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Après une enfance africaine,
Liliane Schraûwen
a fait des études de lettres qui l’ont menée à l’enseignement et à l’écriture.
Elle est l’auteur de plusieurs romans et recueils de nouvelles publiés en France et en Belgique, ainsi que d’une enquête historique sur la mort mystérieuse du pape Jean-Paul Ier et de plusieurs ouvrages consacrés aux Grandes Affaires criminelles de Belgique, qui ont connu un net succès.
Elle a également été directrice de collection aux éditions Marabout. Nègre et rewriter à l’occasion, elle s’occupe de coaching littéraire.
Elle a obtenu le Prix littéraire du Parlement de la Fédération Walonie-Bruxelles, le Prix Emma Martin, et a été finaliste du prix Rossel.

Liliane Schraûwen

Petites morts


EXQUISES PETITES MORTS

Nouvelles, 2020
148 pages
ISBN : 978-2-8070-0239-5 (livre) –  978-2-8070-0240-1 (PDF) –  978-2-8070-0241-8 (ePub)
15,00 EUR (Imprimé) – 8,99 EUR (e-book)

L’amour… On le cherche, on le poursuit, on le fait et le défait, on en jouit, on en souffre. On le chante, l’écrit, le peint, le joue et le feint… On meurt pour lui, ou l’on tue. Mais que recouvre ce mot ? Nous aimons Dieu (parfois), notre patrie (rarement), nos parents, nos enfants. Nous aimons rire et chanter, nous aimons le sport, le cinéma, et même le chocolat ou le bon vin. Nous aimons nos rêves, nous aimons aimer. Nous aimons, aussi et surtout, cette moitié d’orange dont on nous a dit et répété qu’elle existe, qu’elle est là, quelque part, à nous attendre, et qu’elle comblera tous nos désirs, tous nos besoins.
Le même terme pour désigner tant de choses : possession, jouissance, domination, jalousie, volupté, tendresse, sacrifice… Depuis toujours, Éros et agapè jouent à cache-cache pour mieux nous tromper. Parfois, ils se trompent eux-mêmes, et tout dérape. Le bus fait une embardée, la déception nous dévore, la belle endormie oublie de se réveiller, la foudre frappe pour de bon…



e-book
8,99 EUR




Extrait


Au bout d’un moment, j’ai quand même levé les yeux vers le visage de l’homme assis en face de moi. Je savais que c’était un homme parce que mes genoux touchaient presque les siens qui se trouvaient enveloppés dans un pantalon incontestablement masculin.
J’ai lancé un regard vers lui, et j’ai ressenti une sorte de choc. Il était jeune, entre vingt et trente ans je dirais, et surtout, il était prodigieusement beau. Les yeux clos, très pâle, la tête appuyée à la paroi capitonnée du bus, il semblait dormir, ce qui me permettait de l’observer sans réserve. Je me suis dit que je n’avais jamais rien vu d’aussi parfait que ce visage. Ses cheveux très noirs lui retombaient sur le front en mèches souples. Dans la narine droite, il avait une sorte de tampon imbibé de sang. Je me suis aussitôt mise à imaginer toutes sortes de possibilités, parmi lesquelles j’ai fini par opter pour celle qui me paraissait la plus vraisemblable : il devait sortir d’un hôpital où l’on avait pratiqué sur lui une quelconque intervention, bénigne sans doute, mais tellement douloureuse et, surtout, spectaculaire. Sa beauté et sa pâleur, la finesse de ses traits, le noir de ses cheveux, ce sang d’un rouge agressif, tout cela constituait une image étrangement attirante que rehaussait pour moi l’évidence de sa souffrance.
J’ai compris qu’il ne dormait pas, car ses cils par moments frémissaient. Il devait être assommé par les vestiges d’une anesthésie ou par les antalgiques. Sa bouche parfois se crispait légèrement, et une ride verticale se creusait entre ses sourcils comme sous l’effet de la douleur, à chaque arrêt et à chaque cahot du bus.
J’ai ressenti, quelque part tout au fond de mon ventre, très bas, une tension, un trouble, une chaleur inconnue. J’étais innocente en ce temps-là ; je n’aurais pu mettre un nom sur cet ensemble de sensations nouvelles et ambiguës. Quelque chose s’était éveillé en un lieu mystérieux de mon être, quelque chose de physique et d’émotionnel à la fois. Comme un tremblement, une fièvre légère, un manque, une faim, un besoin, un vide à combler. Mon cœur battait vite et fort, une sorte de palpitation remuait au creux le plus secret et le plus sombre de mon corps. Cela a grandi jusqu’à me remplir toute, c’était douloureux et délicieux. J’avais l’impression que la mer montait en moi, se gonflait de vagues violentes et sucrées avant de déferler loin à l’intérieur des terres, bien au-delà des digue.





Ce qu'ils en ont dit

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« L’amour physique est sans issue… »

Frissons nerveux, étourdissements, syncope. Tels étaient les manifestations du mal appelé « petite mort » à l’époque d’Ambroise Paré. Celle-ci donnait en quelque sorte un aperçu de l’absence totale dans laquelle plonge la « grande », elle définitive (du moins, officiellement). Cette disjonction neuronale a par la suite été pénétrée par le langage érotique pour n’envelopper que la rupture de conscience, le hiatus de contrôle, l’électricité disruptive qu’est l’orgasme.
Les nouvelles d’Exquises petites morts explorent ce moment, parfois délicieusement douloureux ou douloureusement délicieux : « C’est si bon quelquefois […] de laisser grandir en soi la douleur en même temps que le vertige, de les faire naître l’une de l’autre, ensemble, au même rythme, […] sans que l’on sache, de la douleur ou de la volupté, ce qui l’emporte au plus fort de la jouissance. » Mais, en vérité, ce n’est pas un recueil où se bousculent onze mille verges ni des femmes égarées dans des nuances de gris. Ce qui nous propose Liliane Schraûwen est moins cru et goulu que de l’Apollinaire, et moins tristement cliché et insipide que de l’E. L. James. L’auteure s’intéresse en effet surtout à ce qui fait naître, venir, monter ces « exquises petites morts » ; le désir : « Quelque chose s’était éveillé en un lieu mystérieux de mon être, quelque chose de physique et d’émotionnel à fois. Comme un tremblement, une fièvre légère, un manque, une faim, un besoin, un vide à combler. »
Le désir incompréhensible et foudroyant né d’un simple contact en société ou dans un transport en commun ; celui méticuleusement anticipé et orchestré, dans la volonté d’une conquête ; celui gonflé autour d’une femme qui « doit rester mirage, donner chair et consistance à un aussi merveilleux fantasme, cela peut être dangereux » ; celui fétichisé, sensuel, qui se dégoupille à la vue, au toucher, à l’odeur, au goût, au bruit de l’objet du fantasme ; celui moins avouable, se renflant de voyeurisme, d’exhibitionnisme ou de sauvagerie ; celui délirant de l’érotomane, finalement tout aussi mortifère que celui animant la vengeresse ; celui désespéré et vain des âmes solitaires, endormies ou quittées.
Dans ces nouvelles, Schraûwen s’attache à la description des corps, précisément, et de leur mise en contact qui bouleverse, rien n’ayant changé depuis Racine : « Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ; Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais plus parler ; Je sentis tout mon corps et transir et brûler. » Mais elle injecte également au sein de ses textes une dimension plus profonde, avec humour et cruauté, à travers des mises en situation et des réflexions plus dures concernant la vieillesse, la fragilité, l’inanité, le désespoir, l’insatisfaction, le monde moderne, et la Mort. Éros et Thanatos, plus que jamais liés.

Samia Hammami, Le Carnet et les Instants


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Après une enfance africaine, Liliane Schraûwen est retournée en Belgique pour effectuer des études qui l’ont menée à enseigner et à écrire. Aujourd’hui, elle nous revient avec un recueil de nouvelles qui gravitent autour du thème amoureux. L’amour avec un grand ou un petit a. Universel, fort, possessif, jaloux, généreux… Qui noue des liens ou qui brise une histoire, qui infléchit durablement une existence. Au fil des récits, le lecteur découvre qu’il se décline sous diverses identités. De la sorte, on peut aimer bien, un peu, d’un amour filial, etc. On sait également aimer Dieu, une activité, une région. Nous aimons aussi certains mets : très cuits, plutôt crus. Au demeurant, l’expression enrobe tant de choses qu’elle nous conduit au vertige et bouscule les sens. Depuis toujours, Éros trouble nos sentiments, perturbe nos émotions, nous envoûte ou nous trompe. Avec dix-sept récits courts, l’autrice joue à cache-cache avec les poncifs, jongle avec les mots, pose des situations et nous montre à quel point on peut se laisser envoûter de manière à perdre toute
ascendance sur sa vie, à se laisser juguler par des attentes, à s’offrir sans contrepartie, à se perdre au point de se noyer. Ici, le bus fait une embardée, la belle endormie ne se réveille pas, la foudre frappe avec brutalité,… L’art de la nouvelle repose sur la concision et convainc par sa chute. Mission réussie avec ce petit livre à lire au temps du déconfinement progressif !

Daniel Bastié, Bruxelles Culture.

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Interview par Willy Lefèvre

https://www.youtube.com/watch?v=g0gfow1EM80&feature=youtu.be


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J'étais curieuse de découvrir la plume de Liliane Schraûwen, dont des textes ont aussi été publiés chez Luce Wilquin et Quadrature.
« La petite mort », c’est ainsi que l’on désignait l’épilepsie dans la médecine ancienne. Cette expression a pris un sens figuré et familier pour désigner l’orgasme. Au fil de dix-sept nouvelles, Liliane Schraûuwen explore le sentiment amoureux et tout particulièrement le désir : celui qui naît au premier regard ou au premier contact physique, celui qui se contrôle voluptueusement, celui qui domine, celui qui veut posséder à tout prix. Les jeux sado-masochistes, le voyeurisme, le harcèlement, les fantasmes s’invitent dans le sentiment amoureux. Ce qui est intéressant, comme le dit la quatrième de couverture, c’est le moment où les choses dérapent, où la puissance se fait dominatrice, où le jeu érotique devient mortel.
Bon, il me faut avouer que les écrits sur l’intimité amoureuse, l’érotisme, ce n’est pas trop mon goût. Alors, pourquoi, me demanderez-vous, ai-je demandé ce livre ? Eh bien, il faut que je vous avoue qu’après quelques nouvelles bien écrites mais trop « physiques » à mon goût, mon attention a été réveillée grâce à les nouvelles Rabelais, Victor et moi » et Aglaé. La première met en scène une jeune ado qui croit dur comme fer que les bébés naissent par l’oreille, comme Gargantua, la seconde imagine une autre ado totalement fan d’une autrice, Aglaé (qui ressemble furieusement à une certaine Amélie N.) qui lui écrit des lettres de plus en plus pressantes jusqu’à une rencontre tragique avec son idole. L’humour de ces deux textes a relancé mon intérêt pour toutes ces situations amoureuses qu’analyse Liliane Schraûwen avec finesse.
J’ai aussi été touchée par la nouvelle La chance, qui dresse le portrait impitoyable de la moderne solitude des coeurs, de l’égoïsme, l’indifférence, l’irresponsabilité générées dans notre société. J’ai aussi aimé la dernière nouvelle du recueil, Eros et Thanatos, qui évoque une autre forme de solitude et un fantasme particulier. Le titre de ce dernier texte résume à lui seul les subtils aléas du sentiment amoureux.
Au final, je ne regrette pas du tout cette découverte, cachée sous une couverture soignée.

Anne7500, Des mots et des notes.


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De l’amour à mort

L’amour, « what else? », comme dirait Clooney dans la pub. Les 17 nouvelles de ce recueil ne parlent que de ça. Et de désirs, de fantasmes, de sexe, de mort. On appelle bien l’orgasme la petite mort, et on sait qu’Éros et Thanatos sont indissociables, pulsion de vie et pulsion de mort réunies. Liliane Schraûwen s’amuse à faire partager ces instants où, soudain, toute pudeur, toute prudence s’envolent pour laisser la place à la passion dévorante, au vertige, à l’extase. « Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue / Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais plus parler / Je sentis tout mon corps et transir et brûler. » Ce que Racine faisait dire à Phèdre il y a près de 350 ans, on peut toujours le sentir aujourd’hui. Les sentiments et les sensations n’ont guère changé. Seul le décor se modifie. C’est le bus quotidien où l’adolescente ose caresser la cuisse de son voisin inconnu. Le train où le voyageur admire, respire, lèche le pied de la belle inconnue en d’exquises impressions. Le trou de ver de la SF qu’emprunte le chançard qui veut s’en aller baiser les Martiennes et les Vénusiennes. La femme trop vieille et trop fripée pour ce don Juan dont la peau pourtant, à peine frôlée, provoque un choc électrique, sensuel, érotique, qu’il faut assouvir immédiatement. Ou ce couple qui a fait l’amour de parfaite façon, excité qu’il était par la présence d’un voyeur. Et ce type amoureux de l’art funéraire et d’une jeune fille statufiée à genoux sur
une tombe, qu’il désire et qu’il prend.
La mort est toujours là, qui rôde, comme dans ce cimetière, ou qui ponctue, ou qui conclut. Je t’aime, je te tue. L’amour fou d’une jeune fan pour Aglaé, écrivaine aux chapeaux sophistiqués (on aura compris de qui il s’agit), peut-il se conclure autrement ?
En fait, Liliane Schraûwen mène au bout de leur logique les désirs de chacun. Ça mène au coup de foudre, à l’amour physique intense, certes. Mais la foudre peut aussi frapper pour de bon, le pied adulé cogner durement le visage aimant et la petite mort perdre son qualificatif.

J.-C. V., Le Soir
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Exquises petites morts, un titre intriguant tout comme la couverture, un buste et deux corps entrelacés, point de départ de cette belle lecture.
Savez-vous ce qu'est l'exquise petite mort ? C'est ce que l'on nomme le plaisir, l'orgasme, la jouissance.
Un recueil qui parle de l'amour, du désir, de la jouissance qu'il provoque en nous et ce pourquoi nous serions prêts à tout.

18 nouvelles au total, l'amour existe à tout âge, que ce soit :
- Le bus du matin : une adolescente
est attirée par un bel inconnu et se laisse emporter jusqu'à l'embardée.
- Le timide : celui qui trouve toujours un défaut à toute femme, il a enfin trouvé son idéal.  Sera-t-elle sans surprise?
- L'âme soeur : être prêt à tout pour la découvrir, en profiter, la garder.  Prêt à tout vous avez dit ?  oh oui même à l'impensable.
- Rabelais : j'ai adoré cette nouvelle, une belle fiction, un bébé par l'oreille ?
- Aglaé et lecture inclusive est une de mes préférées.  Comment une relation peut-elle évoluer, basculer.  On identifie rapidement notre Amélie nationale et ses fans.
C'est une écriture que j'ai aimée, parfois poétique, tendre mais aussi violente ou cruelle.  Les chutes sont à chaque fois surprenantes, ce que j'ai adoré.
Liliane Schraûwen nous parle de rêve, d'espoir, de découverte, de désir, de jouissance, de fantasme parfois avec une certaine violence d'ailleurs mais elle nous parle aussi de passion, de rupture et de solitude.
Et tout à coup tout bascule souvent avec violence, il y a le temps qui passe et la façon dont se termine l'amour, la passion.  Qu'en reste-t-il au final.
J'ai beaucoup aimé le basculement à chaque fois, la rupture du charme ou le retournement de situation.
C'est une plume de talent à découvrir.
Ma note :  9/10

https://nathavh49.blogspot.com/2020/07/exquises-petites-morts-liliane-schrauwen.html
Le coin lecture de Nath







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