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Malika Madi
est romancière et animatrice d’ateliers d’écriture. Son roman “Nuit d’encre pour Farah” a obtenu le Prix de la Première œuvre de la Communauté française de Belgique.

Hassan Bousetta
est chercheur au FNRS et travaille à l’Université de Liège au Centre d’Études de l’Ethnicité et des Migrations.

Anne Morelli,
qui a prêté son concours,
est professeur de critique historique à l’Université Libre de Bruxelles.
Elle est l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés à l’immigration en Belgique.


Malika Madi
Malika Madi

Hassan Bousetta
Hassan Bousetta

Je ne suis pas raciste mais
Photo de couverture :
© Photo Charles Henneghien
"Carnaval de Notting Hill"

Je ne suis pas raciste, mais…

Document, 2012

120 pages.
ISBN: 978-2-930333-50-2
15 EUR


Comment des jeunes perçoivent-ils aujourd’hui l’immigration, la diversité culturelle et en particulier l’islam et les musulmans ?
Entre janvier et juin 2006, Malika Madi a parcouru les écoles secondaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles et animé une centaine de rencontres en classe dans le cadre du projet “Écrivain à l’école”. Chacune de ces rencontres fut pour elle l’occasion d’ouvrir le dialogue avec des élèves de 4e, 5e et 6e secondaires sur la question de l’altérité et des thèmes qui s’y rapportent comme l’immigration, la diversité culturelle, l’islam, etc.
Grâce à l’appui et l’engagement des enseignants, chaque visite fut précédée d’une séance au cours de laquelle les élèves furent amenés à rédiger librement un texte sur leur perception de l’Autre. Tous ces témoignages ont ensuite été soigneusement rassemblés par Malika Madi et ont servi de point de départ, tout autant que de matière première, à la rédaction du présent ouvrage.
Ce texte a surtout la volonté de poursuivre l’échange et tente d’apporter un complément d’information par rapport à ces débats qui, à l’évidence, interpellent les jeunes. Pour répondre à ce défi, Malika Madi s’est tournée vers Anne Morelli et Hassan Bousetta, qui ont prêté leur concours à l’analyse des témoignages et à la rédaction du livre.

Cet ouvrage est une réédition, l'édition originale (Luc Pire) n'étant plus disponible.




Extraits


Le voile islamique

Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, qu’est-ce qui pousse une jeune fille issue de la deuxième, voire de la troisième génération de l’immigration à porter le voile ou hijab ?
À l’heure où la mode est aux petits tops, aux jeans taille basse et aux strings savamment suggérés, qu’est-ce qui se passe dans la tête d’une ado qui grandit en Occident pour vouloir porter un voile et une tunique qui cache ses cheveux, attribut s’il en est de la beauté féminine, et les courbes de son nouveau corps de femme ?
Cette question, les jeunes sont nombreux à se la poser. Filles et garçons, implicitement ou explicitement. La question du port du voile dérange, gêne, perturbe, met en colère, choque, fait peur, mais en tout cas, ne laisse pas indifférent.
Certains disent respecter et même comprendre ce choix. D’autres sont ouvertement contre.
Christophe, 20 ans : « Qu’elles fassent ce qu’elles veulent chez elles, mais à l’école, non ! Pas question de porter le voile ! »
Et puis, il y a ceux pour qui le voile ne dérange pas uniquement à l’école, mais aussi dans l’espace public.
Grégory, 18 ans : « Si elles veulent porter le voile qu’elles retournent dans leur pays ! (…) Si elles veulent vivre ici, elles doivent suivre nos règles… ! »
De très nombreux élèves ont une opinion sur le sujet : positive ou négative. La question du voile fait couler beaucoup d’encre, ici et ailleurs, mais une chose est sûre : quelle que soit la prise de position, très peu connaissent réellement « l’histoire » du voile islamique, sa tradition, sa signification, sa portée religieuse dans le monde en général et en Belgique en particulier.
Certaines musulmanes portent le voile et d’autres pas. Les raisons de le porter ou non sont aussi nombreuses qu’il y a de musulmanes. Nous ne chercherons pas à dire si le fait de porter le voile est une chose positive ou négative, recommandable ou pas. Notre ambition est d’offrir quelques pistes permettant de développer une réflexion libre.
Après la lecture, peut-être pourra-t-on mieux comprendre pourquoi Salima, 15 ans, Schaerbeekoise de naissance et Marocaine d’origine, préfère porter le voile et la tunique islamiques, même sous 35 degrés.


*
Qu’est-ce que le racisme ?

Le racisme est un comportement, conscient ou non, qui se base sur la supériorité de certains êtres humains sur d’autres, et qui conduit à justifier des privilèges, une différence de traitement, de l’hostilité et/ou de l’agressivité, envers un groupe ou une catégorie de personnes. Il peut donc se traduire par des comportements de discrimination ou de ségrégation. En Belgique, comme dans la plupart des sociétés démocratiques, le racisme n’est pas une opinion comme une autre. C’est un délit punissable. La loi belge du 30 juillet 1981, qu’on appelle aussi « Loi Moureaux » du nom de son auteur, a pour but de réprimer les actes inspirés par le racisme ou la xénophobie. Elle a surtout pour but de punir une personne ou un groupe qui inciterait à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe. Ces propos pourraient notamment être véhiculés à travers d’écrits (articles, tracts) dans le but d’attaquer une personne ou un groupe en raison d’une prétendue race, couleur, ascendance, origine nationale ou ethnique…

La logique du racisme consiste souvent à enfermer les individus dans des cases. Le racisme repose donc sur des généralisations. Son objectif est de placer l’Autre dans une position inférieure. Mais la plupart des gens qui adoptent des comportements racistes affirment aussi qu’ils rejettent cette idéologie. Il est d’ailleurs assez exceptionnel que des personnes se revendiquent ouvertement racistes. On trouve cette dénégation du racisme y compris chez des gens qui, comme Jean-Marie Le Pen, président du Front national français, alimentent une idéologie politique xénophobe. Dans la réalité, le fait de se dire « Je ne suis pas raciste » ne suffit pas à se prémunir contre le racisme.
Les spécialistes considèrent que dans le racisme il faut distinguer trois choses :
–    L’idée raciste.
–    Le comportement raciste.
–    L’idéologie politique raciste.
Une personne peut avoir des idées racistes et un comportement qui ne l’est pas. Elle peut avoir des idées et des comportements racistes, mais ne pas soutenir les partis politiques racistes. Et enfin, on peut avoir des personnes qui ont des idées, des comportements et une idéologie raciste comme celle de l’extrême droite.
Les associations antiracistes considèrent qu’il faut combattre sur ces trois fronts. Il faut se mobiliser tout à la fois contre les idées racistes, les pratiques discriminatoires et les idéologies racistes d’où qu’elles viennent. Il faut aussi savoir que les trois niveaux touchent aussi bien les Belges que les personnes d’origine étrangère. Il suffit de penser aux groupes politiques d’extrême droite qui peuvent exister dans certaines communautés immigrées ou à certains employeurs étrangers qui ne recrutent que des personnes de la même origine.
Certaines personnes d’origine étrangère répondent à cela que le racisme et le racisme « à l’envers » ne sont pas identiques, que les deux n’ont ni la même portée, ni les mêmes conséquences sur la vie en société. Ceci est-il exact ? On peut bien sûr reconnaître que les différentes communautés ne sont pas sur un pied d’égalité, notamment sur le plan social et économique. Il est aussi vrai que des individus appartenant à une communauté pauvre seront proportionnellement plus pénalisés par la discrimination que des individus appartenant à une communauté riche. Mais au final, ne faut-il pas condamner, de la même manière, les idées et les comportements racistes des Belges et des non-Belges ?





Ce qu'ils en ont dit

« L’actualité internationale fait souvent état de tensions religieuses ou communautaires. Cela suscite bien des questions dans les écoles, révèle des peurs et provoque des replis qu’ils soient identitaires ou sécuritaires. Comment protéger les valeurs de tolérance, de respect et préserver la jeunesse des stéréotypes et préjugés provoqués par la méconnaissance de l’autre, par l’ignorance des cultures ? C’est l’objectif de cet ouvrage collectif (1) qui livre un panorama didactique des concepts liés aux migrations et à ses chocs culturels. A la fois synthèse et plaidoyer multiculturel, l’ouvrage se prête à une utilisation plurielle.
 (…)
La diversité culturelle est un des fondements de nos sociétés contemporaines. Il est devenu rare de trouver encore dans le monde des sociétés monoculturelles. Dans une société multiculturelle, il conviendra de vivre ensemble : de communiquer et de partager sur un même pied d’égalité. C’est là, bien évidemment, que se trouve toute la difficulté. Toute société basée sur le ghetto ne peut être une société multiculturelle démocratique.
(…)
Les sociétés démocratiques se trouvent souvent face à un dilemme : relativisme culturel ou ethnocentrisme ? Poussés à l’extrême, ces concepts ou points de vue peuvent aboutir à une justification de pratiques qui sont antinomiques aux droits et libertés fondamentales. Ces mêmes pratiques ne sont pas nécessairement le fruit du religieux mais trouvent leurs origines dans la culture ou la société (l’esclavagisme, la misogynie, la ségrégation). Peut-on au nom de traditions et du respect des traditions se détacher de sa propre culture pour comprendre – et assimiler ? - celle des autres ou bien faut-il adopter le regard philosophique des droits de l’homme comme une donne véritablement universelle ?
(…) »
Christine Donjean (Revue « Réflexions », Université de Liège)



*


Le 5 février 2013,  interview par Marilena di Stasi
sur les ondes de Radio-Alma – Brussellando








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