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Après avoir multiplié les errances et les petits boulots,
Tania Neuman-Ova
est aujourd’hui aide-soignante.
Miss Patchouli est son premier roman.



Tania Neuman-Ova

Miss Patchouli


MISS PATCHOULI

Roman, septembre 2019

156 pages
ISBN 978-2-8070-0210-4 (livre) – 978-2-8070-0211-1 (PDF) – 978-2-8070-0212-8 (ePub)
15,00 EUR (livre) – 8,99 EUR (e-books)

La famille de Lilou et Richard est en pleine tourmente. Alana, une de leurs filles, vit une crise d’adolescence cataclysmique. Lilou se sent perdue. Cherchant à comprendre, elle fouille son propre passé d’éternelle rebelle assoiffée de liberté, au surnom de Miss Patchouli, qui a bourlingué, bien souvent frôlé les limites, mais est toujours parvenue à retomber sur ses pieds. Alors, pour quelles raisons Alana perd-elle tout contrôle ?
Le récit se développe sur deux plans, les souvenirs de Lilou faisant écho à la situation actuelle, de plus en plus tendue et pénible à gérer au fur et à mesure qu’en émergent les causes dramatiques.
Tania Neuman-Ova, dans ce premier roman très actuel, entrouvre pour nous l’enfer des réseaux asociaux, du harcèlement, des bandes urbaines, de l’effacement de tout repère moral pour une frange de la jeunesse « dans une société où la violence s’auto-glorifie en se moquant des tabous ».




EXTRAIT

Nous sommes en plein travail quand Alana déboule pour que je lui transfère des photos d’elle prises avec l’appareil de sa sœur.
– Pas maintenant, tu vois bien que je suis occupée !
– Mais j’en ai besoin tout de suite ! C’est pour un concours et les inscriptions sont presque finies. Papa n’a qu’à attendre, y’en a pour une minute.
Chaque fois que mon aînée a une idée en tête, elle exige de la voir se réaliser sur-le-champ. Cette journée du congé de carnaval avait pourtant bien commencé…
– Tu plaisantes ou quoi ? C’est ça qui paie ton coiffeur !
– Putain ! Tu peux quand même me transférer une photo pour le concours !
– Montre-le-moi, ce concours, on verra après.
– Non, maintenant !
Son agressivité monte crescendo, elle se met à crier et à pleurnicher en même temps.
– J’en ai marre de cette famille de merde ! Même pas capable de m’envoyer une photo pour Facebook.
Voilà ! Le fameux concours est donc un mensonge, un de plus, pour parvenir à ses fins. Si elle désire ardemment ces photos, c’est pour les afficher sur Facebook. L’urgence absolue !
– J’vais me casser d’ici.
Là, je sens la moutarde monter au nez de Richard, qui se met à crier.
– Mais vas-y, casse-toi ! La porte est là !






CE QU'ILS EN ONT DIT

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Pour la rentrée de septembre, les éditions M.E.O ont mis les petits plats dans les grands avec de nouvelles parutions qui, toutes, méritent l’attention.
Tania Neuman-Ova, aide-soignante après avoir multiplié les métiers, entrouvre pour nous l’enfer des réseaux asociaux, du harcèlement, de la perte des repères moraux et de la vie compliquée lorsqu’on est en ville pour une certaine jeunesse. L’occasion de jeter un pavé dans la mare et d’analyser un microcosme. Une fille comme les autres se retrouve en plein cataclysme social. Alana traverse une crise d’adolescence qui n’épargne personne. Ses parents ne savent pas quel saint prier, tentent de comprendre et de se remémorer leur propre jeunesse, leur appétit de liberté et ce besoin de faire partie d’un groupe qui leur ressemble. Pourtant, les limites endiguent toute rébellion. Ils cherchent à saisir les raisons pour lesquelles leur fille dérive, sans contrôle évident, et part complètement en vrille. Le récit se structure sur deux plans. Un. Les souvenirs font ici écho à la situation actuelle, de plus en plus pénible. Deux.
L’émergence des causes. Il n’est pas impossible que le lecteur se retrouve dans ce roman d’un bel intérêt et signé par une auteure qui évite les digressions poisseuses.

Sam Mas, Bruxelles-Culture

*

Quand la détresse hurle pour être déterrée

Avec Miss Patchouli, Tania Neuman-Ova nous plonge dans l’univers de Lilou, la quarantaine, qui tente de mener sa barque avec son mari Richard et ses filles. L’aînée, née d’une précédente union, vit avec son père à Paris, tandis que les deux cadettes, Alana (14 ans) et Kayla (13 ans) habitent avec leurs parents. L’histoire d’une famille recomposée classique, me direz-vous ? Oui, mais rien n’est simple face à une adolescente (Alana) en pleine rébellion qui multiplie les provocations et les insultes vis-à-vis de ses parents.
Richard est un père aimant qui compose souvent pour ménager les trois femmes de sa vie. De son côté, Lilou a beau avoir un look baba cool et les idées larges, elle commence à être à bout face aux violences de sa fille. Narratrice à la première personne, elle alterne les fragments de vie quotidienne avec sa famille et des retours dans le passé où elle relate sa jeunesse chaotique parsemée de nombreux voyages et de petits boulots improbables. Avec son passé de globe-trotteuse et de touche à tout, on pourrait penser qu’elle a le coffre pour gérer la crise d’adolescence d’une fille en furie, mais il n’en est rien. Lilou s’interroge sur le comportement de sa progéniture, se demande ce qu’elle a pu lui transmettre pour qu’elle se révolte avec une telle véhémence.
Au fur et à mesure que nous avançons dans le récit, nous découvrons qu’Alana a été à plusieurs reprises victime de harcèlement (par son institutrice, d’autres élèves de son établissement, des jeunes participant à un camp avec elle). À chaque fois, Lilou l’a changée d’école pour la protéger, mais la violence de la jeune fille ne s’est pas calmée, que du contraire. À bout de nerfs, Lilou se met à surveiller les comptes Facebook et Messenger de sa fille jusqu’à découvrir qu’Alana s’apprête à entrer dans un gang. Le point de non-retour est arrivé : une discussion s’impose avec l’ado rebelle, mais celle-ci révèle un secret qui va bouleverser ses parents…
Mais comment a-t-elle pu garder le silence sept longs mois ? Comment Richard et moi n’avons-nous rien remarqué ? Une bombe vient d’exploser au sein de la famille et chacun y réagit à sa façon. Richard déborde de haine, du désir de vengeance. Il culpabilise de n’avoir pas su protéger sa fille. Il a perdu le goût pour un métier qui le passionnait et néglige presque ses chantiers. Kayla se renferme encore davantage et devient agressive à la moindre remarque, à la maison et à l’école. […] Quant à moi, j’ai cessé toute activité pour rester avec Alana vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Je lui ai momentanément interdit l’école. Je vais sans doute aussi perdre mon nouvel emploi, peu importe, mon unique préoccupation est ma fille.
L’auteure nous donne à lire à travers des dialogues durs et explosifs la complexité de la communication entre les parents et leur ado en pleine crise. On palpe la détresse d’Alana qui cherche à s’exprimer en détruisant tout sur son passage, mais on sent aussi les doutes de Lilou, sa culpabilité permanente, son besoin de préserver sa famille, son épuisement face à sa fille qui la rend responsable de tout (« Je n’en peux plus. Si, en apparence, je semble gérer, je ne vis plus, je survis, entre Alana et son agressivité permanente, Richard qui risque de devenir incontrôlable et Kayla dont la maturité à treize ans n’a rien de naturel »).
Ironie du sort : c’est souvent aux personnes qui nous aiment le plus et qui ne nous abandonneront jamais que l’on s’attaque le plus (« Face à cette tragédie, mes disputes avec Alana devraient paraître dérisoires. Elles m’usent pourtant à petit feu. Je n’ai pas perdu physiquement ma fille, mais le cocktail de méchanceté, menaces et insultes me l’ont fait perdre sur un autre plan. »). La systémique familiale est complexe, parsemée de zones d’ombre, et nous en avons un bel exemple ici.
À la fin du récit, la narratrice nous confie qu’écrire cette histoire lui permet de se connaître et d’apprendre à lâcher prise par rapport à sa volonté de contrôler ses filles pour les protéger. On regrettera toutefois, dans ce premier roman, des descriptions qui amenuisent la tension dramatique et une certaine complaisance à parler de soi.

Séverine Radoux, Le Carnet et les Instants


*

Lilou et Richard sont littéralement déboussolés. Ils ont du mal à contrôler le tempérament colérique d’une de leurs filles, Alana, une caractérielle mal recadrée.  A 14 ans cette dernière, mal dégrossie et au langage de charretier, vit une adolescence tourmentée.
Un vrai chiot fou flairant à tous vents, avide d’attention.
Sans laisse, on peut présager du pire…
Dès lors, comme l’eau coule de la source, quoi de plus normal pour les parents d’être désemparés.  Ils tombent des nues et n’y comprennent évidemment rien. Rien ne pouvait les préparer à affronter un tel naufrage. Miroir mon beau miroir ! Pas facile de se retrouver devant son propre reflet ! 
Pour tenter de la comprendre, Lilou se replonge dans son passé lorsque, rebelle à l’autorité et éprise de liberté, elle se mettait en danger en repoussant les limites. Être aimée quitte à s’accrocher comme une sangsue. Pour une décalée, une atypique, guère facile de rentrer dans le moindre moule. Fuir tous les clichés. Se mettre dans les starting-bloks d’une course éperdue. 
NON, JAMAIS.

Le blog de Marc Page.

*

Après une jeunesse tumultueuse, Lilou a eu trois filles avec deux maris différents, l’aînée restée avec son père avec laquelle elle vit en parfaite harmonie et les deux plus jeunes qui vivent encore dans le foyer familial avec leur mère et leur père. Alana, la plus âgée des deux, est très instable, elle inflige une vie infernale, au-delà même du supportable, à sa famille mais surtout à sa mère qui essaie de la protéger comme elle peut de tous les dangers dans lesquels elle sombre souvent de son simple fait. Elle est inapte à l’école, elle en change souvent sans grand succès, elle ne travaille pas, se laisse aller, choisit toujours les pires fréquentations jusqu’à vouloir entrer dans un gang, tâte de la drogue et du porno. Et chaque fois que sa mère essaie de parer au pire, la situation dégénère en un affrontement d’une extrême violence.
Pour supporter cet enfer, Lilou essaie de se remémorer sa jeunesse à elle, une jeunesse pas très brillante non plus, une jeunesse d’errance, de voyage sans but réel, sans moyens suffisants. Elle n’était, elle aussi, pas très stable, elle avait quitté l’école très tôt pour chercher des boulots qu’elle quittait très vite, tout aussi vite que les petits amis qu’elle séduisait et que les aventures qu’elle interrompait toujours en catastrophe faute de moyens financiers ou sous la menace d’un danger pressant. La venue au monde de son premier enfant, lui avait fait comprendre qu’il fallait qu’elle se stabilise, qu’elle donne un sens réel et concret à sa vie. Ses multiples expériences lui avaient tout de même apporté une certaine expérience dont elle voulait faire profiter sa filles qui, bien évidement refusait toute intrusion de ses parents dans ses aventures d’adolescente en quête de liberté et d’autonomie.
Tania Neumann-Ova raconte une histoire bouleversante qui ressemble peut-être à la sienne, une vie passée dans des couples décomposés, recomposés, déliquescents où l’amour, même s’il existe, n’arrive ni à s’exprimer ni à atteindre son objectif, seule la violence explose au grand jour avec une extrême virulence. C’est aussi, d’une certaine façon, un réquisitoire contre cette mode ambiante qui voudrait que chacun puisse avoir des enfants sans toujours penser à ce qu’ils deviendront quand ils seront plus grand ni comment ils accepteront leur naissance. La lutte qui oppose la mère et sa fille c’est aussi le choc des générations qui ne se rencontrent pas dans un univers technologique qui a très, trop, rapidement évolué, notamment les réseaux sociaux qui ont bouleversé l’univers des jeunes et peuvent devenir les armes les plus permissives.
Il ressort aussi de cette dramatique histoire la faiblesse quasi pathologique des protagonistes qui ne tirent aucune leçon de leurs mésaventures récurrentes. Elles sont toujours aussi peu persévérantes, aussi peu courageuses dans l’effort, aussi peu dégourdies, influençables, manipulables, prêtes à foncer tête baissée dans le premier traquenard ou à se laisser séduire par la pire des crapules. Elle me rappelle une camarade qui se plaignait d’être toujours embarquée dans des mésaventures ennuyeuses, je lui avais alors dit : « lorsque que tu as un ennui tu te dépêches de le découper en deux pour être sûre d’en avoir un pour le lendemain ». Lilou, Alana, aujourd’hui je pourrais peut-être vous dire la même chose mais il y a un non-dit dans cette histoire qui pourrait expliquer une bonne partie des problèmes que vous rencontrez, du genre de ceux qu’on pousse comme la poussière sous le tapis familial. Ce livre sera peut-être l’occasion de chasser cette poussière… ?

Denis Billamboz, mesimpressionsdelecture et critiqueslibres.com.











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