Luc Baba est l'auteur d’une douzaine de romans (dont « La cage aux cris », prix Pages d’Or, et « If », finaliste du Prix des cinq continents ; il a aussi été à trois reprises finaliste du Prix de la Jeune Critique). Il est également l'auteur de nouvelles, d'ouvrages pour la jeunesse et d’œuvres pour le théâtre. Il est encore enseignant, comédien (plus de 20 rôles à son actif), metteur en scène, slammeur, chanteur… ![]() | ||
![]() | Tango du Nord de l'Âme Poésie, 2012 96 pages ISBN 978-2-930333-45-8 14 EUR Bien
qu'ayant toujours écrit de la poésie, Luc Baba refusait jusqu'ici de la
publier, préférant la réserver à l'oralité (sa réputation dans ce
domaine l'a fait inviter à plusieurs festivals, dont les Biennales de
la Poésie 2010 et le Festival de Poésie Wallonie-Bruxelles à Namur en
2011). Le présent recueil comble donc cette lacune. On peut dire
de « Tango du Nord de l'âme » qu'il s'agit d'une poésie
noire, comme il est des films noirs. Elle met en scène « l'homme
du trottoir », sans nom, sans visage, résurgence des peurs
enfantines dans les angoisses et les interrogations de l'adulte. Le
complètent « 30 vilains petits poèmes », sélectionnés par
l'auteur parmi ceux qu'il lance régulièrement sur le net, et qui
suscitent de nombreuses réactions de lecteurs. | |
EXTRAIT Grondait l’avenue sous l’homme des trottoirs Quand il s’étirait Des cris mûrs tombaient de sa peau Et les enfants marchaient dessus Sans les voir Sans comprendre Ils allaient peur au ventre * Frappant les murs contre ses poings Dans le soir en porte d’acier Il écrit L’histoire des hommes Qui le lui pardonnera ? * Il y avait un trottoir à bascule Sous l’homme de l’avenue Dans le caniveau du pain mort Pour un poète Cheval des sens Ou rat des mots Le vent seul mangeait dans la seule main nue | ||
CE QU'ILS EN ONT DIT Les petites musiques de Luc Baba Luc Baba, né en 1970, n'est plus un auteur débutant. Connu sur la scène slam liégeoise, il a publié en outre 11 romans ou textes en prose, notamment aux éditions L. Wilquin. L'eau claire de la lune a été finaliste du Prix Indications de la Jeune Critique tandis que La petite école Ste Rouge a été nominé dans les finalistes du Prix des Cinq Continents. Il s'est également investi dans le domaine de l'écriture dramatique, dans celui de la nouvelle, de la mise en scène, de la performance d'acteur et figurait dans l'anthologie de la Poésie française de Belgique : poètes nés après 1968, réalisée par Yves Namur. « Petit tango du nord de l'âme, et 30 vilains petits poèmes » est son premier recueil de poèmes édité : l'auteur refusait jusqu'ici d'en donner une version imprimée, préférant réserver ses textes pour la scène et les performances à haute voix, où son style spontané, enthousisate et communicatif fait merveille. Le livre, composé de deux séries d'écritures, comporte un peu plus de 90 poèmes parfaitement originaux, qui possèdent un ton mi-surréaliste mi-existentialiste, avec une maîtrise de l'expression et d'un style propre évitant le délayage, l'approximation, l'abus d'images convenues et d'adjectifs qualificatifs. Au contraire, autour d'un personnage rêveur, clownesque et souffrant du réel et de la cruauté de la vie, du désamour et de l'oubli de l'enfance, portrait du poète lui-même, s'ordonnent une unité de lieu (la rue, le trottoir, la ville), de temps (entre présent et passé, le poète va et vient entre la réalité douloureuse et le temps de l'enfance comme un funambule sur son fil, mais le jeu s'inscrit aussi dans la conjugaison qui va et vient de l'indicatif présent à l'imparfait) et d'action (une déambulation). Poésie sensible, aux images personnelles, aux raccourcis d'écriture efficaces comme aux rappels qui rendent ce blues poétique cohérent : Loin du trottoir pavé d'enfers La mer Héberge des oiseaux plaintifs Aux ailes closes, au regard clos Les poissons du ciel ont le rire d'Icare Et sur la terre : Boîte à diable et jeunes pieds nus Le trottoir M'indiffère Quand on n'y chante plus Eric BROGNIET, Maison de la Poésie de Namur * En quatrième de couverture, l’éditeur de ce recueil nous avertit : auteur d’une dizaine de romans, le tout juste quadragénaire Luc Baba (qui écrit et vit à Liège) refusait jusqu’ici de publier ses poèmes. Voici donc, de la part de l’auteur, modeste comme de celle de l’éditeur, curieux, une attitude rare qui vaut d’être soulignée ! De plus, la poésie de Luc Barba a le mérite, tout aussi rare, de ne ressembler à aucune autre et de ne véhiculer ni les poncifs ni les académismes, même ceux de l’avant-garde. Sa parole est vraie, fragile, blessée, et riche de ce qu’on pourrait appeler un « humour nostalgique » qui, sous des airs faussement simples, évoque la difficulté d’exister et de vivre de vrais rapports humains, même dans l’espace amoureux : « Viens ! Je t’ offre un carnet de fleurs froides On se marie demain La corde sèche au fil à lyncher » J’ajouterai, pour finir, que Baba est un adepte, avec naturel, du lointain proximal, c’est-à-dire qu’il élit en permanence ces images inattendues, surprenantes dont Reverdy disait qu’elles devaient être « à la fois lointaines et justes ». « L’encre est d’hier Le dernier verre est un roman J’écris pour vieillir vite Oublier ta peau de mots doux Petit poème au bord de l’eau. » Merci à Luc Baba, de nous faire goûter, comme de fragiles blessures, ces « impromptus », qui ont la grâce des gymnopédies d’un Éric Satie de la poésie. Jean-Luc Wauthier, Revue Texture (en ligne). | ||
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