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Écrivain, enseignant, conférencier, chargé de mission au CPEONS, fondateur du Projet de Lecture Charles Plisnier de la Province de Hainaut, directeur de la revue littéraire Le Non-Dit, animateur de voyages et séminaires de réflexion sur les lieux qu’ont hantés de grands écrivains,
Michel Joiret
est l’auteur d’une quarantaine de romans, essais, recueils de poésie…
Son anthologie « Littérature belge de langue Française », rédigée en collaboration avec Marie-Ange Bernard, est une somme incontournable
Son roman Madame Cléo (également aux éditions M.E.O.) a obtenu le Prix littéraire du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.


Écrivain, poète, journaliste,
Noëlle Lans
a collaboré (entre autres organes de presse) à la revue et au mouvement Fantasmagie. Elle a publié une quinzaine de recueils de poèmes et de nouvelles ainsi que des essais dont un consacré au grand peintre fantasmagique Aubin Pasque.
Ses œuvres ont obtenu plusieurs prix littéraires.

Elle a publié aux éditions M.E.O. le recueil de poèmes Instants révélés.


Noëlle Lans                    Michel Joiret


Voyage

Couverture :  Martin Joiret


Voyage en pays d'écriture

Voyages en des lieux qu'ont hantés des écrivains
Avant-dire de Pierre Mertens


500 pages
ISBN: 978-2-8070-0140-4
(livre)
978-2-8070-0141-1 (PDF) –  978-2-8070-0142-8 (ePub)
25,00 EUR

Les écrivains du passé n’ont jamais cessé de nous parler.
Il nous appartient de les écouter, même si l’écoulement du temps a pu érailler leurs voix, même si les relais de lecture intergénérationnels sont aujourd’hui moins assidus, même si la primauté de l’image a pu dérouter les chemins d’écriture. L’œuvre des Illustres est l’ADN de chacun de nous.
Quand l’oreille intérieure et l’œil se font moins vifs et sortent du champ de lecture, il nous reste le trésor des pierres, des lieux signifiants – comme les aubépines de Marcel au Pré Catelan –, l’intimité d’une table, d’une plume et d’un encrier – comme l’écritoire de Jean-Jacques à Montmorency. Comme l’écrit Pierre Mertens dans son avant-dire : « Allons ! Comment se lasserait-on de ces retours aux sources sur les lieux du crime – ce crime fameusement “impuni” : la lecture ? »
Ou la relecture ?…
Au fil de ses voyages, ses rencontres et ses chemins d’écriture, la revue « Le Non-Dit » nous emmène sur les traces d’Alain-Fournier, Marcel Proust, Pierre de Ronsard, Pierre Loti, François-René de Chateaubriand, George Sand, Maurice Leblanc, Madame de Sévigné, Alexandre Dumas, François Rabelais, Michel de Montaigne, Erasme, Colette, Blaise Cendrars, Pierre Mac Orlan, Francis Carco, Georges Brassens, Jean-Jacques Rousseau, Maurice Maeterlinck, Marguerite Duras, Jean Cocteau, Louis Aragon, Elsa Triolet…






Extrait de l'avant-dire de Pierre Mertens

À quoi bon, serait-on en droit de se demander, ces descentes sur le terrain ?

Milena Jesenska, qui fut la traductrice de Kafka avant d’être un temps son amie passionnée, pensait bien avant Barthes qu’il n’est rien de plus vain que ces évocations biographiques des grands écrivains. Et pourtant, avec quel bonheur ne découvrons-nous pas ces lettres que le visionnaire de Prague adresse, précisément, à cette même Milena ?
Les paysages qui participent de l’aventure intellectuelle des poètes – au sens large – n’apparaissent-ils pas hantés, à l’instar de certaines maisons ?
En vérité, ces traversées partagées ouvrent un dialogue et appellent l’empathie.
Songeons, par exemple, à ce séjour sur les pas du Grand Meaulnes. À chacun son Augustin… (Pour ma part, j’entends encore Joseph Noiret, qui fut mon professeur de français et appartient par ailleurs au groupe Cobra, me révéler un chef-d’œuvre hélas bien oublié d’Alexandre Vialatte, sorte d’avatar du livre d’Alain-Fournier mais chargé d’humour…) Plus tard, je devais visiter les lieux d’Allemagne où ce bel écrivain (qui, par ailleurs, fut, comme on sait, le traducteur attitré de Kafka, encore lui) décrivit les événements précurseurs de la guerre…
Allons ! Comment se lasserait-on de ces retours aux sources sur les lieux du crime – ce crime fameusement « impuni » : la lecture ?



Ce qu'ils en ont dit


Nous avons fait un beau voyage
Reynaldo Hahn, Ciboulette

Au point de départ, un enseignant qui prend conscience d'une crise de la culture : les jeunes qui ne lisent plus, une rupture profonde entre la littérature, qui hélas s'est perdue auprès d'un public jeune – et aussi adulte – en se complaisant en des jeux de mandarins. Une sorte de scrabble ou de sudoku réservé à des gens extrêmement cultivés, qui n'arrêtent pas de se chamailler entre eux.
Un remède à proposer ? Un nouvel ancrage à suggérer pour des romans, des poèmes à revisiter. Un croisement du temps et du lieu, qui devrait permettre le retour de l'écrivain en personne – c'est cela qui est important, lire, c'est rencontrer une personne. Déménager, changer de lieu. Revenir en arrière, vers notre jeunesse, notre âge tendre Nous projeter dans une vie autre. Se perdre, pour se retrouver. La perte, le retour. Nostalgie, heimweh… ils sont toujours ce qu'ils étaient.
Et cela commence en Sologne, avec un château mystérieux, perdu dans les bois. Des enfants, calmes, s'y risquent à des jeux étranges, tandis qu'une jeune fille, vue de dos, comme chez Vermeer, joue du piano. Meaulnes est là qui regarde, et qui attend. Un Pierrot perdu dans les bois, Franz. Une histoire qui n'a pas de fin, ou plutôt qui se recommence indéfiniment, sans GPS – rien que des cartes routières, des lieux-dits, des souvenirs. Et la nostalgie.
Marcel allait venir, il suit, lui aussi, les chemins de l'imaginaire ; une enfance églantine, des clochers qui égrènent leurs noms et en oublient d'égrener les heures. Le temps perdu, une autre recherche, tout aussi longue, aussi ardue. Au bout des sentiers, des jeunes filles en fleurs, des salons endimanchés au quotidien, une cathédrale revisitée aux phares, un bourg qui somnole avant de changer de peau. Des volumes et des volumes, un grand fleuve en crue. L'obscur, la nuit, Céleste.
Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre ?
Chateaubriand, Georges Sand… des arrêts, l'appel des gares au long cours. Des Mémoires à n'en plus finir, le moi tout puissant. Histoire de ma vie. Des campagnes où François le Champi garde ses moutons, sur tranche dorée. L'odeur des vieux livres que l'on a emmenés aux champs. Et puis qui se sucre, s'épaissit pour finir en rahat-lokoum dans une petit maison carrée, chaulée, et la mer qui vient battre les souches, à l'orée du bois. Quand les paysages mêlent leurs racines.
Les flots viennent se briser contre les rochers du Grand Bé, tandis qu'un pas lourd ébranle le plancher de la chambre du dessus, en son circuit monotone. Et se succèdent, en ce kaléidoscope idéal, des paysages qui n'ont en commun que la lenteur du temps, l'ennui des longs dimanches et des enfances à l'abandon. Des Serres chaudes à l'Aiguille creuse, des palmiers de Nouméa à Vladivostok au bout du monde, du Cimetière marin au jardin de tante Léonie,
Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre ?
Mais n'entendez-vous donc pas ce galop, du côté de Méséglise ? Les trois mousquetaires lancés à la poursuite de Milady… tandis que Jean Cocteau fait signe de la main à Colette, qui respire une rose, sur son balcon du Palais Royal.
Rabelais, Ronsard, Hélène, Marie, Cassandre, Picrochole et La Boétie© Que de servitudes volontaires ! Et tous ces compagnons autour de moi, Noëlle, qui nous trace les itinétaires, Alain Miniot , Roger, Léonce qui les font chanter, et tant et tant de bons compagnons, Jean Lacroix, Max Vilain, Paul Ernst… tiens, n'est-ce pas Thierry-Pierre, là, tout près, qui lit Rousseau par-dessus mon épaule ? Il ne peut rentrer chez lui, les portes de Genève viennent de se fermer.
Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre ?
Mais… ces odeurs d'encens et d'oublies, de gaufres fraîches au milieu des escarbilles, et ce wagon perdu sur une voie de garage, ces embranchements à l'infini, ne serait- ce pas lui, Michel Joiret, qui nous attend avec le rire de Corine, gare du Midi… et tout ce qui lui reste à dire, le bonheur, le goût du vent, sa chanson dans les peupliers, et le cœur changeant des bonnes gens, prompt au souvenir, prompt à l'oubli
Dis-moi, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre ?
Oui, bien sûr, l'automne prochain, à Berck au bord de la mer.

Joseph Bodson, AREAW


*

Nous connaissons Michel Joiret pour son œuvre profuse de romancier, poète et essayiste ; nous savons aussi qu'il dirige la revue Le Non-Dit, qu'il a fondée voici près de trente ans – et qu'une revue littéraire maintienne le cap aussi longtemps au travers des multiples vicissitudes de nos réalités culturelles constitue en soi une véritable prouesse. Mais beaucoup ignorent encore que cet infatigable amoureux de la littérature organise également, depuis 1995, des voyages « en pays d'écriture », revisitant les lieux d'inspiration de nombreux écrivains ; soucieux de laisser dans notre mémoire des traces vives de ces explorations, voici un gros livre (500 pages), illustré de photos en noir et blanc, qui nous embarque allègrement dans leur sillage, déroulant ainsi un substantiel panorama de la littérature francophone (les écrivains choisis sont principalement français, mais l'un des voyages fut consacré aux écrivains belges vivant à Paris et un autre à ceux qu'inspira notre mer du Nord).
Jugez plutôt : au fil des rencontres suscitées par ces nombreux voyages (une quinzaine), nous croisons successivement Alain-Fournier, Proust, Ronsard, Loti, Chateaubriand, George Sand, Madame de Staël, Flaubert, Jean-Claude Bologne, Henry Bauchau, Werner Lambersy, Marcel Moreau, Nadine Monfils, Patrick Virelles, Michel de Ghelderode, Charles Bertin, Paul Willems, Maurice Carême, Victor Hugo, Maupassant, Maurice Leblanc, Madame de Sévigné, Alexandre Dumas, Rabelais, Montaigne, Érasme, Colette, Cendrars, Mac Orlan, Francis Carco, Georges Brassens, Rousseau, Maeterlinck, Marguerite Duras, Cocteau, Aragon et Triolet, et j'en passe !
Le but de ces voyages littéraires : sortir les écrivains (les « obligatoires » et les autres) du froid catalogue des connaissances théoriques, afin d'approcher des êtres de chair, à travers leurs lieux de vie, ceux qui les ont inspirés, nourris, auxquels ils ont puisé leur imaginaire, qui les ont vus traverser leurs amours et leurs deuils, leurs passions, leurs rêves, leurs déceptions… Tout à coup, pour les participants aux voyages, les écrivains n'étaient plus seulement des écrivains, mais des hommes et des femmes éminemment vivants, et aussi le plus simplement du monde vivants : ils se rapprochaient. Et les participants revenaient souvent transformés de leur voyage au pays d'écriture, ayant révisé leurs a priori, leurs idées toutes faites ou restées inchangées depuis leur parcours scolaire. Quelquefois même ils revenaient bouleversés. Toujours, ils avaient rencontré quelqu'un.
L'ouvrage est découpé en autant de chapitres que de voyages. Chacun d'eux est introduit, de manière souvent allègre, par un « carnet de voyage » que signe Noëlle Lans. Celle-ci, après un avant-dire de Pierre Mertens, ouvre également le livre par un entretien très éclairant avec Michel Joiret.
Bien davantage qu'un album-souvenir, voici un volume que l'on reprendra volontiers au fil des jours, pour se glisser quand il fait un peu froid dans la proximité chaleureuse de tous ceux qui nous parlent au cœur par les mots, et deviennent quelquefois nos amis.

   
Thierry-Pierre Clément, Francophonie vivante

*

Quoi de plus important que la trace laissée par les écrivains ! Qu'ils le veuillent ou non, ils contribuent à la pérennité de notre culture et marquent de jalons durables les moments importants que nous gardons en mémoire: ceux d'émotions vivaces au moment de lire, d'émerveillement, de surprise et de découverte. Alors pourquoi ne pas s'offrir un voyage dans leur monde, partant à la rencontre de leurs œuvres et des lieux de vie qu'ils ont traversés ou durablement occupés. Michel Joiret (aidé par Noëlle Lans) s'est soumis à l'exercice, non pas celui de dresser des biographies doctes et sacrées, mais de saisir chaque créateur sous un angle particulier et de l'associer à un centre d'intérêt, à une destination ou à un domicile provisoire ou définitif. Il s'agit de textes plus ou moins longs qui disent, aiment à faire comprendre, racontent ou partagent un point de vue. Dès que l'on s'attache à ce qui entoure un auteur, on se surprend à le regarder parfois différemment, à saisir l'influence des objets, des pierres ou de la nature sur son travail d'écriture. Alors, comment demeurer insensible à ces retours aux sources, tout en finesse, pleins d'intelligence et finalement contagieux au point de susciter l'envie de redécouvrir des femmes et des hommes de notre temps, mais aussi des siècles qui nous ont précédés. S'y tutoient George Sand, Pierre Loti, Marcel Proust, Colette, Francis Carco, Jean Cocteau, Guillaume Apollinaire, Pierre Mac Orlan, Jean-Jacques Rousseau, Marguerite Duras et énormément d'autres. Carnets de voyages, art de prendre son temps, description ou contemplation, le périple au pays d'écriture ne s'astreint à aucune limite et s'ouvre largement aux mondes du beau, du censé et du réfléchi. On ne le répète jamais assez, les ouvrages qui nous ont bercés sont signifiants et représentent l'ADN des  faiseurs d'aujourd'hui. Jacques Brel parlerait de valse à mille temps qui jamais ne s'arrête !

Sam Mas, Bruxelles-Culture


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Sur la trace des non-dits

Il existe entre un livre et son auteur un espace d’exploration littéraire que Michel Joiret appelle en collaboration avec Noëlle Lans, « Voyage en pays d’écriture ». Le principe en est cristallin : partir sur les traces des écrivains, là où ils ont commis leur œuvre et y découvrir ce que les sens de la présence sur place peuvent offrir. C’est-à-dire les non-dits des auteurs et l’esprit des lieux d’écriture.
Depuis 1995, la revue Le Non-Dit, entreprise compagnonique, guide ses lecteurs-voyageurs dans l’environnement des écrivains et fait « parler les pierres qui leur ont servi de refuge ». Il en est ainsi du premier colloque à Epineuil-Le-Fleuriel où est située l’école d’Alain-Fournier, auteur du Grand-Meaulnes. Plusieurs convives s’y sont réunis pour mesurer le livre aux lieux mais aussi aux grammairiens belges.
De même en 1999 au Grand-Hôtel de Cabourg, « en front de mer, avec piano-bar et musique d’époque ! » pour diverses lectures de l’œuvre-cathédrale de Marcel Proust. À lire toutes les interventions d’alors, le verbe se lève et souffle tant que la plume se montre absolue : on se demande si l’écriture de Proust émane de lui ou bien si c’est Proust qui émane de l’écriture ?
En 2000 aux refuges de Pierre de Ronsard et de Pierre Loti, il est question d’un fil rouge reliant les roses sur les lieux des cimes amoureuses du premier à « la lourde et odorante végétation de Nagasaki » du second. Soit à l’instar de tout l’ouvrage, un fil de textes courts et autonomes ; érudits sans assommer.
Quelle somme justement ! de témoignages, de recherches, de lectures, d’extraits, de citations et d’anecdotes pour fonder ce livre de voyages qui se fondent en une déclaration de passion pour la littérature. Nous glissons la tête derrière des rideaux vers les coulisses de temps perdus, dont seuls l’air et la lettre peuvent encore témoigner.
Voyager en pays d’écriture donne faim et soif de tout lire des auteurs visités, tant les frontières entre les livres deviennent aussi précaires voire absurdes qu’entre les pays, une fois que l’on est sur place. Un genre cependant ressort de l’ouvrage, celui du romantisme, destination en 2002 via Chateaubriand et George Sand.
Michel Joiret y fait l’aveu de son propre romantisme : « Drôle de question pour une curieuse époque, la nôtre, où beaucoup se sait, où peu se sent, où tant d’émotions sont en jachères et où le non-dit des échanges gagne le terrain perdu des années… Déçus par les philosophes (anciens et nouveaux), beaucoup se tournent vers des cultures et des religions « éprouvées » et sûres. »
« En 2003, Le Non-Dit propose une rencontre avec quelques écrivains belges établis dans la capitale française, un projet qui séduit une quarantaine de personnes, principalement des enseignants. » En effet, le projet en association avec l’Enseignement du Hainaut ne veut pas seulement interroger des frontières géographiques, mais aussi celles des élèves avec la lecture, à l’aide de leurs professeurs. Historique, culturel, romantique, pédagogique, tel est-ce de voyager en pays d’écriture.
Et ainsi de suite jusqu’en 2017 avec Aragon et Cocteau entre Milly-la-Forêt et Saint-Arnoult-en-Yvelines. L’index du livre compte 228 auteurs interpellés par une écriture soignée. Michel Joiret est manifestement un grand amoureux, compulsif et pas jaloux, qui aime comme un fou et invite avec ses collaborateurs et intervenants à admirer, adorer la littérature.

Tito Dupret, Le Carnet et les Instants





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