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Prix RTL-TVI pour son premier roman, « Coréenne »,
Annie Préaux,
romaniste et enseignante, s'intéresse également aux arts plastiques, à la philosophie et au théâtre-forum, qu’elle a pratiqué avec la Compagnie du P'tit Thomas. Elle anime aussi des ateliers de lecture-écriture et publie des articles de pédagogie et de réflexion humaniste.
Deux de ses romans ont paru aux éditions M.E.O., J’ai immédiatement écouté les conseils de Dieu et Fuites.

Annie Préaux

Bird


BIRD ET LE MAGE CHÔ

Roman, 2017
220 pages
ISBN : 978-2-8070-0134-3 (livre) –  978-2-8070-0135-0 (PDF) –  978-2-8070-036-7 (ePub)
17,00 EUR

Que faire lorsqu’on subit un licenciement aussi brutal qu’arbitraire et que le mot « chômage » devient imprononçable ? La question, douloureuse, enfonce dans la sidération Sandrine, ex-cadre commercial d’une firme pharmaceutique. Avec, en filigrane dans la solitude et l’opacité des jours vides, la soif d’un père absent depuis l’enfance, qui vient de mourir et dont elle occupe la baraque déglinguée.
Jean-Marc, lui, se demande si le stress post-traumatique lui permettra de reprendre son travail de professeur après avoir été agressé par un élève. Sa brève rencontre avec Sandrine, ivre morte le soir de son licenciement, ravive son vieux désir d’écrire. La jeune femme lui serait-elle tombée de nulle part, comme la Bird du Baiser cannibale, son roman fétiche, pour devenir LE personnage qu’il attendait ?
Encore faudrait-il la retrouver…






Extrait


Allez, sur fond de All the things you are, cherchons ce que nous sommes : une prisonnière du Mage Chô, enfermée dans sa cellule blanche. Commerciale sans commerce. Sans bagnole. Sans Kriss ou équivalent. Ni produits variablement performants. À défendre à coups de science, de baratin et de cadeaux. Quoi d’autre ? Fille d’un inconnu, passons. D’une jolie femme qui aurait pu être styliste, journaliste de mode, créatrice d’une ligne de vêtements dans une grosse boîte, mais qui est devenue simple vendeuse comme sa mère. Certes, dans un écrin. Mais que deviennent les écrins au bout de tant d’années ? Moi, au moins, j’aurai échappé à la tyrannie des générations ! Encore que… Qu’ai-je été d’autre qu’une vendeuse, comme ma mère, ma tante, ma grand-mère ? Retour au sujet : qui suis-je ? La fille d’une femme solitaire, la nièce de Rose, seule elle aussi. L’enfant qu’elle n’a pas eu. Quoi encore ? L’ancienne compagne de Bruno, prête à tout pour qu’un rêve d’ado ne se casse pas la figure ? Pas tout à fait à tout. Continuons. Déroulons l’inventaire : une pochtronne tombée des mois plus tard sur le seuil de la maison de la rue Greyson. Bien bourrée d’accord, et bientôt obsédée par un rêve de meurtre sanglant. Poursuivons : l’amie de Laura, cette incroyable travailleuse, laissée sans nouvelles. Et puis ? L’habitante de la petite maison où son père a fini d’exister. Celle qui écoute la rivière et les projets d’avenir de son vieux voisin. Après ? Enfin ?... La lectrice intermittente de l’histoire d’une femme oiseau. Ah ! j’oubliais : la squatteuse du Bas des Rocs qui, de temps en temps, accueille Coco. Non, pas un perroquet ! Pas question de se réfugier dans un bouquin sur la vie des oiseaux, même magnifiquement illustré. […]
La nuit a viré au noir épais, écrasant, insupportable. La rivière, elle, y va toujours de sa chanson minimaliste. Malgré sa tisane « tranquility » copieusement arrosée de vodka – elle a acheté la bouteille « pour Simon » –, Sandrine ne trouve toujours pas le sommeil. Elle n’a pas envie de lire, mais elle ouvre au hasard l’album
L’Amérique en 1492 que lui a prêté l’amateur de sites amérindiens. Nombreuses illustrations : architecture, sculpture, tissus… Sur la photo d’une céramique mochica, des guerriers traînent des prisonniers blessés dont le sang coule en pluie de petits traits rouges. D’après la légende en italique, leur tête est recouverte de la peau du visage d’ennemis précédemment tués et écorchés – ou écorchés et tués, selon l’ordre chronologique – par leurs vainqueurs. Et ça dégouline en effet, ça leur coule de partout, mais ce qui est drôle, c’est qu’au premier regard, ces guerriers – vainqueurs et vaincus – se ressemblent comme des frères.




Ce qu'ils en ont dit

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Thème central de ce roman : ils sont plusieurs, en fait, mais noués d’un lien quasiment indissociable. Une question : qu’arrive-t-il à tous ces gens, et ils sont nombreux tout autour de nous, qui, tout d’un coup, perdent ce qui était le cadre, et même le centre de leur vie ? Une jeune femme, par exemple, une commerciale, qui réussit bien dans sa profession et qui, du jour au lendemain, se fait virer sans raison valable ? Ou ce professeur, agressé par un élève musulman qui a refusé de respecter la minute de silence qui fait suite à l’attentat contre Charlie Hebdo ? À quoi vont-ils bien pouvoir se raccrocher ? Comment vont-ils pouvoir, littéralement, se refaire et repartir dans la vie ?
Un roman réaliste, donc, roman d’analyse des caractères. Mais il y a aussi la part de poésie, de fantaisie. Il y a ce roman, Bird, que Jean-Marc presse Sandrine de lire, parce que lui-même veut renouveler cette expérience, et faire d’elle l’héroïne du roman qu’il veut écrire. Une sorte de miroir, ou de quatuor. Elle va hésiter longtemps avant de répondre à ce projet. C’est qu’elle est retournée dans le Haut-Pays (Roisin, Montignies-sur-Roc pour ceux qui ne connaissent pas encore), qu’elle a eu la chance d’y rencontrer quelques personnages hors du commun, qui vont l’aider à refaire sa vie. Notons au passage que les personnages dits « secondaires » sont traités ici avec beaucoup de soin, et sont très attachants. Jean-Marc, de son côté, prend son courage à deux mains, et va oser se représenter, à la rentrée, devant ses élèves : la vie continue…
Poésie, fantaisie, réalisme : il y a ici un va-et-vient constant entre la réalité et la fantaisie, ce qui donne au roman une allure un peu nervalienne. Les vieilles chansons du Valois sont remplacées par le jazz, et cela fonctionne tout aussi bien. Tout cela est servi par un style nerveux, primesautier, avec des passages à un tempo accéléré lors des scènes ou la tension se fait plus grande.
Et l’on en revient à la question capitale, sans doute, que se pose Jean-Marc, et que beaucoup doivent se poser : comment éradiquer cette espèce de désespoir, sans lequel il ne serait sans doute pas lui ? Ne serait-ce pas que ce désespoir nous fait plonger jusqu’au socle primordial, l’expression la plus nue et la plus fondamentale de nous-mêmes, et que c’est sur ce socle que nous devons nous reconstruire, en écartant tout ce qui est adventice ?

Joseph Bodson, AREAW



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Le travail libère l’homme de toutes les servitudes, pourtant perdre son job revient à tomber au plus bas. Que faire pour remonter la pente et se sentir à nouveau utile à la collectivité ? Lorsque Sandrine apprend qu’elle est licenciée, son coeur s’arrête de battre et elle sombre dans la mélancolie. Pourtant, elle ne manque pas de ressources et ses capacités intellectuelles l’amènent à se ressaisir pour ne pas se laisser abattre complètement. En attendant de trouver un nouvel emploi, elle contemple les jours vides qui se dressent devant elle, tâte la vacuité de son existence et se remémore les temps difficiles qu’elle a passé durant son enfance, avec un père absent et qui vient de décéder. Jean-Marc serait-il capable de la soutenir en attendant des mois meilleurs ? Lui aussi est un rescapé de la société et a subi un stress post-traumatique après avoir été agressé par un de ses élèves. Se sentira-t-il capable de reprendre le chemin de l’école et de se retrouver face à un groupe pour enseigner ? Il profite de leur rencontre fortuite pour se lancer un vieux pari : celui d’enfin écrire ! Trouvera-t-il les mots assez forts pour ne pas accoucher d’une prose banale et vaine ? Quoi qu’il en soit, il profite de la personnalité de Sandrine pour se nourrir d’une inspiration qui lui paraît tombée du ciel. Est-elle sa Bird, une copie tangible du personnage issu du « Baiser cannibale », son livre de chevet ? Puisqu’elle n’a pas daigné lui laisser ses coordonnées, car complètement éméchée ce soir-là, il n’a pas d’autre recours que de se lancer à sa recherche et de la retrouver.

Amélie Collard, Bruxelles Culture


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Une interview sur RCF

Dans son nouveau romain 'Bird et le mage Chô', Annie Préaux nous fait percevoir à la fois le contexte social et l’espace intime de ses personnages avec sensibilité et justesse.









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