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Après une enfance africaine,
Liliane Schraûwen
a fait des études de lettres qui l’ont menée à l’enseignement et à l’écriture.
Elle est l’auteur de plusieurs romans et recueils de nouvelles publiés en France et en Belgique, ainsi que d’une enquête historique sur la mort mystérieuse du pape Jean-Paul Ier et de plusieurs ouvrages consacrés aux Grandes Affaires criminelles de Belgique, qui ont connu un net succès.
Elle a également été directrice de collection aux éditions Marabout. Nègre et rewriter à l’occasion, elle s’occupe de coaching littéraire.
Elle a obtenu le Prix littéraire du Parlement de la Fédération Walonie-Bruxelles, le Prix Emma Martin, et a été finaliste du prix Rossel.

Liliane Schraûwen

Petites morts


EXQUISES PETITES MORTS

Nouvelles, 2020
148 pages
ISBN : 978-2-8070-0239-5 (livre) –  978-2-8070-0240-1 (PDF) –  978-2-8070-0241-8 (ePub)
15,00 EUR (Imprimé) – 8,99 EUR (e-book)

L’amour… On le cherche, on le poursuit, on le fait et le défait, on en jouit, on en souffre. On le chante, l’écrit, le peint, le joue et le feint… On meurt pour lui, ou l’on tue. Mais que recouvre ce mot ? Nous aimons Dieu (parfois), notre patrie (rarement), nos parents, nos enfants. Nous aimons rire et chanter, nous aimons le sport, le cinéma, et même le chocolat ou le bon vin. Nous aimons nos rêves, nous aimons aimer. Nous aimons, aussi et surtout, cette moitié d’orange dont on nous a dit et répété qu’elle existe, qu’elle est là, quelque part, à nous attendre, et qu’elle comblera tous nos désirs, tous nos besoins.
Le même terme pour désigner tant de choses : possession, jouissance, domination, jalousie, volupté, tendresse, sacrifice… Depuis toujours, Éros et agapè jouent à cache-cache pour mieux nous tromper. Parfois, ils se trompent eux-mêmes, et tout dérape. Le bus fait une embardée, la déception nous dévore, la belle endormie oublie de se réveiller, la foudre frappe pour de bon…



e-book
8,99 EUR




Extrait


Au bout d’un moment, j’ai quand même levé les yeux vers le visage de l’homme assis en face de moi. Je savais que c’était un homme parce que mes genoux touchaient presque les siens qui se trouvaient enveloppés dans un pantalon incontestablement masculin.
J’ai lancé un regard vers lui, et j’ai ressenti une sorte de choc. Il était jeune, entre vingt et trente ans je dirais, et surtout, il était prodigieusement beau. Les yeux clos, très pâle, la tête appuyée à la paroi capitonnée du bus, il semblait dormir, ce qui me permettait de l’observer sans réserve. Je me suis dit que je n’avais jamais rien vu d’aussi parfait que ce visage. Ses cheveux très noirs lui retombaient sur le front en mèches souples. Dans la narine droite, il avait une sorte de tampon imbibé de sang. Je me suis aussitôt mise à imaginer toutes sortes de possibilités, parmi lesquelles j’ai fini par opter pour celle qui me paraissait la plus vraisemblable : il devait sortir d’un hôpital où l’on avait pratiqué sur lui une quelconque intervention, bénigne sans doute, mais tellement douloureuse et, surtout, spectaculaire. Sa beauté et sa pâleur, la finesse de ses traits, le noir de ses cheveux, ce sang d’un rouge agressif, tout cela constituait une image étrangement attirante que rehaussait pour moi l’évidence de sa souffrance.
J’ai compris qu’il ne dormait pas, car ses cils par moments frémissaient. Il devait être assommé par les vestiges d’une anesthésie ou par les antalgiques. Sa bouche parfois se crispait légèrement, et une ride verticale se creusait entre ses sourcils comme sous l’effet de la douleur, à chaque arrêt et à chaque cahot du bus.
J’ai ressenti, quelque part tout au fond de mon ventre, très bas, une tension, un trouble, une chaleur inconnue. J’étais innocente en ce temps-là ; je n’aurais pu mettre un nom sur cet ensemble de sensations nouvelles et ambiguës. Quelque chose s’était éveillé en un lieu mystérieux de mon être, quelque chose de physique et d’émotionnel à la fois. Comme un tremblement, une fièvre légère, un manque, une faim, un besoin, un vide à combler. Mon cœur battait vite et fort, une sorte de palpitation remuait au creux le plus secret et le plus sombre de mon corps. Cela a grandi jusqu’à me remplir toute, c’était douloureux et délicieux. J’avais l’impression que la mer montait en moi, se gonflait de vagues violentes et sucrées avant de déferler loin à l’intérieur des terres, bien au-delà des digue.





Ce qu'ils en ont dit

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« L’amour physique est sans issue… »

Frissons nerveux, étourdissements, syncope. Tels étaient les manifestations du mal appelé « petite mort » à l’époque d’Ambroise Paré. Celle-ci donnait en quelque sorte un aperçu de l’absence totale dans laquelle plonge la « grande », elle définitive (du moins, officiellement). Cette disjonction neuronale a par la suite été pénétrée par le langage érotique pour n’envelopper que la rupture de conscience, le hiatus de contrôle, l’électricité disruptive qu’est l’orgasme.
Les nouvelles d’Exquises petites morts explorent ce moment, parfois délicieusement douloureux ou douloureusement délicieux : « C’est si bon quelquefois […] de laisser grandir en soi la douleur en même temps que le vertige, de les faire naître l’une de l’autre, ensemble, au même rythme, […] sans que l’on sache, de la douleur ou de la volupté, ce qui l’emporte au plus fort de la jouissance. » Mais, en vérité, ce n’est pas un recueil où se bousculent onze mille verges ni des femmes égarées dans des nuances de gris. Ce qui nous propose Liliane Schraûwen est moins cru et goulu que de l’Apollinaire, et moins tristement cliché et insipide que de l’E. L. James. L’auteure s’intéresse en effet surtout à ce qui fait naître, venir, monter ces « exquises petites morts » ; le désir : « Quelque chose s’était éveillé en un lieu mystérieux de mon être, quelque chose de physique et d’émotionnel à fois. Comme un tremblement, une fièvre légère, un manque, une faim, un besoin, un vide à combler. »
Le désir incompréhensible et foudroyant né d’un simple contact en société ou dans un transport en commun ; celui méticuleusement anticipé et orchestré, dans la volonté d’une conquête ; celui gonflé autour d’une femme qui « doit rester mirage, donner chair et consistance à un aussi merveilleux fantasme, cela peut être dangereux » ; celui fétichisé, sensuel, qui se dégoupille à la vue, au toucher, à l’odeur, au goût, au bruit de l’objet du fantasme ; celui moins avouable, se renflant de voyeurisme, d’exhibitionnisme ou de sauvagerie ; celui délirant de l’érotomane, finalement tout aussi mortifère que celui animant la vengeresse ; celui désespéré et vain des âmes solitaires, endormies ou quittées.
Dans ces nouvelles, Schraûwen s’attache à la description des corps, précisément, et de leur mise en contact qui bouleverse, rien n’ayant changé depuis Racine : « Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ; Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais plus parler ; Je sentis tout mon corps et transir et brûler. » Mais elle injecte également au sein de ses textes une dimension plus profonde, avec humour et cruauté, à travers des mises en situation et des réflexions plus dures concernant la vieillesse, la fragilité, l’inanité, le désespoir, l’insatisfaction, le monde moderne, et la Mort. Éros et Thanatos, plus que jamais liés.

Samia Hammami, Le Carnet et les Instants


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Après une enfance africaine, Liliane Schraûwen est retournée en Belgique pour effectuer des études qui l’ont menée à enseigner et à écrire. Aujourd’hui, elle nous revient avec un recueil de nouvelles qui gravitent autour du thème amoureux. L’amour avec un grand ou un petit a. Universel, fort, possessif, jaloux, généreux… Qui noue des liens ou qui brise une histoire, qui infléchit durablement une existence. Au fil des récits, le lecteur découvre qu’il se décline sous diverses identités. De la sorte, on peut aimer bien, un peu, d’un amour filial, etc. On sait également aimer Dieu, une activité, une région. Nous aimons aussi certains mets : très cuits, plutôt crus. Au demeurant, l’expression enrobe tant de choses qu’elle nous conduit au vertige et bouscule les sens. Depuis toujours, Éros trouble nos sentiments, perturbe nos émotions, nous envoûte ou nous trompe. Avec dix-sept récits courts, l’autrice joue à cache-cache avec les poncifs, jongle avec les mots, pose des situations et nous montre à quel point on peut se laisser envoûter de manière à perdre toute
ascendance sur sa vie, à se laisser juguler par des attentes, à s’offrir sans contrepartie, à se perdre au point de se noyer. Ici, le bus fait une embardée, la belle endormie ne se réveille pas, la foudre frappe avec brutalité,… L’art de la nouvelle repose sur la concision et convainc par sa chute. Mission réussie avec ce petit livre à lire au temps du déconfinement progressif !

Daniel Bastié, Bruxelles Culture.

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Interview par Willy Lefèvre

https://www.youtube.com/watch?v=g0gfow1EM80&feature=youtu.be


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J'étais curieuse de découvrir la plume de Liliane Schraûwen, dont des textes ont aussi été publiés chez Luce Wilquin et Quadrature.
« La petite mort », c’est ainsi que l’on désignait l’épilepsie dans la médecine ancienne. Cette expression a pris un sens figuré et familier pour désigner l’orgasme. Au fil de dix-sept nouvelles, Liliane Schraûuwen explore le sentiment amoureux et tout particulièrement le désir : celui qui naît au premier regard ou au premier contact physique, celui qui se contrôle voluptueusement, celui qui domine, celui qui veut posséder à tout prix. Les jeux sado-masochistes, le voyeurisme, le harcèlement, les fantasmes s’invitent dans le sentiment amoureux. Ce qui est intéressant, comme le dit la quatrième de couverture, c’est le moment où les choses dérapent, où la puissance se fait dominatrice, où le jeu érotique devient mortel.
Bon, il me faut avouer que les écrits sur l’intimité amoureuse, l’érotisme, ce n’est pas trop mon goût. Alors, pourquoi, me demanderez-vous, ai-je demandé ce livre ? Eh bien, il faut que je vous avoue qu’après quelques nouvelles bien écrites mais trop « physiques » à mon goût, mon attention a été réveillée grâce à les nouvelles Rabelais, Victor et moi » et Aglaé. La première met en scène une jeune ado qui croit dur comme fer que les bébés naissent par l’oreille, comme Gargantua, la seconde imagine une autre ado totalement fan d’une autrice, Aglaé (qui ressemble furieusement à une certaine Amélie N.) qui lui écrit des lettres de plus en plus pressantes jusqu’à une rencontre tragique avec son idole. L’humour de ces deux textes a relancé mon intérêt pour toutes ces situations amoureuses qu’analyse Liliane Schraûwen avec finesse.
J’ai aussi été touchée par la nouvelle La chance, qui dresse le portrait impitoyable de la moderne solitude des coeurs, de l’égoïsme, l’indifférence, l’irresponsabilité générées dans notre société. J’ai aussi aimé la dernière nouvelle du recueil, Eros et Thanatos, qui évoque une autre forme de solitude et un fantasme particulier. Le titre de ce dernier texte résume à lui seul les subtils aléas du sentiment amoureux.
Au final, je ne regrette pas du tout cette découverte, cachée sous une couverture soignée.

Anne7500, Des mots et des notes.


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De l’amour à mort

L’amour, « what else? », comme dirait Clooney dans la pub. Les 17 nouvelles de ce recueil ne parlent que de ça. Et de désirs, de fantasmes, de sexe, de mort. On appelle bien l’orgasme la petite mort, et on sait qu’Éros et Thanatos sont indissociables, pulsion de vie et pulsion de mort réunies. Liliane Schraûwen s’amuse à faire partager ces instants où, soudain, toute pudeur, toute prudence s’envolent pour laisser la place à la passion dévorante, au vertige, à l’extase. « Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue / Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais plus parler / Je sentis tout mon corps et transir et brûler. » Ce que Racine faisait dire à Phèdre il y a près de 350 ans, on peut toujours le sentir aujourd’hui. Les sentiments et les sensations n’ont guère changé. Seul le décor se modifie. C’est le bus quotidien où l’adolescente ose caresser la cuisse de son voisin inconnu. Le train où le voyageur admire, respire, lèche le pied de la belle inconnue en d’exquises impressions. Le trou de ver de la SF qu’emprunte le chançard qui veut s’en aller baiser les Martiennes et les Vénusiennes. La femme trop vieille et trop fripée pour ce don Juan dont la peau pourtant, à peine frôlée, provoque un choc électrique, sensuel, érotique, qu’il faut assouvir immédiatement. Ou ce couple qui a fait l’amour de parfaite façon, excité qu’il était par la présence d’un voyeur. Et ce type amoureux de l’art funéraire et d’une jeune fille statufiée à genoux sur
une tombe, qu’il désire et qu’il prend.
La mort est toujours là, qui rôde, comme dans ce cimetière, ou qui ponctue, ou qui conclut. Je t’aime, je te tue. L’amour fou d’une jeune fan pour Aglaé, écrivaine aux chapeaux sophistiqués (on aura compris de qui il s’agit), peut-il se conclure autrement ?
En fait, Liliane Schraûwen mène au bout de leur logique les désirs de chacun. Ça mène au coup de foudre, à l’amour physique intense, certes. Mais la foudre peut aussi frapper pour de bon, le pied adulé cogner durement le visage aimant et la petite mort perdre son qualificatif.

J.-C. V., Le Soir
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Exquises petites morts, un titre intriguant tout comme la couverture, un buste et deux corps entrelacés, point de départ de cette belle lecture.
Savez-vous ce qu'est l'exquise petite mort ? C'est ce que l'on nomme le plaisir, l'orgasme, la jouissance.
Un recueil qui parle de l'amour, du désir, de la jouissance qu'il provoque en nous et ce pourquoi nous serions prêts à tout.

18 nouvelles au total, l'amour existe à tout âge, que ce soit :
- Le bus du matin : une adolescente
est attirée par un bel inconnu et se laisse emporter jusqu'à l'embardée.
- Le timide : celui qui trouve toujours un défaut à toute femme, il a enfin trouvé son idéal.  Sera-t-elle sans surprise?
- L'âme soeur : être prêt à tout pour la découvrir, en profiter, la garder.  Prêt à tout vous avez dit ?  oh oui même à l'impensable.
- Rabelais : j'ai adoré cette nouvelle, une belle fiction, un bébé par l'oreille ?
- Aglaé et lecture inclusive est une de mes préférées.  Comment une relation peut-elle évoluer, basculer.  On identifie rapidement notre Amélie nationale et ses fans.
C'est une écriture que j'ai aimée, parfois poétique, tendre mais aussi violente ou cruelle.  Les chutes sont à chaque fois surprenantes, ce que j'ai adoré.
Liliane Schraûwen nous parle de rêve, d'espoir, de découverte, de désir, de jouissance, de fantasme parfois avec une certaine violence d'ailleurs mais elle nous parle aussi de passion, de rupture et de solitude.
Et tout à coup tout bascule souvent avec violence, il y a le temps qui passe et la façon dont se termine l'amour, la passion.  Qu'en reste-t-il au final.
J'ai beaucoup aimé le basculement à chaque fois, la rupture du charme ou le retournement de situation.
C'est une plume de talent à découvrir.
Ma note :  9/10

https://nathavh49.blogspot.com/2020/07/exquises-petites-morts-liliane-schrauwen.html
Le coin lecture de Nath

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Dix-sept nouvelles, écrites au bouillon rouge des sens et traversées par une flamme jaillie d’un brasier érotique de première grandeur. L’auteur y a fait crépiter l’étincelle dès les premières lignes et l’on quitte le livre en implorant le ciel de nous accorder une accalmie de chasteté et de fraîcheur… Le thème : la passion de la conquête, de la possession de l’autre, même dans la douleur, subie ou complice, pourvu que l’échange provoque la plus haute jouissance suivie de la petite mort, qui n’est jamais que feinte ou de brève durée avant de nouvelles aventures, les plus surprenantes et enivrantes possibles. La jambe d’un homme dans un bus qui offre à une main féminine débutante une escalade lente et haletante… Une beauté rare, quasi intouchable, mais une voix vulgaire dans une bouche de femme trop vite attirante pour être parfaite… Dominique séduisant Dominique et passant du plaisir aigu à la souffrance perverse, mais à quel sexe appartiennent-ils donc, ces deux-là ? Le doute sera-t-il levé à la fin du récit ? Dans un train cette fois, le pied tendu d’une jeune femme, objet d’un fétichisme candide et périlleux… Un simple contact physique, au cours d’une soirée, entre un trentenaire séduisant et une dame d’un certain âge, et le coup anodin devient coup de foudre incendiaire, avant de s’achever tout aussi rapidement à la fin de l’orage… S’offrir en spectacle amoureux devant un voyeur, vieux de préférence, soudé à sa fenêtre, ou rêver d’une passagère, assise à vos côtés, au cours d’un vol avec fortes turbulences, en mêlant votre cri de victoire aux hurlements de frayeur tout autour de vous… Désirer une merveilleuse endormie, même si elle est morte en réalité, ou adorer une statue de bronze dans un cimetière, au point de l’embrasser et même de l’embraser… Rien dans ce recueil qui brûle les doigts n’est banal ni tout à fait simple à vivre, mais n’est-ce pas ce qui rend la littérature de ce genre si attrayante ? Et quelle surprise à la fin de lire cette déclaration d’amour d’une jeune lectrice à la très chère Aglaé en qui chaque lecteur reconnaîtra aisément le génie séducteur et les sortilèges littéraires d’une certaine et célèbre Amélie, devenue, le temps d’une lettre délirante, un vrai personnage de fiction… Laissez-vous, à votre tour, emporter sans risque dans ces pages exquisément vivantes !

Michel Ducobu, Reflets Wallonie-Bruxelles.

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17 nouvelles :
1. le bus du matin
C'est une jeune fille sage se rendant à son examen de latin. En face d'elle dans le bus, un jeune homme. Il a l'air endormi, mais il semble souffrir. Il est beau ! Si beau ! Jamais elle n'en a vu d'aussi beau. Délicatement, elle pose sa main sur sa cuisse…
2. le timide
Cela fait des jours qu'il la regarde. Chez les femmes, mêmes les plus belles, il y a toujours un détail qui cloche. Chez elle non ! Bien sûr ! il suffit de voir comment elle se déhanche pour s'en persuader même s'il ne l'a jamais vue nue, et pour cause ! Dans le train, il s'assied en face d'elle. Pourtant, jamais leurs regards ne se croisent. Va-t-il oser franchir le pas et l'aborder sous un prétexte aussi futile soit-il ?
3. Dominique ou Dominique ?
Dominique est un prénom épicène. Si vous ne savez pas ce que c'est, adressez-vous à Amélie Nothomb !
Dominique est de retour auprès de lui. Nu sur son lit, il dort. Ils eurent ensemble des moments merveilleux, mais Dominique ne saurait oublier le mal qu'il lui a fait ! Au point que Dominique a longtemps hésité entre se tuer et le tuer…
4. Collection Romances
Elle est infirmière… Enfin, presque, aide-soignante plus précisément. Elle croit au grand Amour tel qu'on le rencontre dans ces livres qu'elle achète par brouettes entières dans un magasin de seconde main, ces bouquins où l'amour finit toujours par triompher. Oh, elle s'est déjà beaucoup plantée, notamment avec ce médecin ! Elle y était presque, et puis, crack ! zim ! boum ! Raté ! Mais contrairement à d'autres, elle sait qu'elle va y arriver ! Elle sait qu'elle va croiser par hasard celui avec qui elle filera le parfait amour. Justement, ce trentenaire qui lit un livre tout froissé, là, dans ce café… Elle sait que c'est lui que le destin lui a réservé !
5. le pied
Marie-Lou et Pierre sont issus du même village. Ils ont fait leurs classes primaires ensemble en toute complicité. Les études secondaires, à la ville, les ont séparés. le jour où Marie-Lou prend le train pour se rendre en ville afin d'entamer ses études supérieures, elle est abordée sur son banc de gare par Pierre. Lui aussi se rend en ville pour étudier. Ils sont face à face dans le train. Marie-Lou lui demande l'autorisation de poser ses pieds sur ses cuisses pour les reposer. Beaucoup d'hommes sont sensibles aux seins ou aux fesses. Pierre, tout en appréciant également ces deux parties du corps, est particulièrement attiré par les pieds…
6. Par un petit trou de ver
Vitalis est vieux. Très vieux. Il sait que la mort ne saurait tarder. Il espère juste qu'elle surviendra, par exemple, lorsqu'il sera dans son fauteuil devant la télé sans qu'il ne se rende compte de rien. Il redoute de glisser dans sa salle de bain et d'agoniser durant des heures ou des jours sans que personne ne s'en rende compte. Enfants et petits-enfants ne se manifestent que de temps en temps. Peut-être faudra-t-il des jours pour qu'on découvre son cadavre. Il décide de se rendre dans le parc près de chez lui, s'assied sur un banc, regarde la vie qui l'entoure, puis ressent un coup, à l'épaule sans doute…
7. Rabelais, Victor et moi
Rabelais disait vrai ! Certains bébés sortent par une des oreilles de leur maman ! C'est écrit dans le livre. Maman a toujours dit que si c'est écrit dans un livre, c'est que c'est vrai ! Pas comme sur Internet !
8. Aglaé
Aglaé est une écrivaine célèbre. Nous lisons les mails envoyés par une admiratrice qui est folle d'elle (folle tout court). Elle ignore si ce mail parviendra à Aglaé, alors, elle se lâche, elle lui dit tout ce qu'elle pense d'elle… Y compris qu'un jour elles vivront ensemble et que sans doute elles se marieront !
9. Une ville qui n'existe pas
Une ville qui n'existe pas pour pouvoir dire et faire tout ce qui ne peut être fait ici et maintenant…
10. La rupture
C'est par téléphone qu'elle apprend que tout est fini…
11. La petite mort
Petite mort, syn. fam. d'Orgasme.
(Dictionnaire de l'Académie française)
Il est là dans cette soirée mondaine où la plupart des célébrités ne sont connues que d'elles-mêmes comme telles. Il est beau et il le sait. Il entretient sa forme. Non ! Il ne désire ni devenir mannequin ni acteur. Il est écrivain et il espère se faire remarquer par une éditrice, ou une journaliste. Mais que voit-il ? Ce corps a l'air ravissant… Mon Dieu, vu de face, c'est celui d'une vieille à la peau flétrie, aux seins pendants, aux rides qui se marchent les unes sur les autres tant il y en a…
12. Un homme à la fenêtre
Suzy rentre chez elle après une soirée entre copines… Et copains ! Elle a fait la connaissance de Matthieu. Il est plutôt sympa et la raccompagne jusqu'à son nouvel appartement. Il n'y a pas encore de rideaux aux fenêtres. Elle lui fait visiter son logement jusque dans sa chambre. Il meurt d'envie de… Elle aussi… Mais que voient-ils par leur fenêtre ? Un homme penché à son balcon en vis-à-vis. Bon, d'accord, il n'est pas à portée immédiate, mais il ne doit rien rater du spectacle qu'ils offrent vu que la chambre est éclairée… Vont-ils éteindre ? Hm ! La présence de ce voyeur leur fait un effet… Hm…
13. Au flanc d'un homme
Bien sûr, les hommes sont lâches, souvent violents. Mais il arrive qu'on en vienne à les regretter quand on se retrouve seule dans un grand lit tout froid…
14. le voyeur
Il aime la mer, les dunes. Autrefois, il photographiait les oiseaux qui dansent dans le ciel. Aujourd'hui, il se contente de les observer avec ses jumelles. Tiens ! Voilà un jeune couple. Ils sont magnifiques. Ils doivent avoir entre quinze et vingt ans. Son perchoir surplombe le creux de la dune où ils s'allongent. Grâce à ses jumelles, il peut voir jusqu'au grain de peau de la fille…
15. La chance
C'est formidable ! Elle vit dans un pays où on ne connaît pas la guerre, la faim, les grosses catastrophes naturelle… Eh puis, il y a aussi ces saint-bernards qui sont là pour vous écouter lorsque vous pensez à partir : une bonne lame en acier inoxydable, une corde bien solide, le gaz…
16. Coup de foudre
Il est là attendant le vol qui va le mener de Bruxelles à New York. Soudain, il sent un regard peser sur lui, sensation étrange, désagréable… Qui est-ce ? Un policier ? Il a beau tourner la tête, il ne voit personne qui l'observe. Serait-ce le stress ? Non ! Il perçoit ce regard qui le pénètre…
17. La belle endormie
Elle est si belle, si jeune… Il découvre son corps magnifique en soulevant le drap qui le recouvre. Elle ne bouge pas. Il n'a jamais vu une femme si belle…
18. Éros et Thanatos
Il aime être seul. Ce n'est pas pour rien qu'il exerce un boulot depuis chez lui, seul, face à son ordinateur. Il a trouvé son Eden, son paradis… le cimetière, il se l'est approprié… Et c'est là qu'il l'a vue… Il savait que c'était elle qu'il attendait depuis toujours, elle qu'il retrouverait désormais chaque semaine…

Critique :
Les nouvelles sont un genre peu apprécié en France et en Belgique. Dommage ! Je trouve qu'il y en a de fabuleuses. Certains auteurs, certaines autrices parviennent à transformer en autant de récits passionnants chacun de leurs courts textes. Liliane Schraüwen fait partie de ces autrices qui savent rendre attrayantes des nouvelles qui semblent parfois banales jusqu'à la chute finale qui désarçonne le lecteur qui n'a rien vu venir.
La « petite mort » est une expression qui n'a rien à voir avec LA mort. Elle désigne ainsi l'orgasme, le paroxysme du plaisir sexuel. Vous voilà prévenus. La grande faucheuse n'a rien à faire ici. Encore que… Pour autant, ne vous figurez pas qu'automatiquement vous êtes face à des textes coquins qui vont éveiller en vous des orgasmes à la lecture des aventures vécues par d'autres.
Aïe ! Je viens de perdre les neuf dixièmes des lecteurs potentiels ! … Heu… Revenez ! Je plaisantais ! Je voulais vous faire marcher… Pas courir pour vous enfuir !
Plus sérieusement, ces histoires, très éloignées les unes des autres par leur contexte et leur style risquent de ne pas toutes vous plaire tant il y a de genres différents. Si vous n'aimez pas la cruauté, certaines seront à éviter, tandis que d'autres vous précipiteront dans un univers de science-fiction ou de fantastique. Mais toutes auront un rapport avec le sexe et la jouissance.
Le texte 8, « Aglaé » me rappelle furieusement l'histoire vécue par Amélie Nothomb victime d'une harceleuse qui a été jusqu'à pénétrer dans l'immeuble de l'autrice belge…

saigneurdeguerre, Babelio





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