là, vient l’oubli total, la mémoire blanche.
Commence alors pour cet homme encore jeune une errance dans les ténèbres ponctuées de lueurs : Sarah, l’aimée ; Samuel, l’enfant à mériter ; Claire, l’anonyme, alcoolique abstinente, bouée à laquelle Pierre s’arrime en désespoir de cause.
Et c’est, nuit après nuit, jour après jour, une lente remontée vers la lumière.

Un roman publié en 1997 aux éditions du Seuil dans une collection aujourd’hui disparue. Sa réédition réjouira tous ceux qui le cherchaient en vain.





Extrait


Je suis rentré dans le bistrot. Le gars qui m’a frappé a quitté le comptoir en criant « Salut ! » et il est sorti après m’avoir offert un reste de mépris.
Des clients jouent aux cartes. Il est minuit moins cinq.
J’ai jeté des billets sur le comptoir. J’ai dit au patron : « C’est pour le miroir. » Il a compté les billets, un à un. Puis il a grogné : « Ça ira » et il m’a servi un verre.
J’ai peine à rester debout. Ma lucidité est pourtant intacte. Plus personne ne s’intéresse à moi et j’en souffre.
Je suis conscient de ma lâcheté.

Lorsqu’elle a posé une main sur mon bras, j’ai eu envie de gifler cette inconnue qui se voulait bouée. Son visage portait la marque d’une douleur indéfinissable, d’une douleur ancienne. Ses yeux étaient clairs, droits. Sa bouche souriait à peine. Une Joconde de bistrot.
Si elle s’était montrée compréhensive, maternelle, je l’aurais chassée, avec éclat, pour que les santons se distraient de leurs cartes, se dévissent la tête, s’offusquent, s’agitent, susurrent leur rancœur.
La femme s’est assise sur la chaise qui me fait face.
– Mon prénom est Claire et je suis alcoolique.
Je la regarde, interloqué, incrédule. Ironique.
– J’ai été comme toi.
La même voix posée, nette.
Elle me tutoie, m’ahurit. Est-elle fée ou gourgandine ?
Je vide mon verre. D’un trait. Par bravade.
– Tu m’as rencontrée cette nuit. Tu aurais pu rencontrer Charles, Benoît ou Thérèse. Nous sommes des A.A. Ou si tu préfères : des alcooliques anonymes…
J’ai redemandé un verre. Je ne sais que dire. Personne ne nous regarde.
– Si tu veux boire et si tu le peux, c’est ton affaire. Si tu veux cesser de boire et ne le peux, c’est notre affaire. Voici ma carte. Elle peut t’être utile.
J’ai fourré la carte de visite dans une poche. Sans la lire. L’inconnue ne s’en émeut pas. Elle relève le col de son manteau.
– Je serai de toute façon ici, demain, vers dix-huit heures..




Ce qu'ils en ont dit


Prisons
Après avoir été arrêté pour un meurtre qu’il ne se souvient pas avoir commis, un homme s’évade de la prison où il est détenu, il est recueilli par la petite fille de sa supposée victime. On l’innocente mais il reste prisonnier de la boisson… Cette prison-là, cette culpabilité-là sont plus fortes...
Un roman qui claque, sans un mot de trop, un poil de graisse littéraire. Une littérature à l’os, sans introspection, en phrases brèves. Cette absence de perspective, cette attention portée à l’instant donnent paradoxalement du relief et de la profondeur au narrateur.
Celui-ci est subi par les événements qui bouleversent son existence mais qui ne l’affectent pas en apparence. Tout lui est égal, indifférent. Ce qui est rendu par ce que Barthes appelait une écriture blanche, « au je absent à lui-même », celle par exemple du Camus de L’Étranger. Et, ici, tout à fait accordée au propos.
Un double événement lui donnera l'occasion de se sortir de cette réclusion, de cet enfermement en soi. Une femme, Sophie, lui donnera la force ; une autre, Claire, le moyen de s’en sortir.

Éric Allard, Les belles pages.

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Cette version est une réédition, précédemment édité aux éditions du Seuil.
Un récit surprenant, qui pourrait faire penser à un témoignage mais n’en est pas un ; il l’est uniquement dans la manière dont il est écrit.
Pierre est alcoolique, il va se faire arrêter pour meurtre, il est pourtant persuadé qu’il ne l’a pas commis. Il se souvient qu’il a vendu cette arme quelques heures avant, arme qu’il avait trouvée, à un videur de bar. Problème, il ne se souvient pas quel videur ni quel bar. Tout ce qu’il sait c’est qu’il n’y est pour rien dans la mort de Clarice.
L’histoire de Pierre, c’est l’histoire de beaucoup d’alcooliques, ils boivent, ils oublient, ils ne peuvent certifier ce qu’ils ont ou pas fait. Alors comment prouver son innocence si l’on ne se souvient de rien ?
Un récit émouvant, qui pourrait être le témoignage d’un alcoolique, un témoignage qui en aiderait d’autres à prendre conscience de leur réalité, surpasser cette mémoire vide.
Un livre à lire sans hésiter et que je vous recommande.
Alouqua, Le Monde enchanté de mes lectures.

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Pierre Coran est une valeur sûre dans le monde de la littérature. Les enfants connaissent son nom, parce qu’ils ont appris l’une ou l’autre de ses poésies à l’école ou parce qu’ils ont dans l’oreille une chanson adaptée d’un de ses nombreux textes. Avec une bibliographie de plus de cent ouvrages, l’homme n’a jamais craint la procrastination et travaille d’arrache-pied depuis presque un demi-siècle, récompensé mille fois, acclamé par le public.
Néanmoins, réduire son écriture au seul monde de la jeunesse demeure une erreur à éviter. Plusieurs de ses ouvrages s’adressent à un public adulte. La preuve avec la réédition de « Mémoire blanche », un roman qui emprunte la piste du thriller, sans user des codes du genre. Pierre ne sait pas ce qu’il a fait sous l’emprise de la boisson. Depuis sa sortie de rééducation, il vit avec un énorme trou noir dans la mémoire. Aurait-il tué une vieille antiquaire ? Autour de lui gravitent pourtant des êtres auxquels il sait qu’il a tout intérêt à s’intéresser. Sarah (celle qu’il aime), Claire (une alcoolique abstinente), Samuel (l’enfant à mériter). Ces derniers ne doivent pas être qu’une bouée à laquelle s’accrocher, ils méritent plus que cela ! Écrits dans une veine poétique, ces feuillets cherchent autant l’efficacité que la beauté du style, avec énormément de nuances, de la légèreté et un sens du rythme qui fait qu’on s’accroche au récit et que, une fois saisi par l’action, on ne décroche pas.
Réédition attendue par la communauté des lecteurs, ce livre (publié il y a tout juste vingt ans aux éditions du Seuil) était introuvable chez les libraires, hormis quelques magasins de seconde main. Voilà une heureuse initiative qui réjouit les amateurs !

Daniel Bastié, Bruxelles Culture

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Voici une nouvelle édition (revue) d’un roman qui met en scène un alcoolique accusé d’un crime. Un crime qu’il est persuadé n’avoir pas commis. Mais comment en être sûr ? Il était ivre, il n’a aucun souvenir de ce qui s’est passé. Il a la « mémoire blanche », vide. Aucune information sur le laps de temps où Clarice, la vieille antiquaire juive, a été tuée de quatre balles dans le dos. Balles provenant de son revolver à lui, Pierre.
Ce revolver, il se souvient l’avoir vendu ce soir-là, mais il ne sait plus à qui…
Un indice va lui donner la preuve de son innocence, sans qu’il puisse hélas rien prouver, il n’a que sa parole. Et ça ne compte pas. La prison l’attend.
L’auteur pointe les causes mais surtout les conséquences de la dépendance à l’alcool, la déchéance physique et mentale, la solitude, la misère sociale et morale et tout ce qui peut s’ensuivre. Comment un homme en proie à de telles difficultés peut-il s’en sortir ? C’est possible. Mais pas seul.
C’est ce que Pierre Coran se propose de nous démontrer dans ce roman, où il évoque la dure réalité de ce que vit son personnage, sans fard mais avec un certain décalage, une certaine distance, comme s’il accordait moins d’importance à la réalité des faits relatés qu’à l’essentiel de son propos, au but profond du récit. Les faits étant le support du propos, qui est de comprendre l’alcoolique, de l’accompagner et de lui montrer la voie de l’espoir, le chemin pour sortir de la dépendance, insistant sur la solidarité indispensable des autres, amis ou non, médecins, alcooliques anonymes, ces A.A. où, après avoir été aidé, on peut devenir aidant.
Nous suivons le cheminement de Pierre, sa déroute, ses doutes, ses chutes et ses espoirs, jusqu’à une certaine délivrance. Mais est-il vraiment possible de vivre et de faire vivre en mots de papier l’enfer de l’alcoolisme sans l’avoir approché soi-même ? L’insupportable manque, le désespoir tenace, le découragement devant les rechutes, la souffrance poignante dans ce paradis qui n’en est pas un et dont on n’arrive pas à s’échapper ?

Isabelle Fable, AREAW

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Deux perles dans la salve printanière des éditions MEO !
Les éditions MEO poursuivent leur inscription dans le paysage belge francophone avec 3 nouvelles sorties.
J’ai laissé La Maison du Déclin de Drazen Katunaric pour plus tard… malgré sa quatrième de couverture rédigée par… Alain Finkelkraut (!), qui parle de la nécessité de « faire un pas de côté » face au « Ça déménage » incessant/tonitruant pour « réapprendre à habiter le monde ». Envie de lire et sans doute de polémiquer !

J’ai attaqué assez rapidement Mémoire blanche de Pierre Coran, un vieux routier des Lettres belges, surtout en littérature jeunesse (ceci dit sans condescendance car on y trouve les meilleurs conteurs, voir mon estime pour un Claude Raucy, mon admiration immense pour Gudule/Anne Duguël), que j’avais croisée (à travers ses mots) une première fois au hasard de mes activités de Jury Sabam. Eh bien, justement, en parlant de la Sabam… à peine ai-je plongé dans le Coran (NDA : le fait que j’ai écrit un livre sur Muhammad ?), je pense à sa personnalité phare Sylvie Godefroid, un havre pour nos auteurs mais une auteure à part entière aussi, dont un roman paru chez Genèse nous baladait en compagnie d’une femme frappée par un cancer (NDA : j’en parle plus bas, sur ce blog). Or l’auteur, ici, nous précipite dans l’errance d’un homme anéanti par l’alcoolisme. Les deux livres ont en commun la dérive spatiale et intérieure, l’affrontement d’une maladie, la force du témoignage, et son utilité aussi, sa valeur citoyenne. Mais parfois, ce qui est plus intime et perforant, une même capacité des deux plumes à redessiner l’usage des mots : « Le temps n’a plus d’importance puisque je suis ici pour le suspendre. » Là, je perçois une gémellité créative, même si, panoramisés en surplomb, leurs deux styles sont très différents, Sylvie multipliant les inventions du genre quand Pierre les distille avec parcimonie. Oublions notre amie Sylvie et concentrons-nous sur Pierre Coran. Dès les premières pages, j’ai été conquis par sa volonté d’user d’une écriture simple mais ferme, directe, fluide, elliptique, ramassée. C’est très travaillé… pour se lire aisément. C’est sobre mais fort. Un récit avant tout psychologique, donc, mais teinté d’un accent policier et de quelques aventures. Car notre alcoolique est accusé d’un meurtre dont il tente de se persuader qu’il est innocent… sans en être certain vu son état, sa mémoire blanche : « Je n’ai pas tué Clarisse. Je n’ai pas l’âme d’un salaud. Avec des racines ordinaires, j’aurais pu avoir la tête des autres. » Tout plaide contre lui. Comme s’il était coupable. Ou comme si un mauvais génie (ou l’assassin véritable ?) s’évertuait à paver son enfer d’indices malintentionnés. Mais lutte-t-il vraiment ? Non, car son combat contre l’alcoolisme (est-ce un combat ?) lui semble beaucoup plus essentiel que sa situation judiciaire. On enrage donc de le voir se laisser juger, emprisonner alors qu’on croit que… Est-il idiot en sus ! Il s’échappe, il est repris. Pourtant de bonnes âmes croisent sa route et lui tendent des flambeaux. Y a-t-il une rédemption possible ? Je vous laisse vérifier mais vous assure avoir tout lu quasi d’une traite. C’est un classique des Lettres belges, un court Bildungsroman qui avait eu l’honneur insigne de paraître au Seuil voici vingt ans et qui mériterait de séduire un vaste public… et d’être proposé aussi à tout aspirant romancier.
[…]
En conclusion, un grand bravo à Gérard Adam, qui offre la possibilité de redécouvrir deux bijoux de la littérature belge, restant fidèle à son niveau d’exigence d’écriture et remarquable quant à l’accompagnement des textes assumés.

Philippe Remy-Wilkin, blog.



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Pierre dort, Pierre a bu, il a beaucoup bu. Il entend que l'on frappe à sa porte. Tant bien que mal il se lève et se fait arrêter par les policiers venus lui dire qu'il a  vieille Clarice. Le voilà en prison, aucun souvenir, il a un blanc. Il passe devant le juge et ne dit toujours rien, il ne veut même pas d'avocat, il ne se souvient de rien. Il s'enfuit de la prison avec l'aide de Sarah, mais il sera vite repris. Son procès débute, il sera acquitté faute de preuves. À sa sortie
tué la, il retombe dans l'enfer de l'alcool. Un jour le barman où il se trouve lui dit qu'une dame l'attend. Cette dame, Claire, fait partie Des alcooliques anonymes, elle peut l'aider à s'en sortir. Pierre commence doucement, jour après jour, il va vers l'abstinence.
Je pense que ce livre devrait être mis dans les mains des jeunes pour qu'ils sachent jusqu'où l'alcool peu amener à faire faire des choses très graves.

emi13, Bab

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Première incursion dans la littérature belge (non, je ne prends pas en compte Tintin) avec cette réédition dans un format inhabituel. Ni trop grand, ni trop large, le livre est d'une taille idéale pour être bien tenu en main et assez fin pour se glisser facilement dans un sac.
La couverture est souple et les pages douces, ce qui ravira tous ceux qui ont comme moi un rapport sensuel avec les livres.
La police de caractères n'est ni trop petite, ni trop grosse, ce qui me plaît car j'aime avoir une vue globale de la page que je lis.
Les chapitres sont courts et bien aérés. Parfait pour faciliter la lecture et lire rapidement.
Pour continuer à parler de forme, d'entrée de jeu, le roman m'a fait penser à un journal intime que le personnage principal aurait écrit pour aider ses souvenirs à se remettre en ordre. Plus tard, on apprend que le roman est en fait les mémoires que le suspect a écrit en prison.
Ce premier chapitre pose le contexte du roman sans détours.
Les premières phrases sont courtes. Hachées, simples. À l'image du personnage qui n'a pas les idées claires. À mesure qu'il retrouve ses esprits, les phrases s'allongent, s'enrichissent en vocabulaire et se complexifient.
Le roman présente un point de vue intéressant : tout en subissant interrogatoires, reconstitutions et périodes d'emprisonnement, le suspect mène sa propre enquête. Un angle original pour un roman policier.
Le suspect porte d'ailleurs le même prénom que l'auteur, Pierre. Troublant...
À un peu plus de la moitié du roman, le nom du coupable tombe brutalement. Je ne m'attendais vraiment pas à ce que l'enquête soit résolue à ce moment-là de l'histoire. Ce fut pour moi déstabilisant et décevant. Je me suis demandé ce qui pouvait bien se passer pendant les quarante dernières pages qui justifie que le roman continue alors que l'affaire était bouclée.
La seconde partie du livre parle ainsi de la quête de rédemption de Pierre. J'ai tout autant apprécié la première partie du roman (le côté enquête policière menée par un suspect désœuvré) que cette seconde partie, porteuse d'espoir.
Un livre sur les dangers de l'alcoolisme et les bévues judiciaires, qui évite moralisation et pathos. Une histoire en deux parties de longueurs inégales mais qui se valent en termes de qualité et d'intérêt. De la première découle la seconde. Un roman en deux temps, comme un
morceau de musique enivrant. Enivré

Sephiria, Babelio






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