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Écrivain, enseignant, conférencier, chargé de mission au CPEONS, fondateur du Projet de Lecture Charles Plisnier de la Province de Hainaut, directeur de la revue littéraire Le Non-Dit, animateur de voyages et séminaires de réflexion sur les lieux qu’ont hantés de grands écrivains,
Michel Joiret
est l’auteur d’une quarantaine de romans, essais, recueils de poésie…
Son anthologie « Littérature belge de langue Française », rédigée en collaboration avec Marie-Ange Bernard, est une somme incontournable.


Michel Joiret

Madame-Cléo
Photo de couverture :
© Gérard Adam

Madame Cléo

Roman, 2011

166 pages
ISBN 978-2-930333-41-0
17 EUR

Chassé par sa femme, le narrateur quitte le domicile conjugal pour arrêter sa voiture quelques mètres plus loin. Dans son hébétude survient le souvenir d’une vieille amie de son père, qui a marqué toute son enfance d’une empreinte ambiguë et a sans doute conditionné l’adulte qu’il est (si peu) devenu.
À la lumière de ce personnage, toute une vie défile en pagaille, depuis les premiers vagissements durant la guerre de 40 jusqu’à cette trahison d’une autre femme, cette plongée dans le marasme psychique, ce meurtre, en Tunisie, dont on peut se demander s’il a vraiment eu lieu ou n’était qu’un fantasme…



Une première version de « Madame Cléo » (restée inédite) avait obtenu sur manuscrit le

Prix Hubert Krains


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"Madame Cléo" a obtenu le 15 novembre 2012 le

Prix littéraire
du Parlement
de la Fédération Wallonie-Bruxell
es



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"Madame Cléo" a également figuré parmi les 10 finalistes du

Prix
Marcel Thiry – Ville de Liège




Extrait

Et, vous, Madame, l’aviez-vous décelée, cette angoisse ? C’est probable. Je ne sais à quelles lignes de mon visage, vous vous approchiez de moi, vous me preniez la main dès lors que nous nous enfoncions sur les chemins de l’été durcis par le soleil. Mes sandales perdaient leurs sangles ; vous vous baissiez alors et, à genoux, fixiez la lanière en prenant bien soin de ne pas pincer la chair nue.
J’aimais ainsi vous voir à mes pieds, j’aimais aussi respirer votre parfum têtu, suivre les courbes souples du turban qui nouait votre chignon, et je me penchais même pour surprendre les globes de vos seins pourtant retenus par une robe strictement ajustée. Quand vous vous redressiez, un même sourire égal éclairait votre visage et vous feigniez de ne pas découvrir l’incarnat de mes joues. Je m’empourprais pour rien, vous le savez bien ! La moindre question, l’apostrophe la plus innocente, l’émergence d’un sourire, la présence d’une jeune fille et ma face incendiée exposait à tous le trouble qui me consumait. J’étais un brûlot, un éclat d’anthracite, une braise, un tison ! Je calculais bien mal la portée de mes émotions, moi qui perdais contenance devant ceux qui ne s’émeuvent plus. J’en pleurais quelquefois, des larmes acides, des larmes de sang, des traînées piquantes qui me labouraient la face. Oui, j’étais de ces gosses qui pleurent et qui ne s’arrêtent plus, qui ont mal et ne savent pas pourquoi. J’appartenais à cette tribu d’enfants qui refusent d’être nés, mais qu’on engage méthodiquement dans le sentier des obligations, des « tais-toi », des « ferme la bouche quand tu manges », des « change de slip plus souvent, tu transpires », et qu’on enflamme avec des riens, pour qui l’on fait des tours de magie, faciles et fascinants, qu’on éduque au mystère des objets lointains, mais qu’on n’initie jamais. Aucune révélation, aucune certitude, mais bon nombre de sourires entendus, remarques sibyllines, regards courroucés, bras dressés, joues tendues, lèvres jointes, mots retenus. On allait à ma découverte, comme on entre dans un musée ; j’étais un nu de complaisance, rebelle à la fouille corporelle je portais mes stigmates avec angoisse, des culottes courtes et des chemises amidonnées. Lorsque j’étais ainsi fagoté, les géants me trouvaient à leur goût, mais les gamines pouffaient sur la plate-forme du tram ; je les aurais étranglées, les larmes me montaient aux yeux, je les aurais embrassées aussi, sur la bouche, dans le cou, mais il était évident que jamais je n’embrasserais personne, j’étais le bâtard de quelqu’un, le gnome, le « signor » boutonneux. Et dire que mon oncle m’a promis une épingle de cravate, comme la sienne, et que je devrai la porter, et que j’aurai l’air d’un veau d’or avec de gros yeux et que plus rien jamais ne me paraîtra normal, naturel, évident…




CE QU'ILS EN ONT DIT

Inédit 253

Le dernier roman de Michel Joiret m'a surpris. Il est tellement différent des autres que J'ai lus, polars le plus souvent, mais sans doute aussi très différent de ceux qu'il avait écrits de 1981 à 2005. J'aborde donc celui-ci comme un lecteur tout neuf, puisque j'y vois un tas de souvenirs d'enfance et en particulier la nounou qui lui donne son dire. Madame Cléo. Soyons juste, je n'ai même pas reconnu son style (sauf curieusement celui de ses poèmes), car il me fait penser à d'autres romans contant des enfances. Et cependant... je reconnais mieux le ton des conversations que j'ai eues avec l'auteur. Il me semble bien plus à l'aise ici que dans les polars. Simple à comprendre : dans les polars, il s'inspire des San Antonio et consorts, tandis qu'ici il est lui-même. J'avoue que je préfère! En fait, Cléo est à la fois très présente et très absente, puisque le narrateur raconte ce qu'il a vécu parfois avant, souvent après la mort de Cléo. Celle-ci même devient au fil du roman parfois la mère, parfois une sorte de compagne. Les épisodes militaires du héros (J'exagère en l'appelant ainsi) se reproduisent dans la clinique où il est soigné et où, sans le dire, il retrouve celle qu'il appelait parfois Madame Cléo, parfois « ma bonne, ma si bonne Cléo » et qui est pour lui un véritable havre de paix mais aussi à l'occasion le moyen d'oublier les autres « Madames » ramenées par son père. Ce narrateur est-il Joiret ? Je doute mais parfois je le crois. Peut-être selon les épisodes ? L'Afrique ne doit être qu'un passage vers le dépaysement. Une fuite ? Une réalité ?
Paul Van Melle, Inédit Nouveau, n° 253





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Présentation par Françoise Houdart à l'Espace Delvaux de Watermael-Boitsfort



Durant la même présentation, lecture d'extraits par Jean-Paul Humpers
Part 1




Part 2





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Qui est cette mystérieuse ct envahissante madame Cléo ? Un diminutif de Cléopâtrc, une dévoreuse d'hommes ? Point. Plutôt de Cléomâtre, si l'on nous permet ce jeu de mots : une autre mère, une fidèle amie de son père, une adulte tout confort, idéale pour abriter peurs, doutes, caprices, manies, faiblesses, envies, cauchemars, dérives, rejets, désastres d'un enfant pas comme les autres. Un enfant de la guerre... Un enfant de la guerre des boutons, de ceux que le monde des autres lui inflige. Il n'est pas simple, ce gamin chétif, il ne fait rien comme ses camarades. En a-t-il d'ailleurs ? En avance, en retard, à côté de ses pompes, à l'envers, la tête dans les nuages et le nez sur ce qu'il ne faut pas, il est tout à la fois, il n'aime qu'une chose en réalité : les bras, le giron, le nid de madame Cléo, sa reine, sa madone, sa déesse, sa cariatide, sa vestale, qu'il invoque constamment, à qui il racontera sa vie pitoyable, ses manques, ses ratés, ses fantasmes .es plus fous et ses féroces sursauts de vengeance. Et lorsqu'il en arrive là, à l'heure du crime, à l'heure de la délivrance, le voilà enfin confronté à lui-même, vidé de ses fièvres et nausées enfantines, livré au désert des sables et des sentiments, étranger, étrange errant qui ira se perdre in fine au bout d'une grande ville portuaire. Là, pour de bon, madame Cléo ne lui dictera plus une conduite, madame Cléo, sa chienne de fausse mère, sa carne, sa docile impuissance de vivre hors de la maison d'enfance, toute suintante de tendresse lippue..., madame Cléo qui sera devenue, sur la dernière page rageuse du livre, une vieille femme inoffensive aux yeux de chouette apeurée, piteusement désacralisée dans son petit tailleur blanc…
On l'aura compris, ce roman d' iconoclaste, de sexagénaire cruellement lucide et désabusé mais toujours très excité par le démon de l'écriture, comprend un   maximum de pages et d'images sulfureuses, d'une crudité parfois excessive, qui ont le mérite néanmoins de nous faire connaître le tréfonds du cœur de l'auteur. Un roman puissant, terriblement personnel, nécessaire, vital même pour celui qui l'aura sorti vaillamment de ses tripes, un roman bouleversant, subversif ou ravageur selon le degré de résistance de chacun...

Michel Ducobu, Reflets Wallonie-Bruxelles



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Gwendoline Menassa lit une recension sur Radio Campus




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Présentation par Jacques De Decker durant la Foire du Livre Belge au Centre Culturel d'Uccle






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Carnet - Instants 172

Les petits riens d'une enfance ordinaire
Chassé par sa femme, le narrateur, Pierre, quitte le domicile conjugal. Englué dans sa tristesse et ses souvenirs, il arrête sa voiture quelques mètres plus loin. Une vision s'impose à lui, celle de Madame Cléo, une vieille amie de son père. Le passé refait surface. On remonte peu à peu le cours du temps... Enfant de la guerre, né en 1942, Pierre a longtemps été frêle comme un petit oiseau. Souffre-douleur des autres enfants, il a grandi entouré d'adultes le surprotégeant. Les années passent. Il se marie avec Odile. Ils partent en Tunisie, à Gafsa, où Pierre reprend un poste d'enseignant. Son boulot l'occupe énormément. Odile trouve réconfort dans les bras d'un autre. Premier malheur qui en entraînera une série d'autres : divorce, tentative de suicide, séjour dans un hôpital psychiatrique, désir de vengeance, meurtre… Mais ce crime a-t-il réellement eu lieu ? La frontière entre les souvenirs et les fantasmes reste floue. Tout au long du roman, le narrateur s'adresse à cette mystérieuse Madame Cléo. Qui est-elle vraiment ? Une nounou, une femme sans âge, un catalyseur des émotions du narrateur, un symbole de protection et de douceur. Témoin déifié des écorchures de son enfance, elle a chouchouté et surprotégé Pierre. C'est auprès d'elle qu'il venait trouver réconfort et enfouir ses peurs, doutes, faiblesses et cauchemars. Elle absorbe totalement l'image de la mère ; seule la figure du père s'impose. Un jour, Cléo s'en est allée. Pierre se sent depuis abandonné. Pourquoi revient-elle, tel un fantôme, hanter ses souvenirs ? Madame Cléo a marqué l'enfance de Pierre d'une empreinte ambiguë et a sans doute conditionné l'adulte qu'il est si peu devenu.
Écrit en 1981, il aura fallu trente ans à Michel Joiret pour publier ce roman où l'on décèle une dimension autobiographique. De nombreux points communs entre l'auteur et le narrateur sont avérés : écorchures dues aux ruptures, enfants de la guerre, milieu bourgeois, enseignement en Tunisie… Ce livre personnel, sincère et  troublant, parfois rageur, subversif et cru, nous fait connaître le cheminement d'une vie échouée et le tréfonds du cœur de l'auteur.

Émilie Gäbele, Le Carnet et les Instants n° 172.

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Un des meilleurs romans de Michel Joiret, un des plus sensibles et des plus personnels.
C'est à l'évidence un roman autobiographique qui prend l'allure d'une longue confession dédiée à Madame Cléo, la gardienne des clés de l'enfance, à laquelle toute l'histoire est contée. Après une enfance rêveuse, le narrateur se marie et devient professeur de français dans un lycée tunisien. Commence une vie conjugale assez chaotique, car l'homme est trompé, sa femme finit par le quitter brutalement. Rongé par la jalousie, le narrateur tente de se suicider. Puis projette de tuer l'amant de sa femme. Accomplit-il ou non ce crime ? Le rêve-t-il seulement ? Le récit est sinueux, enrichi et prolongé par des digressions, des retours en arrière, des monologues intérieurs. Au sein du labyrinthe de cet itinéraire,les pages sur l'enfance fleurissent comme un jardin secret, celles sur la solitude, elles aussi, sont émouvantes.
Ce livre est le bilan d'une vie, en somme, il évoque « « les histoires sentimentales d'un homme très ordinaire » racontées avec un talent particulier.
A.R.
, Lectures.


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Extrait du discours prononcé par Monsieur Jean-François Istasse, Président du jury, à l'occasion de la remise du Prix littéraire du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Le jury a jugé qu'avec « Madame Cléo », M. Joiret signe un magnifique roman tout en finesse, émotions, inventions et humours. Cet ouvrage aux accents autobiographiques prend l'allure d'une longue confession, adressée à « Madame Cléo », la gardienne des clés de l'enfance.
Après une adolescence difficile, le narrateur se marie et part enseigner dans un lycée tunisien. Sa vie conjugale est chaotique, l'homme est trompé, puis chassé du domicile conjugal. Rongé par la jalousie, il tente de se suicider, puis projette de tuer l'amant de sa femme. Accomplit-il réellement ce crime ? Ou le rêve-t-il seulement ? Le récit est sinueux, ambigu, prolongé par des digressions, des retours en arrière, des monologues intérieurs. Comme l'a signalé un membre du jury, Michel Joiret écrit comme on peint : à larges traits appuyés, contrastés, sensuels.
Le jury a fort apprécié que l'auteur, à travers ce roman, parvient à récapituler une existence et plusieurs époques, avec une puissance d'évocation sortant de l'ordinaire. Au fur et à mesure que le lecteur prend connaissance avec ce bilan d'une vie tourmentée, il s'identifie de plus en plus au narrateur, malgré ou en raison de sa vie d'homme ordinaire. L'auteur parvient à dessiner un personnage d'antihéros qui acquiert, au fil du récit, une grandeur paradoxale, et crée chez le lecteur une fraternité irrésistible.
L'auteur se sert d'un matériau très personnel, mais la qualité de son texte tient au traitement purement littéraire qu'il impose à son expérience propre. A ce titre, la finesse de l'auto-analyse, la précision dans la description des émotions et des impulsions font réellement merveille. L'auteur excelle, par la franchise de son point de vue, par sa totale absence de complaisance, par l'honnêteté de sa narration.


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"Madame Cléo" de Michel Joiret aux Editions MEO
Prix 2012 du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles
Un des livres forts de la sélection finale du prix littéraire du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Quelle heureuse initiative a eu l’éditeur Gérard Adam (M.E.O.) de publier ce texte dont une première version avait été écrite en 1981 lorsque l’auteur a une quarantaine d’années. A partir d’une rupture conjugale, le narrateur revient sur les images, les sensations, les souvenirs et les actes – y compris le meurtre d’un rival- qui ont jalonné sa vie. L’écriture de Michel Joiret est celle d’un poète et d’un récitant, la phrase s’emporte d’un élan jamais semblable, le rêve et la réalité jouent à cache cache dans les souvenirs du narrateur. Invente-t-il ce qu’il nous raconte ? Sommes-nous entrés dans un rêve mis en abyme ? C’est là la force irremplaçable de la littérature : tout est vrai, tout est faux en même temps.
Edmond Morrel, demandezleprogramme.be



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