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Né en 1955,
Daniel Charneux
vit à Dour, entre Mons et Valenciennes.
Licencié en philologie romane de l’Université de Liège, venu à l’écriture narrative au tournant du millénaire, il a publié sept romans, un recueil de nouvelles et deux de haïkus.
Le thème du vide, du manque est pour lui obsessionnel et se retrouve dans tous ses écrits. « Écart » et « trace », ces mots anacycliques résument les deux axes de son écriture : fantaisie, jeu, création d’un univers imaginaire, d’une part ; retenue, gravité, exploration de destinées humaines réelles, d’autre part.
Il a obtenu le prix Charles Plisnier pour Norma, roman.
Nuage et eau, l’histoire du moine bouddhiste Ryōkan et de la nonne Teishin, a été finaliste du prix Rossel 2008 et lauré
at du prix de l’Association des Écrivains de Langue Française.



Daniel Charneux

More

Photo de couverture : Daniel Charneux

More

Essai – variations, 2015
184 pages.
ISBN: 978-2-8070-0059-9
(e-books : PDF 978-2-8070-0060-5 ; ePub 978-2-8070-0061-2)

16,00 EUR

En 2016, on commémore le cinq centième anniversaire de la parution de L’Utopie de Thomas More.
Le hasard veut que Geneviève Bergé ait incité Daniel Charneux à rédiger un essai sur un saint de son choix pour une collection qu’elle dirigeait (mais qui – crise de l’édition oblige – a entre-temps disparu) et que ce choix se soit porté sur Thomas More, un personnage qui le fascinait depuis longtemps.
Dans cet « essai-variations », Daniel Charneux tente de percer le mystère de More, ami d’Érasme, bonus pater familias, auteur de l’Utopie, grand chancelier d’Angleterre sous Henri VIII (et, à ce titre, inquisiteur redoutable), décapité sur ordre du même et enfin canonisé, admis dans le sanctuaire de l’Église catholique.
Cet ouvrage est un essai, si l’on veut bien rendre au mot son sens d’origine, celui qu’il avait chez Montaigne. Daniel Charneux « essaie » d’évoquer un homme en le passant, comme disait Montaigne, « à l’étamine » de sa sensibilité, de sa culture, de sa perception, des événements qui agitent son temps.
Quant à la forme adoptée pour cette évocation, il est permis de la définir par le mot « variations », car le sujet du livre n’est pas seulement More, mais sa recherche, sa poursuite par un écrivain, comme le thème de Diabelli n’est, somme toute, qu’un point de départ pour Beethoven, lorsqu’il compose les variations éponymes.






Extrait


More part alors vers sa mort, tandis que le roi voit se dresser devant lui comme l’ombre d’un remords. Comme le Créon d’Antigone, c’est à lui d’accomplir la sale besogne, car « il n’y a pas place pour deux orgueils en Angleterre. Et Dieu a voulu que ce soit moi le roi. » « Et j’ai ma besogne de roi que les hommes s’acharnent à rendre puante. » Le Juste, d’un côté ; de l’autre, l’exécuteur – ou le décideur – des basses œuvres. Je songe à la querelle Sartre – Camus. Le Camus des Justes, précisément, et le Sartre des Mains sales, celui qui faisait dire à Hoederer : « Moi j’ai les mains sales. Jusqu’aux coudes. Je les ai trempées dans la merde et dans le sang. »
 Henri viii sait que More aura le dernier mot ; que l’Histoire « avec sa grande hache » donnera raison au chancelier déchu. Devant Anne Boleyn qui tente de l’apaiser, il a ce cri de colère : « Un seul homme, il suffit d’un seul homme. Et même si je lui fais son procès et qu’on lui coupe la tête, il m’aura éternellement dit non ! Mais qu’est-ce que c’est, à la fin, que cette puissance sans armes, qui se dresse seule, contre tout ? » Pour la deuxième fois, Anne répond : « L’orgueil des justes »



Ce qu'ils en ont dit

Fondée en 2007 en vue de publier des traductions d'œuvres littéraires importantes de Croatie et de Bosnie, les éditions M.E.O. ont fort vite élargi leur champ d'action en ouvrant leur catalogue aux écrivains francophones. Depuis, de fort nombreux prix ont couronné leurs efforts. Avec « More », l'auteur Daniel Charneux dresse le portrait d'une des personnalités les plus insignes d'Angleterre et marque le six centième anniversaire de la publication de « Utopie » du susdit.
Thomas More, humaniste, catholique fervent et homme politique qui s'opposa fermement à Henri VIII en désavouant son divorce avec Catherine d'Aragon pour épouser Anne Boleyn et qui finit décapité par ordre royal. Avec une kyrielle de détails, un soin apporté à la reconstitution historique et un sens de la narration qui permettent de ne jamais lasser le lecteur, l'auteur tente de percer l'énigme d'un homme qui a été un proche d'Erasme et qui a été canonisé par le Pape bien plus tard. Il ne s'agit pas seulement d'un essai, mais d'un ouvrage qui se lit avec le même plaisir qu'on aborde un polar, à ceci près que toutes les informations ont été dûment croisées et vérifiées avant d'être couchées sur papier et relayées. Daniel Charneux est de ces écrivains qui parviennent à nous faire aimer l'Histoire et à la rendre tangible sans lasser. Le personnage a également été évoqué dans le long métrage « Un homme pour l'éternité » (1966) de Fred Zinnemann, d'après la pièce de Robert Boit, et servi par une poignée de stars dont Orson Welles, Robert Shaw et Nigel Davenport.

Géorgie Bartholomé, Bruxelles News.

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Un essai-variations sur l’auteur de la mythique Utopie (qui fait bailler mon héros absolu Corto Maltese !) et protagoniste de la sulfureuse mais très réussie série TL Tudors. C’est bien écrit et assez enlevé. On se prend surtout de sympathie pour l’auteur qui raconte son aventure avec le sujet tout en mosaïquant autour de la figure historique (un saint… monstrueux). On append en s’amusant et on a envie d’aller déjeuner avec Daniel Charneux, qui doit être de très bonne compagnie. Mais. J’eusse aimé qu’une force centripète transcende l’ensemble.

Philippe Remy-Wilkin (blog)


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More, Thomas More, auteur d'Utopia, est une figure marquante De La Renaissance en Angleterre.
Thomas More sous toutes ses formes transparaît dans cet essai : le philosophe qui nous livre sa vision du monde dans Utopia, l'homme d'Etat ami et même chancelier du roi d'Angleterre Henri VIII et qui pourfend les adeptes du Luthérianisme qu'il envoie sur l'échafaud, l'époux et le père qui a un regard tendre sur sa famille, le saint puisqu'il reste fidèle à la primauté du pape ; ce qui lui vaudra de monter à son tour sur l'échafaud.
Le lecteur passe allègrement de Thomas More, figure emblématique De La Renaissance, ami d'Erasme à Daniel Charneux qui s'interroge sur la spiritualité, la forme de gouvernement, la sainteté, les religions, l'agnosticisme… le tout dans un style fluide à la lecture agréable.

D'Halluin, Babelio



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Comment devient-on un saint ?

Il y a une réflexion sur la foi dans les derniers ouvrages de Daniel Charneux, une volonté de se démarquer de la contingence pour mieux embrasser le réel.
Les personnages de Charneux entretiennent un sain souci d’eux-mêmes (au sens foucaldien). Ils recentrent les choses autour de leur personne sans pour autant se croire le nombril du monde. Ils offrent un miroir au lecteur. Qu’il s’agisse de personnages ayant existé (Marylin, Ryokan, Maman Jeanne) ou de personnages de fiction, Daniel Charneux leur attribue ce supplément d’âme, cette fragilité d’airain sans quoi ils seraient des automates de leurs pulsions ou de leur gènes.
Ici, il traite de Thomas More à la façon d’un personnage en lui attribuant un thème. Très vite, il se fixe comme sujet de questionnement la sainteté de More.
Et il va dès lors écrire des variations sur ce thème.
Daniel Charneux nous fait découvrir l’homme More dans la succession des faits et lectures qui ont nourri sa propre réflexion. C’est-à-dire « par petites touches », et non d’un bloc. De façon impressionniste, comme il l’écrit.
More n’existe pas. Il n’est dans ce livre, que l’impression reçue par moi, son reflet dans ma perception, mon regard, ma pensée, comme il sera reflet dans la perception, le regard, la pensée de mon lecteur.
Il s’aide pour le mettre en perspective de déclarations d’autres écrivains penseurs comme Platon, Voltaire, Anouilh, Camus… Et le prodige opère, Thomas More se met à exister par-delà les siècles. Avec, en somme, peu de faits rapportés mais subtilement rattachés à la colonne vertébrale de son postulat de départ, Charneux nous fait toucher l’essence de More.
À travers paradoxalement l’acte qui l’a mené à perdre la vie, il atteint sa sainteté. Un non acte, si on peut dire, puisqu’il consista à refuser la signature d’un document attestant la primauté du Roi d’Angleterre sur le Pape de Rome en matière spirituelle. Sa conscience l’empêche de signer cet acte d’écriture et cela provoquera son exécution après un emprisonnement de dix-huit mois à la Tour de Londres.
Charneux dresse un parallèle entre Galilée et More. Tous les deux, rappelle-t-il, ont défendu une position qui les menaçait de mort s’ils poursuivaient dans cette voie. Charneux écrit : « More s’acharne, Galilée renonce. Voilà pourquoi Thomas More est un saint. »
Ainsi on se souvient qu’il a existé des actes de résistance intellectuelle posés volontairement par des hommes ayant entraîné leur disparition anticipée. Car il est des idées qui engagent toute notre existence et qui, si on y portait atteinte, réduiraient notre vie à une peau de chagrin. Ce sont des actions qui honorent ou discréditent ceux qui y souscrivent, provoquent le respect ou, plus souvent, la raillerie et l’incompréhension à une époque où le cynisme et le mépris pour la différence ont remplacé la tolérance, toute forme d'élévation.
Charneux ne manque pas de donner sa lecture attentive de l’œuvre maîtresse de More, L’Utopie, et il la met, un moment, en résonance avec l’Eloge de la folie de son contemporain et ami, Érasme pour montrer que la « religion chrétienne paraît avoir une réelle parenté avec une certaine Folie. »
On l’aura compris, Charneux ne donne pas dans son essai-variations une simple biographie de More ni une thèse sur son œuvre littéraire mais, de façon humaniste, il rapporte à soi et à son parcours, un personnage historique à propos duquel il s’est posé une question qui l’engage.
More incarne l’idée d’un homme qui mourra pour une cause et acquiert en cela un surcroît, un plus d’existence. Quand More trépasse sous la hache du bourreau, on sait qu’il n’aurait pu en être autrement. Que son destin est scellé. Que l’auteur de l’Utopie était un homme de principe, un homme fait d’une matière ancrée dans un ensemble de valeurs, une matière animée. Mais, d’autre part, Charneux a laissé entendre qu’il n’aurait pas été aussi libre de son acte qu’il l’avait pensé, qu’il a pu agir sous l’emprise de la religion. Rien n’est simple quand il s’agit de conclure à propos de la liberté humain et de la croyance.
À la fin, Daniel Charneux écrit : « J’ai peut-être, grâce à la compagnie de More, développé en moi quelques quarks de sainteté. » C’est sûr, et elle a migré jusqu’à nous à travers ce livre singulier.

Éric Allard, Les Belles Phrases



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2016 fêtera les 500 ans de l’Utopie de Thomas More – thématique de l’utopie d’ailleurs déjà présente régulièrement dans les media. Daniel Charneux propose, tout juste paru aux éditions MEO, un essai très intéressant sur l’humaniste anglais et sobrement intitulé More. Ouvrage qui évoque en réalité la question de savoir comment ce grand homme de la Renaissance est devenu un saint catholique (il a été canonisé en 1935), lui qui fut juriste, ami d’Érasme, grand chancelier d’Angleterre sous Henri VIII, et décapité en 1535.
Un essai un peu particulier et d’ailleurs nommé essai-variations, car il possède un côté impressionniste, que revendique l’auteur qui est d’abord romancier. L’ouvrage est issu d’une commande, suite à son magnifique roman Nuage et eau (Luce Wilquin, 2008) qui évoquait le moine bouddhiste Ryôkan – et à lire absolument. Commande d’une vie de saint, en libre évocation. Projet capoté, mais dont l’auteur va conserver le fil pour, à travers différents points de vue, réflexions et témoignages, interroger son propre rapport à la sainteté, lui qui a toujours été taraudé, confie-t-il, depuis l’adolescence par le fameux Tarrou de Camus dans La Peste, ce ‘saint laïque’, celui qui veut ‘être un saint sans Dieu’.
Un portrait de Thomas More donc : un homme exemplaire ou accompli, érudit et père de famille, croyant ayant un moment hésité avec la vie monastique et portant le cilice, juriste de haute réputation et numéro deux du Royaume d’Angleterre sous Henri VIII. C’est sa très haute exigence éthique qui frappe, cette cohérence morale qui lui vaudra le martyre de la captivité dans la terrible Tour de Londres et ensuite la décapitation (après avoir échappé à l’éviscération et à l’écartèlement). Intègre et fidèle à Rome et au pape, il refuse jusqu’au bout d’affirmer l’autorité spirituelle du roi Henri VIII, lui qui modifia la religion pour son profit personnel (divorcer de Catherine d’Aragon qui ne lui donnait pas d’héritier mâle au profit d’Anne Boleyn dont il est par ailleurs amoureux), créant ainsi une nouvelle Église, l’anglicanisme dont il se proclame pape. C’est donc ce refus de reconnaître un autre pape qui coûte la vie à Thomas More. Pourtant, il aurait pu échapper à la mort, il n’eût fallu qu’une simple signature… Cet acharnement dans la position défendue qui se solde par la mort, faisant de lui un martyr et plus tard un saint, sans doute est-ce l’orgueil du Juste, à l’égal d’une Antigone. Mais le portrait est contrasté : car Thomas More joua parfois le mauvais rôle, celui de procureur intransigeant vis-à-vis de l’hérésie protestante naissante, appliquant avec zèle, écrit Charneux, les lois commandant de brûler les hérétiques. Responsable directement d’au moins trois condamnations au bûcher, Charneux dira que c’est peu en regard de l’inquisition espagnole. C’est trop pour qu’un homme du 21ème siècle admire sans réserve l’auteur de l’Utopie.
Alors ce qu’un lecteur actuel retiendra surtout de celui qui est devenu le saint patron des hommes d’État, en ce 21ème siècle de mutation et de profond questionnement civilisationnel, est certainement cette œuvre-clé qu’est l’Utopie, roman générique du genre, roman politique  et social sur ‘la meilleure constitution d’une république’, où la meilleure forme de gouvernement allie, pour Thomas More une morale épicurienne à une organisation politique communiste.
De la politique à la littérature, il n’y a en effet qu’un pas puisque Charneux propose, chemin faisant, – et c’est également un des grands intérêts de son ouvrage – une réflexion sur son propre travail d’écrivain : comme si tout roman avec sa part d’auto-fiction n’était pas, au fond, une utopie ?

Eric Brucher , Radio Antipode
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Avant de lire ce livre, tout ce que je savais sur Thomas More, c'était ce que j'en avais appris à l'école ou ce que j'en ai lu.
Avec ce livre, j'ai l'impression de beaucoup mieux le connaître.
Bon ok cela ne va pas changer grand chose pour moi de savoir comment a vécu Thomas More, mais j'aime en savoir plus sur les gens, c'est donc un régal pour moi de lire des ouvrages tels que les biographies, autobiographies, ou comme ici un ouvrage qui nous parle de recherches effectuées, de rencontre avec d'autres personnes afin d'en savoir plus.
Daniel Charneux ne nous délivre pas uniquement la vie de Thomas More, mais également le parcours qu'il a réalisé afin de rassembler ce qu'il sait maintenant sur cette personne, ses recherches.
C'est justement cela que j'ai beaucoup apprécié lors de ma lecture, car en plus de faire plus ample connaissance avec Thomas More, nous en savons également plus sur l'auteur lui-même.
Un livre que je recommande si, comme moi, vous aimez ce genre d'ouvrage.

Alouqua, chroniqueslivres.canalblog.com



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Chronique d’un More annoncé par l’éditeur comme étant l’ouvrage que je me devais de découvrir… Je salue ainsi Gérard Adam, l’éditeur aux choix courageux. L’homme qui déposa le précieux ouvrage dans ma boite aux lettres a une ligne de conduite hors des modes du temps.
MORE
Fidèle à moi-même je plongeai non pas dans l’archaïque Larousse élémentaire «  opyright 1956 » de l’auteur, mais dans Le Petit Robert des noms propres, imprimé en Italie par La Tipografica Varese à Varese. N° d’éditeur : 101730880 – Dépôt légal : Mai 2011.
Et, en page de gauche numérotée 1558 (23 ans après le décès de More), coincé entre :
Un n.m.pl. MORDVES Etym. En russe Mordvy (sing. Mordval), du votyak murt « homme ». Peuple finno-ougrien d’agriculteurs et de pêcheurs, établi dès le 1er s. dans le bassin de l’Oka.
Et
Un nommé MOREAS (Ioannis Papadiamanttopoulos, dit Jean). Poète français d’origine grecque (Athènes 1856 – Paris 1910),
je dénicha  : MORE (saint Thomas). Homme politique et humaniste… STOP…
Je n’en révèle pas plus…
Chroniqueur et petit-fils du soldat australien W.T. MacKay (1889-1926) je trouvai amusant de découvrir que ce More soit né à Londres en 1478 pour y mourir sur l’échafaud en 1553. Quel rapport… ? Attendez la suite dans le livre de Daniel Charneux, l’auteur de cet essai.
Daniel Charneux, avant d’être le Licencié en philologie romane de l’Université de Liège, est né le 30 novembre 1955 à 17h21, boulevard Zoé Drion à Charleroi. A la maternité reine Astrid, aujourd’hui détruite, (avis aux éventuels pèlerins…). La naissance a été déclarée le lendemain à 9h 40 par Francine Botte, âgée de 39 ans, accoucheuse, et… attendez – à nouveau – la suite dans le livre de Daniel Charneux, l’auteur de cet essai... variations.
Chelsea, quartier de l’ouest de Londres, sur la Tamise. Au XVIIIe siècle, sa manufacture de porcelaine. Son club de football (que je crois plus contemporain) a remporté la ligue des champions durant la saison 2011-2012 et l’Europa League la saison suivante (2012-2013), ce qui n’avait encore jamais été réalisé par aucun club.
Vous me suivez… ?
Et MORE là-dedans. On y vient…
Dans le quartier il y a la Chelsea Old Church, située à l’angle de Old Church Street et de Cheyne Walk au bord de la Tamise. Or, en 1528, (et on y arrive…) Thomas More fait réaliser…
Vous l’aurez deviné, tout l’intérêt de lire l’essai de Daniel Charneux, sera de découvrir les variations où sujet, temps, rencontres et découvertes seront passées à l’étamine pour ne laisser filtrer qu’un récit riche en circonvolutions…
Évidemment, votre serviteur s’est régalé de cette découverte d’autant q’une Anne MORELLI (citée page 37) aurait sans doute aimé partager ma chronique sur un sujet aussi passionnant.
Tout au long du récit, me revient sans cesse la musique du générique du célèbre feuilleton télévisé « Le Saint » dont le héros, Simon Templar, était incarné par un certain Roger Moore… une variante fréquente de certains descendants de notre Thomas.

Les plaisirs de Marc Page


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Invité à écrire une Vie de saint pour une collection qui fera long feu, faute de moyens, Daniel Charneux, qui avait répondu positivement à cette sollicitation, a continué le travail de recherche qu’il avait déjà amorcé et pour lequel il s’était pris d‘un grand intérêt. Il se cherchera dès lors un autre éditeur. Ce sera, selon son mot, la « biofiction » du saint de son choix, Thomas More, ami d’Érasme, grand chancelier d’Angleterre sous Henri VIII, décapité sur l’ordre de son roi pour avoir refusé de reconnaître son autorité religieuse anti-papale, et ensuite canonisé au sein de l’église catholique. Pourquoi avoir choisi ce personnage, inattendu à côté des vies de saints qu’il a pu déchiffrer lors de ses études de philologie romane, quand prévalaient encore les lettres médiévales ? Daniel Charneux s’en explique en toute simplicité : c’est une série de petits incidents survenus dans son enfance qui le lient à cette figure étonnante, fût-ce, par exemple, la rencontre de son nom, de deux de ses portraits et de sa notice dans son premier dictionnaire Larousse. Le tout lié au souvenir de son père, de l’école, et de ce moment de la découverte du monde.
L’auteur annonce la couleur lorsqu’il dit dès l’abord qu’un écrivain nourrit ses romans de sa vie. Ce qu’il ne manquera pas de faire ici, même si cet écrit n’est pas un roman et probablement a fortiori parce que ce n’en est pas vraiment un. Il prend soin, d’ailleurs, de noter en sous-titre « Essai [et il ne cessera de se référer à Montaigne] – variations », soit la liberté qu’il se donne de sortir d’un parcours traditionnel. Sa démarche sera donc résolument impressionniste et son livre composé de « deux strates géologiques ».
More et moi écrivant sur More, peu à peu cernant mon sujet, l’abordant par touches successives. J’avais évoqué, au début de mon parcours, une démarche impressionniste. Et c’est bien de cela qu’il s’agit. Impressionnisme de la technique « par petites touches » et, plus fondamentalement, impressionnisme de la conception, de la vision : More n’existe pas. Il n’est, dans ce livre, que l’impression reçue par moi, son reflet dans ma perception, mon regard, ma pensée.
 Cette option a probablement été le préalable, comme nous l’indiquent les premières approches du sujet. Charneux retrace les étapes de son propre parcours, hors More, si l’on peut dire, puisqu’il s’agit de sa vie, avec précisions biographiques le concernant, de ses lectures, de ses écrits. Il fait ensuite une lecture approfondie du scénario de Jean Anouilh, Thomas More ou l’homme libre, qui sera publié après sa mort. Il commente abondamment ce texte, comme s’il s’agissait d’un témoignage fiable, bien qu’il y repère des erreurs par rapport à la vérité historique. Il fait alors référence à Anne Staquet, une spécialiste de l’histoire des utopies, et notamment de L’Utopie de Thomas More ; à ses ouvrages et à ses entretiens.
Plus convaincante est la partie de l’essai où Daniel Charneux collationne des documents comme les premières biographies rédigées par les descendants de More et surtout le portrait tracé par Érasme. Tout aussi important, le commentaire qui suit d’Utopia  et des derniers écrits de prison. Revenant à son propos d’écrire un essai avec variations, l’auteur peut terminer par des considérations avisées sur sa méthode, sa réception personnelle de ses lectures et de cette expérience. Et conclure par une adresse au lecteur : « Le vrai More est dans mon bureau ». Ce qui fait quelque peu penser au « roman de ma recherche » tel que le définit Diane Meur à propos de La Carte des Mendelssohn.

Jeannine PAQUE, Le Carnet et les Instants


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Thomas More : c'est l'année « Utopie »

Cinq cents ans se sont écoulés depuis la publication du grand livre. Daniel Charneux consacre un intéressant essai à Thomas More.

Romancier, Daniel Charneux s'est fait connaître avec des titres aussi divers et appréciés que « Nuage et eau », « Maman  Jeanne », « Trop lourd pour moi ». En 2006, «  Norma, roman », également publié aux éditions Luce Wilquin, obtint le prix de littérature Charles Plisnier.
Excessif et sage
C'est à la demande de Geneviève Berge, directrice d'une collection vouée aux biographies, que l'écrivain se lance sur les traces de Thomas More. Apres avoir, de manière romanesque, abordé la vie de Ryokân, une figure du bouddhisme, Daniel Chameux s'engage dans l'aventure d'un essai. « Il s'agit avant tout de variations, précise-t-il. Le personnage m'intrigue depuis longtemps. Je me suis demandé comment appréhender l'homme, le saint, comment retisser des fils autour d'une généalogie, d'une histoire, d'une personnalité ».
Cette approche, qui s'apparente à l'impressionnisme, permet d'entrer sans académisme dans l'itinéraire de celui qui fut chancelier d'Angleterre sous Henri VIII, décapité suite à un accord fondamental avec lui, puis canonisé par l'Église catholique. « Un sage, bien sûr », mais aussi un excessif », confie l'auteur de « More ». Il épingle la foi qui l'invite à porter le cilice, l'attitude controversée du bourreau des hérétiques, et cette solide décision du condamné qui accepte la mort, malgré la possibilité d'y échapper et les supplications de son épouse et de sa fille.
Cette aventure littéraire a emmené Daniel Charneux sur des chemins insolites, le lecteur sut de près les étapes du travail fr documentation et d'écriture, dans une langue fluide, sincère, poétique. Des questions posées à la conférencière Anne Staquet jusqu'à la visite de la Tour de Londres, au célèbre échafaud, les pistes de l'écrivain rejoignent les questions essentielles : l'attitude des mystiques, les dissensions religieuses, les hérésies et radicalismes, l'accès à la sainteté.  Pour un agnostique, l'occasion était belle d'enquêter sur celui qui, voici des siècles, livra dans son ouvrage « Utipia » une vision politique d'un monde à construire, à rêver. Les rencontres « Inattendues » de septembre 2016 seront centrées sur ce thème résolument contemporain.

F.L., Le Courrier de l'Escaut.


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Un fin conteur de sornettes
« Mourir pour des idées, d’accord, mais de mort lente », chantait Brassens. Gageons que la citation plairait ici à Daniel Charneux, érudit éclectique qui abreuve cet essai et ses variations  sur Thomas More d’une foule de références, du bouddhisme zen à Anouilh, de Rabelais à Camus, des Beatles à Pierre Mertens, de Shakyamuni à Montaigne.
Mais reprenons. Mourir pour des idées, mais de mort lente ? Thomas More n’était pas de cet avis. Il faut dire que le philosophe avait beaucoup réfléchi à la folie et surtout à l’utopie… Lorsque le roi Henri VIII décida de quitter la communauté des chrétiens et de créer l’Eglise anglicane, se dérobant ainsi à l’autorité papale et se nommant en quelque sorte khalife à la place du khalife, More refusa de courber l’échine et d’abdiquer sa foi. Celui qui était alors grand chancelier d’Angleterre n’accepta pas de signer l’édit par lequel le monarque décrétait la Réforme et se séparait du pape à la seule fin de divorcer de Catherine d’Aragon, ce que lui refusait Clément VII, pour pouvoir épouser Anne Boleyn. On murmura autour de More que s’opposer au royal dessein était pure folie. Et alors ?! Enfermé à la Tour de Londres, il attendit la mort dix-sept mois et fut exécuté par décapitation1 le 7 août 1535, à l’âge de 55 ans.
J’avoue que j’avais oublié ce « détail » de l’histoire ou que je ne faisais plus que vaguement le lien avec l’auteur de L’Utopie. J’avais sans doute été trop impressionnée par le fatal destin d’Anne Boleyn, qu’Henri VIII finit tout de même par faire décapiter afin de se marier non pas une nouvelle fois, mais trois autres fois (cette époque avait elle aussi ses tumultes).
Thomas More, également connu sous le nom de saint Thomas More, car cette fidélité à Rome lui valut la béatification puis la canonisation, était donc avant tout associé dans mon esprit à ce texte décrivant une société située dans un lieu qui n’existe nulle part, un ou topos, organisée selon un système communiste avant l’heure et placée sous le signe d’une morale du plaisir, autrement dit (ou presque) l’épicurisme. More est l’ami d’Érasme, et son Utopie est d’ailleurs conçue comme une réponse à L’Éloge de la folie. Dans cette île, car c’est une île, chacun apprend le métier qui lui plaît, travaille six heures, en dort huit, ne connaît pas le luxe et évite les excès et la paresse. Rabelais et son abbaye de Thélème ne sont pas loin… « Rien ici n’est privé, et ce qui compte est le bien public. » Une utopie, en effet! Sa capitale est Amaurote, la « ville brouillard », elle est traversée par le fleuve Anhydre (« sans eau ») et décrite par un certain Raphaël Hythlodée, « conteur de sornettes ». More crée ici un genre qui sera décliné à maintes reprises, en variations sur le même thème ou sur le thème contraire, la dystopie, qui fait aujourd’hui le bonheur de la science-fiction.
Mais la véritable utopie dont parle le livre de Daniel Charneux, c’est peut-être ce projet fou : écrire à la fois sur Thomas More et sur lui-même. De la même manière que l’humaniste du seizième siècle dépeint sa bibliothèque idéale, l’auteur contemporain dresse l’inventaire de la culture d’un honnête homme d’aujourd’hui. Au final, il tresse non pas une tresse de trois fils, mais de mille et un, nourrie d’autant d’éruditions que de digressions, démesurément ambitieuse et dérisoirement modeste, dans une alternance de Do majeur et de La mineur. « Je suis moi-même la matière de mon livre », dit Montaigne dans l’avant-propos de ses essais, cité sur le ton de la confession (mode agnostique) par Daniel Charneux à la toute fin de son livre mi-fugue mi-essai. L’auteur aime dire de son sujet qu’il se trouve entre utopie et sainteté – ascèse ou rigueur conviendrait peut-être mieux. Ajoutons, car il faut parler aussi de l’ironie légère qui traverse tout le livre, qu’il est, tout comme lui, un fin conteur de sornettes.

1 Pierre Mertens échappa à ce funeste destin, lui qui fut "seulement" condamné à retirer deux pages de son roman Une paix royale où il avait très distraitement cité des propos de la princesse Lilian à propos du roi Baudouin.

Emmanuèle Sandron, Le Journal du Médecin




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Ayant lu l'Utopie il y a quelques années, oeuvre étonnante dont nous fêtons cette année les 500 ans de parution, j'avais gardé l'idée d'en apprendre davantage sur Thomas More. Homme du tout début du XVIe siècle, humaniste et saint patron des hommes d'Etat, juriste, père de famille, homme cultivé, amoureux des belles lettres et de la vie, mort décapité sur ordre d'Henri VIII le 6 juillet 1535.
Alors oui, j'ai appris beaucoup à la lecture de ce livre. Le chapitre décryptant l'Utopie et en donnant des clés de lecture m'a passionné ; le parallèle avec la pièce de Jean Anouilh "Thomas More ou l'homme libre" est éclairant sur la personnalité du saint ; son amitié avec Erasme, auteur de "L'éloge de la folie", est largement évoquée.
En revanche, la forme de ce livre m'a quelque peu déconcertée : ce va-et-vient entre vie de Thomas More et quête de Daniel Charneux m'a parfois laissée sur ma faim. J'aurais aimé que certains sujets soient davantage creusés – la jeunesse de Thomas More, sa famille, ses années de juriste – et que l'auteur s'arrête moins sur les détails de sa recherche personnelle. Ceci dit, il le fait avec beaucoup de sincérité : oui, il s'agit d'une "suite baroque", de "variations", plus que d'une sonate classique ou tout simplement d'une biographie classique.
L'auteur cherche en Thomas More une sainteté sans Dieu, c'est certainement ce qui m'a le moins convaincue. Car dans l'Église Catholique, le saint est bien celui qui, puisant à la source de sa foi en Dieu, déploie ses qualités humaines et les met au service de la société et de l'homme. Rien d'éthéré en cela, contrairement à ce que de nombreuses hagiographies fort mal écrites voudraient nous présenter. Et difficile par là-même de séparer la foi des oeuvres.
(Note de l'éditeur : la recherche d'une sainteté sans Dieu n'est pas présente dans l'appréhenion de Thomas More par Daniel Charneux. Il s'agit ici d'une erreur de compréhension)
Thomas More, homme intègre, a fait preuve d'une "grande cohérence morale", il a été un père de famille aimant, un homme affable, un ami fidèle, mais aussi un homme faillible et perfectible, ce que Daniel Charneux a bien su montrer.
En refermant ce livre, mon intérêt pour Thomas More n'a pas décru, bien au contraire… Pour terminer, je voudrais citer ces quelques mots de l'auteur que je trouve magnifiques :
« J'ai peut-être grâce à la compagnie de More, développé en moi quelques quarks de sainteté. Parler d'atomes serait prétentieux. Ce More que je vais quitter bientôt, certainement par pour toujours, car les êtres passés un temps par notre plume restent en nous davantage peut-être que de nombreux être réels. »

Gabylis, Babelio


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Qu'est ce que j'ai pu retenir de l'oeuvre de Thomas More ? Avant tout 'UTOPIE' lue et étudiée pendant ma période universitaire, où est présentée la version anglaise de l'Abbaye de Thélème (nettement moins rigolote que la version rabelaisienne) avec son communisme absolu et totalitaire qui m'avait littéralement révulsée.
Ensuite le personnage a été largement évoqué dans les séries télévisées consacrées à la Dynastie des Tudor dont les aventures romanesques et tragiques garantissent l'audience, qu'il soit présenté comme un pater familias droit dans ses bottes, attaché à ses convictions, loyal et humaniste dans la série LES TUDOR ou inquisiteur acharné et intolérant qui n'hésite pas à torturer ceux qui ont le malheur de ne pas partager ses convictions dans la série WOLF HALL.
Daniel Charneux a choisi, quant à lui, un chemin de traverse par rapport à la biographie traditionnelle en évoquant Thomas More à travers sa sensibilité personnelle et le questionnement spirituel qui l'anime, analysant la recherche de la sainteté de More au regard de sa propre expérience du bouddhisme.
L'auteur nous livre une très fine analyse de UTOPIE et on le sent partagé entre ce qu'il veut mettre en évidence, à savoir le message de tolérance de l'humaniste , sa vie familiale exemplaire, sa rigueur morale, mais aussi son fanatisme qui le conduit à envoyer les hérétiques au bûcher et sa pratique rigoriste d'un catholicisme romain qui le conduit à en ignorer tous les excès.
Ce qui est passionnant dans cet essai, c'est l'implication personnelle de l'auteur qui au regard des tragédies contemporaines liées aux pratiques religieuses dévoyées, conserve néanmoins un regard indulgent pour le sujet de son essai, et une fascination pour le dépassement de soi qu'implique toute foi vécue.
Si les éléments historiques sont bien présents, il ne faut cependant pas rechercher dans cet essai une documentation complète sur le personnage qui en fait l'objet. La subjectivité assumée de Daniel Charneux, qui cite Montaigne en rappelant « je suis moi-même la matière de mon livre », donne parfaitement le ton de ce petit livre complètement atypique qui se lit d'une traite et apporte, une fois de plus, la preuve que nos amis (et voisins) belges ne sont pas seulement des amateurs de bière d'exception, ou des créateurs à la pointe de la mode mais aussi des auteurs originaux et attachants

mjaubrycoin, Babelio


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C'est une lecture vraiment très intéressante.
Je l'avais choisie parce qu'au lycée, il y a quelques temps déjà, des élèves de 1ère S avaient des recherches à faire sur L'Utopie et cela me tentait donc beaucoup d'en savoir plus sur Thomas More.
Ce qui est vraiment très captivant dans ce livre c'est que l'auteur retrace pour son lecteur tout le parcours qui l'a conduit à écrire ce livre et son propre rapport à la religion qui est vraiment peu commun.
Je dis "livre" parce que ce n'est pas une biographie, ce n'est pas non plus uniquement un livre sur la religion et sur la sainteté de Thomas More (sinon j'aurai vite décroché). C'est bien un essai dans la tradition de Montaigne, que j'aime vraiment beaucoup mais aussi une analyse sur le texte de L'Utopie et d'autres textes de cet auteur.
C'est une lecture très cultivée puisque le latin et le grec, très utilisés encore à l'époque de More, sont içi souvent employés. Il y a aussi une présentation du contexte historique, politique et religieux de l'époque et du rôle aussi de certains autres humanistes comme Erasme.
J'ai trouvé cette lecture très fluide où le lecteur suit aisément la pensée de l'auteur, comme chez Montaigne et vraiment très édifiante.
Un grand bravo à cet auteur que j'ai découvert grâce à ce texte.

Flavie982, Babelio


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Ainsi que l’écrit l’auteur lui-même, More touche à plusieurs domaines : l’autobiographie, l’essai, la biographie… Au cinéma, ce serait à la fois le film et son making of. En effet, Daniel Charneux (Nuage et eau, Maman Jeanne, Comme un roman fleuve) y raconte à la fois comment il en est venu à écrire un livre sur Thomas More et ce que ce livre contient. Répondant à la proposition qui lui est faite d’«évoquer la vie d’un bienheureux», commande finalement annulée par l’éditeur initial, il choisit d’examiner la vie et l’œuvre de celui qui, en 1535, est condamné à avoir la tête tranchée sur ordre d’Henri VIII d’Angleterre qu’il a pourtant auparavant servi. Leur désaccord porte une question religieuse de taille puisqu’elle est à l’origine de la religion anglicane. Afin de pouvoir épouser en secondes noces Anne Boleyn, le monarque rompt avec le pape qui refuse d’annuler son mariage avec Catherine d’Aragon. Mais son ex-Chancelier, fervent catholique, ne peut renier Rome et refuse de signer l’Acte de succession et le serment reconnaissant l’autorité du roi en matière spirituelle. L’Église catholique lui rendra justice en le canonisant en 1935.
More est construit comme un jeu de piste au cours duquel Daniel Charneux n’hésite pas à se mettre en scène. Il se souvient avoir découvert à dix ans l’auteur de L’Utopie dans le dictionnaire Larousse, il parle de ses contacts avec Anne Staquet, auteure du livre L’Utopie ou les fictions subversives, ou retrace son voyage à Londres sur les traces de son héros. Il lit aussi dans le détail la pièce de théâtre d’Anouilh, Thomas More ou l’homme libre, dont il recopie de nombreux extraits significatifs. Ou remarque que ce catholique opposé aux thèses luthériennes, portant un cilice et pratiquant diverses mortifications, devint, durant les trente-et-un mois où il est le deuxième personnage du royaume, «
 un procureur intransigeant » qui n’hésite pas à appliquer « avec zèle » la loi commandant de brûler les hérétiques.
Or, dans son œuvre majeure publié en 1515, Utopia, réponse à L’Éloge de la folie d’Érasme, il prône une certaine liberté religieuse, comme le note Daniel Charneux qui en explicite le contenu. More se met d’abord en scène avant de donner la parole à un marin portugais, Raphaël Hythlodée, Après avoir, dans la première partie, dressé un « réquisitoire en règle contre l’organisation de l’Angleterre au tournant du Moyen Âge et de la Renaissance », sans que son auteur ne soit pour autant nullement inquiété, celui dont le nom signifie « habile raconteur d’histoires » ou « professeur en sornettes » décrit ensuite l’organisation de l’île d’Utopie présentée comme « la meilleure forme de gouvernement ». Cependant, par certains aspects – la surveillance stricte opérée sur ses habitants soumis à toute une série de règles et d’obligations (en matières sexuelle, de liberté individuelle, de voyage, de travail, de vie familiale) –, cette société « idéale » qui a, pour une large part, inspiré l’idée communiste, « apparaît plutôt comme totalitaire », souligne l’écrivain wallon. Mais, dans sa conclusion, reprenant la parole, More lui-même prend ses distances avec son narrateur, qualifiant d’« absurdes » plusieurs éléments de son discours. Certains commentateurs de L’Utopie, pointant de nombreuses incohérences et invraisemblances, le considèrent d’ailleurs comme une fantaisie.


Michel Paquot, Culture – ULG


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More, une superbe création dans le registre des savoirs

« Durant près d'un an, dans cette prison consentie du bureau, j'ai côtoyé un saint. Moi si petit, je me suis frotté à sa grandeur. »
More s'est imposé à l'auteur... « C'est parti d'un malentendu, écrit Daniel Charneux tout à trac. Comme ça. D'emblée dès la première ligne même. » Voilà une première singularité que relève Geneviève Bergé, dont la remarquable préface fait chorus aux lecteurs qui sont « tombés » sur un livre qui se distingue de tant d'autres... La critique littéraire est chahutée ces derniers temps et c'est une excellente nouvelle pour tous ceux qui se sont quelque peu détournés des « maîtres de chapelle », aussi nombreux que les auteurs eux-mêmes...
Il n'y a pas si longtemps, l'enseignant n'hésitait pas à interroger ses élèves en sciant la branche d'appui de toute inventivité : « Qu'est-ce que Baudelaire a voulu dire à travers ce poème ? » D'où l'embarras de certains, la perplexité chez d'autres, l'ennui chez les moins concernés... Il y a quelque temps, Anne Richter avait fait bouger la critique dans son fort bel ouvrage : Étranges et familiers – 38 portraits d'écrivains de Simenon à Éric-Emmanuel Schmitt (éd. Avant-Propos) ; voilà que par une démarche faussement désinvolte – car libre – s'imposait un choix de textes et d'écrivains vivant en bibliothèque et marquant le temps d'une érudite. Charneux n'est pas éloigné d'une telle démarche.
La liberté qu'il prend en rédigeant son exceptionnel essai-variations sur Thomas More, il l'assume pleinement. Que le lecteur en soit convaincu : Charneux et More ont entrepris à travers le temps un dialogue d'une incontestable honnêteté intellectuelle. Jugeons-en :
« Hésitations de l'écrivain qui, à ce stade, se demande s'il convient d'exposer en détail ses notes sur l'Utopie. Corollaire. Écrivain hésitant : suis-je un écrivain ? Études de lettres et sept romans. Doute, pourtant. Et More écrivain ? Chancelier, juriste... Dans l'Utopie, en tout cas, écrivain de fiction. » (p.72).   Et pour ceux qui douteraient encore de la sincérité de l'essayiste : « More est devenu, sans prévenir, le narrateur personnage. » (p.73).
Voilà qui nous rassure. Le contenu n'est pas celui d'un scribe, mais bien le produit d'une intelligence sensible qui s'interroge sur le bien-fondé de ses sources et sur le caractère pertinent de ses réflexions. Pour le reste, on ne peut vivre et vibrer à chaque page où la houle des sentiments, des réflexions et des postures nous ramènent à nos propres préoccupations.
Charneux ne se cache pas dans les liasses  de l'Utopie. Il s'attarde aux folies de ce XVIe siècle troublé, aux religions « patriotiques » et hostiles, tranchant des vies comme on brûle des livres, avec la même férocité ; il révèle Érasme au milieu de toutes les tempêtes et s'attache aux humeurs du temps, à celles de More et aux siennes, puisque l'histoire d'un homme est toujours une trajectoire inattendue, une pierre d'obsidienne qui se colore différemment selon l'angle du regard.
Pas étonnant que Charneux nous rappelle, dans la foulée de Montaigne : « Je suis moi-même la matière de mon livre ». More sera donc le roman d'un « honnête homme » tout naturellement épris de vérité et d'humilité. La traçabilité d'un individu se mesure peut-être à la qualité du doute qui l'assaille et à travers les mythes qui le sollicitent... L'ouvrage qui parle de More – sans doute le plus autobiographique de Daniel Charneux – est un modèle du genre et sa modernité critique ne souffre guère d'ambiguïté. Un livre qui nous conforte dans l'idée que les bibliothèques sont et restent de bienveillants augures.

 Michel JOIRET, Le Non-Dit.


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Thomas More morcelé pour un portrait original. Rien ne prédisposait Daniel Charneux à écrire un bouquin sur Thomas More (1480-1535), prélat auteur de « L’Utopie », décapité par Henri  VIII et canonisé par l’Église catholique. Voilà pourquoi il s’explique, remonte à la genèse d’un projet qui n’était au départ en rien le sien et retrouve, en sa mémoire et en un vieux Larousse, sa première rencontre avec le personnage.
Après quelque péripétie éditoriale, notre auteur en vient à dire qu’évoquer l’homme d’Église anglais, c’est évoquer son propre rapport à la sainteté. Baptisé par tradition parentale, il s’avance en enquêteur minutieux dans une quête historique qui, de la généalogie familiale, l’amène jusqu’à Jean Anouilh et à sa pièce « Becket ou l’honneur de Dieu ».
Le voici alors, changeant son rôle de narrateur détective pour devenir dialoguiste avec une 'doctoresse'  en philosophie. Sa vision à elle de l’œuvre de More, « L’Utopie », est qu’il s’agit d’une fiction plus qu’un modèle idéal de société, qu’elle se présente comme une réponse à « L’Éloge de la folie » d’Érasme, qu’elle contient « un aspect communiste invraisemblable » notamment parce que dans le pays imaginaire de son livre, « la notion de propriété privée est inconnue » et « les libertés individuelles sont limitées ». Mais More s’avère aussi proche des épicuriens ; et, par certains côtés, annonce même le malthusianisme.
Alors qu’une fois encore Charneux s’interroge à propos de son propre statut d’écrivain dans cet essai qu’il est en train de rédiger, il en vient à la conclusion que la prose de More est une fiction, donc « avant tout un ouvrage Iittéraire » bien plus qu’un pamphlet politique. Même si des événements bien réels de sa vie interviennent dans le livre. Comme la pratique en est courante, actuellement, dans l’autofiction. Et, étant donné que cet ecclésiastique fut exécuté, questionnement à nouveau sur les problèmes posés par l’autofiction et la liberté d’expression aujourd’hui.
Une digression au sujet d’une escapade à Londres en 2014 vient à point pour préciser le décor historique, la vie quotidienne à l’époque et rappeler la canonisation de More après sa mort. Occasion opportune pour mettre en parallèle la décapitation du prélat par un Henri  VIII outré de se voir contesté en son désir de se séparer de la religion de Rome et celle d’un otage français par les islamistes dévoyés.
On s’en rend compte, Charneux a « tenté de construire […] un puzzle ou une mosaïque ». Après avoir retrouvé dans son œuvre antérieure des passages qui parlent de foi, de rituels religieux et d’avoir expliqué ce qui l’a amené à quitter le catholicisme et à se rapprocher du bouddhisme, il se hasarde à qualifier son travail d’« essai enromancé », bien que faute de mieux il se contente d’« essai », terme qui est associé, sur la couverture de l’ouvrage, au terme plus exact de « variations ».

Michel Voiturier, Reflets Wallonie-Bruxelles.








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