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Écrivain, conférencier, ex-
enseignant et chargé de mission au CPEONS, fondateur du Projet de Lecture Charles Plisnier de la Province de Hainaut, directeur de la revue littéraire Le Non-Dit, animateur de voyages et séminaires de réflexion sur les lieux qu’ont hantés de grands écrivains,
Michel Joiret
est l’auteur d’une quarantaine de romans, essais, recueils de poésie…
Son anthologie « Littérature belge de langue Française », rédigée en collaboration avec Marie-Ange Bernard, est une somme incontournable
Son roman "Madame Cléo" (également aux éditions M.E.O.) a obtenu le
Prix littéraire du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.


Michel Joiret

Larmes Vesta
Couverture :
© Martin Joiret

LES LARMES DE VESTA

Roman, septembre 2019

152 pages
ISBN 978-2-8070-0213-5 (livre) – 978-2-8070-0214-2 (PDF) – 978-2-8070-0215-9 (ePub)
15,00 EUR (livre) – 8,99 EUR (e-books)

Deux mille ans d’écart entre le destin de Luna et celui de Maman Lune, entre le voyage de Lucius et celui de Luc Rodin, professeur de latin à l’Athénée des Coteaux…
Est-ce le temps qui bégaie ou la seule magie des poudres blanches ?
Quitté par sa femme et déconnecté de sa fille, à la recherche de son identité, Luc découvre le triste journal de sa mère – Maman Lune – et fuit sa déshérence dans la mescaline. Fou d’antiquité romaine, dans un dédoublement de personnalité, il se voit en Lucius, jeune précepteur partagé entre la somptueuse villa de Pompéi où son riche oncle Flavius coule des jours heureux, et Rome, où sa mère Luna subit la violence et de la vulgarité d’un ex-légionnaire épousé en secondes noces, avatars évidents de sa propre famille. Mais l’éruption du Vésuve détruit Pompéi comme la drogue détruit l’univers mental du professeur Rodin, et Lucius se console avec son ami Pline-le-Jeune dans les lupanars où il tombe amoureux de Bilitis, la belle hétaïre. Ces aventures merveilleuses dans le monde imaginaire qu’il affectionne depuis l’enfance déconnectent de plus en plus le professeur Rodin d’une réalité qui se disloque de toutes parts.




EXTRAIT

La boutique du cousin Marcellus, chez qui il séjourne, se trouve à deux pas du forum. En marchant d’une large foulée et en évitant de marquer le pas pour frôler le coton d’une esclave ou la soie d’une jeune fille riche, il arrivera chez le potier avant le coucher du soleil. Pour autant que ce char empli d’olives lui laisse le passage ! Désespérant de parvenir à le doubler, il gagne une sente qui épouse les courbes de la pente, raccourci opportun, où la circulation des attelages est interdite.
Au moment où, pestant contre le gravier qui s’incruste dans ses sandales, le jeune homme s’arrête pour ôter une petite pierre, un grondement retentit, plus proche du râle et du ronflement humain que d’un lointain et improbable coup de tonnerre dans un ciel si bleu. Dans les ornières latérales, lauriers blancs et oliviers pansus s’agitent comme de vulgaires rameaux secoués par le souffle de la mer. Les dalles brûlantes du chemin geignent et tentent de sortir de leur alignement, tandis qu’à sa gauche une couleuvre de terre déboîte des cailloux. Bêtes et gens se figent. Venu d’en haut, un arrachement soudain roule des boules de feu, massifs et taillis en avalanches incendiaires. Le chariot qu’il suivait peu auparavant sur la route en contrebas est renversé par un de ces projectiles et s’enflamme à son tour.
Ça ne dure qu’un instant. Bientôt, le soleil troue la poussière et colore à nouveau les pentes du volcan. N’eût été le chariot qui se consume sur le flanc au milieu des olives répandues, les ergots de pierre hérissant le chemin et les fumerolles qui parsèment le versant, rien ne paraîtrait changé. Les regards qui scrutaient la tête fumante du géant s’abaissent et s’apaisent. La colère des dieux n’aura été qu’un bref mouvement d’humeur.






CE QU'ILS EN ONT DIT

*

La chute de l’homme

Le nouveau-né de Michel Joiret est un hommage au latin et au français à travers deux destins. Luc au 20e siècle en Belgique, et Lucius en Rome antique, à Pompéi, demeure des dieux. Luc et Lucius sont pour les siècles des siècles un seul et même enfant ; l’un de Maman Lune et l’autre de Luna.
En famille, Luc « remue le moins possible, fixé sur sa “musette aux merveilles”, ainsi qu’il désigne les premiers albums où Jacques Martin met en scène le jeune Gaulois Alix, devenu citoyen romain et ami de César. Cette Rome de BD est devenue son décor de prédilection et son refuge. » Adulte, Luc devient professeur de latin.
Mélancolique et testamentaire, dans cette lettre d’amour à la langue et à ses origines, l’auteur confond à dessein les millénaires. Ils ne comptent plus, car ils coulent sur les joues de l’espace et du temps, et forment les larmes de Vesta, déesse éternelle du foyer, de la maison, de la famille.
Or, le sort de Maman Lune et Luna est tragique. Le foyer est une torture, la famille est un échec. Unique recours : la religion. « Tombée de Charybde en Scylla, épuisée de transhumer son chagrin de la cuisine à la machine à coudre en un nomadisme de déshérence, Maman Lune s’agenouille tant et plus. »
Face : enseignant à l’athénée, Luc est pour ses élèves un formidable conteur et historien. Pile : quitté par sa femme, il s’est éloigné de sa fille. Lorsqu’il découvre les carnets intimes de sa mère, concentrés et « pythonisses de la douleur », il se fend et s’annihile doucement dans les éthers hallucinés de la mescaline. Où il se dédouble en un fantasmagorique Lucius, un Luc qui rêve, s’évade, se perd et erre dans les palais en ruine de la mythologie romaine.
Les larmes de Vesta est un roman d’affranchi. Celui d’un esclave du latin devenu maître du français. Celui d’un auteur au service entier de la langue, parfaitement conscient qu’une phrase-pépite peut apparaître inattendue, tant espérée, sortie comme par magie ou par miracle du fleuve torrentiel des mots.
Ceux-ci font ce qu’ils veulent. L’auteur n’est-il pas le premier surpris de ce qu’il écrit ? Se découvrant lui-même, il saisit ainsi son lecteur, s’il ne l’oublie pas, funambule fragile sur le fil d’un danger : filer sa soie littéraire ou sniffer une ligne d’encre pour se lire écrire ; comme on peut s’écouter parler.
Leçon de littérature, le roman est baigné d’une atmosphère académique où la narration, à moins qu’elle ne soit autobiographique, peut paraître secondaire face à l’hommage rendu toujours plus vif par Michel Joiret à sa maîtresse de tout temps, depuis l’école à ce jour, à l’heure de publier ce quatorzième roman, hors compter ses essais, nouvelles, pièces de théâtre, ouvrages didactiques et nombreux recueils de poésie.
« Extrayez-vous de votre vase quotidienne, jeunes écervelés, vous avez la chance de faire des études classiques, haussez-vous à l’universel ! »

Tito Dupret, Le Carnet et les Instants.


*

Les petites maisons d’édition indépendantes peuvent se mettre en dehors des modes pour afficher des coups de cœur. Bien en soit ! Avec « Les jambes de Vesta », M.E.O. donne la parole à Michel Joiret, romancier, poète et naguère enseignant. Auteur d’une quarantaine d’ouvrages, l’homme a obtenu de nombreux prix et distinctions, dont le prix du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour son roman « Madame Cléo »
Cette fois, il nous convie à un voyage dans le temps, en évoquant le destin de Luna et maman Lune, celui de Lucius et Luc Rodin, professeur de latin à l’Athénée des Coteaux. Fou d’antiquité romaine, ce dernier est à la recherche de son identité et débarque à Pompéi, la ville millénaire où le Vésuve a failli rayer la région de la carte d’Italie. Un lieu chargé d’histoire et où s’élevaient jadis de somptueuses demeures patriciennes. Pour lui, le bonheur serait-il à portée des doigts ? La plume est bien sûr somptueuse, chargée de poésie et de justesse. Y a-t-il un héritage à revendiquer ? Ce roman nous vaut des anecdotes intéressantes, loin des cours poussiéreux et scolaires. Michel Joiret se veut un être d’une grande érudition et il a la finesse d’esprit de ne jamais en faire exagérément, sachant que trop de détails tuent le détail.

Sam Mas, Bruxelles-Culture.












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